‹ Le solitaire. 4. éd., rev., cor., augm., et ornée de vignettes dessinéesChapitre 144 sur 205 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

ce Cjh ARLES VU régnait sur la France; et la paix, venait enfin d'être rendue à son mallieureux royaume, si long-temps décliii'é par des guerres cruelles , et si miraculeusement sauvé par une simple bergère. A de violens orages avaient succédé des jours sereins j et, par toute l'Europe, la lassitude des guerriers, jointe à l'épuisement des finances , promettait au\ peuples vui long repos.

)) Le fils de Cliarlcs\ II, alors daupliin, et depuis Louis \I, accusé d avoir empoisonné la belle Agnès Sorel , et d'avoir

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faitmourirdedouleursapremièreepouse Marguerite d'Ecosse , impatient de régner , venait pour la seconde fois de conspirer contre son père. Sa nouvelle trame avait échoué. Jeune et chai'gé de crimes , proscrit et poursuivi par la vengeance paternelle , Louis se réfugie auprès de Philippe-le-Bon , duc de Bourgogne, et demande un asile à sa cour.

» Philippe haïssait Charles Yll : l'assassinat de son père , le fameux Jean sans peur, commis au pont de Montereau en présence du jeune monarque, ne lui paraissait point encore assez vengé. 11 accueillit le fugitif avec les honneurs dus à l'héritier présomptif de la couronne de France; un palais magnifique fut offert au dauphin ; des fêtes brillantes lui furent données. J'entrais alors au printemps de ma vie; le prince français, artificieux et <Jissimulé , portait sur son front l'empreinte des vertus et de la sincérité. 11 sut bientôt se justifier à mes yeux dp

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tous les crimes dont l'accusait son père. Charles Yll me parut un monstre dénaturé , et le dauphin une noble victime. Avec les expressions les plus touchantes, avec toute l'effusion de la jeunesse et du sentiment, Louis m'offrit son amitié- et mon cœur avec transport s'élança vers le sien. Crédule , ardent et passionné , j'étais loin de penser alors que l'attachement des princes est comme la feuille desséchée (pie le vent porte au hasard , tantôt sur la montagne , tantôt dans le marécage.

)) En récijjjnant son fils que Philippe lui refusait, Cliarles Yll parut un instant menacer la Bourgogne. — a Qu'il arme » la France entière! m'écriai-je à cette )> nouvelle , en saisissant mon glaive im- » pétueusement : tant que le comte de )) Charolais pourra tirer ce fer de son )) fourreau , aucun des satelhtes de Char- )) les ne s'approchera de Louis. »

))Le dauphin souriait à mes transports j

et les te'moignages de sa reconnaissance portaient un nouvel enthousiasme clans mon âme. J'étais fier d'être le protecteur et l'ami d'un fils de France ; mais hélas ! le futur successeur de Charles YII, dans le secret de sa pensée , ne regardait le protecteur que comme un instrument , et l'ami que comme un serviteur.

)) De tous les seigneurs de la cour de Bourgogne , le comte de Saint-Maur était celui que dès mon enfance j'avais choisi pour unique confident. Guerrier célèbre , il avait guidé mes premiers pas dans les camps ; il avait suivi tous mes travaux; il était de tous mes plaisirs. Observateiu' profond, juge sévère, il avait étiulié le cœur du dauphin. — « Comte de Cha- )) rolais! me dit -il un jour, permettez- )) moi de blâmer l'excessive tendresse )) que vous portez au fils de Charles Y 11. )) Vos sentimens, qui ne sont point par- )) tagés, pourront faire le malheur de

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/i votre \iè. Malgré le voile artificieux y) sons lequel se cache le dauphin, j'ai )) découvert la perfidie où vous croyez )) voir l'amitié. »

y) 11 dit : mais irrité d'un tel langage, de ce jour j'évitai le comte de Saint-Maur. Il perdit ma confiance : au prince fourbe et déloyal je sacrifiai l'homme sincère et dévoué.

» Le baron d'Herstall venait de présenter à la cour de Philippe sa fille Iréna, qu'une parente éloignée , la duchesse d'Aroville , avait en mourant nommée sa légataire universelle. Jamais beauté plus éclatante ne s'était montrée à la Bourgogne. Iréna devint le sujet de tous les entretiens et l'objet de tous les regards. Lne foule d'adorateurs se pressait sur les pas de l'hérilière d'Aroville , brillante idole de la cour. Je partageai fenthousiasme général ; Elodie lie s'était point offerte à ma vue 5 Iréna me parut

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le chef-d'œuTre des cieiix j et je pris l'admii^ation pour l'amour.

)) Alors mourut Charles Vil, et le dauphin futsoupçonné de l'empoisonnement de son père. Le trône appelait Louis.

Tout entier à l'amitié , je m'éloignai d'Iréna; je qmttai la Bourgogne, et volai Ters la France à la suite du nouveau souverain.

» Louis XI à sa cour me combla de présens magnifiques 5 mais ce furent les dons d'un souverain à son vassal. \ ainement je cherchai l'ami , je ne trouvai que le monarque. Le cœur navré de ce changement subit, las de me contraindre, je solhcitai de Louis un entretien particulier : je l'obtins, il était seul en son cabinet y coimne autrefois j'allais me précipiter dans ses bras , et lui adresser les tendres reproches du sentiment, lorsque reculant de quelques pas , et me présentant im écrit scellé : — « Comte de

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