‹ Le solitaire. 4. éd., rev., cor., augm., et ornée de vignettes dessinéesChapitre 145 sur 205 · LIVRE xr. io · texte numérisé non relu

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y> Charolais ! me dit Louis avec toute la » hauteur cVun prince absolu, votre dé-^ » vouement m'est assuré ; ma reconnaisy) sance vous est due. Je vous confie le y) gouvernement de la Normandie 5 voici » votre brevet. Demain vous partirez )) pour Rouen , où votre devoir vous ap- )) pelle. Continuez à mériter la confiance » et les bontés de voire roi. »

)) Louis s'éloigne après ces mots. Pétrifié d'élonnement et d'indignation , je

demeure un instant immobile puis

m'élançant avec rage hors du palais : — « Voilà les princes ! m'écriai- je ; doux. y) et caressans dans le malheur, ingrats et )) impérieux dans la prospérité!... »

)) Le comte de Saint-Maur m'avait accompagné à Paris. Dans ma fureur je voulais écrire à Louis, rejeter ses présens avec dédain , et fuir le jour même son royaume. Les sages conseils de Samt- Maiu' parvinrent à changer mes fou-

iÔb iE SOLITAirxE.

gueuses résolutions : que ne pouvaientils calmer aussi mes souffrances ! Les' premières plaies du coeur sont si douloureuses au printemps de la vie !

L'homme n'est point encore fait aux hommes ; son expénence n'a point encore désenchanté sa carrière. Outre la douleur poignante du sentiment, j'éprouvais la honte d'avoir été trompé; je regrettais les illusions évanouie^.

y> Pour la première fois en cette âme hrûlai;ite et sincère que Louis verrait de déchirer , je sentis descendre le mépris pour l'espèce humaine. Saint-Maur, en jugeant le dauphin, avait eu raison; mais humilié en sa présence, à peine lui pardonnais-je ce triomphe; et je ne voulus voir dans sa pénétration à découvrir les "vices cachés, que son intérieure conviction de la perversité géneVale basée sur lui-même et sur ses semblables.

)) Cependant, docile à ses avis , je quittai Paris, et pris le commandement de la

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Normandie. Louis venait de me prouver son indilierencc, il ne tarda point à me prouver ^et' haine.

)) Quelques années avant la mort de Charles Yll , j'avais connu le duc de Bretagne : une rivalité -de jeunesse nous avait armés l'un contre l'autre ; en champ clos je l'avais combattu ; et Louis n'i^ gnorait point notre inimitié mutuelle, A peine étais-je installé en Nonnandie, que le roi de France y envoie un de ses lieutenans chargé de pouvoirs extraordinaires rendantnuls ceux du gouverneur :

et ce lieutenant était le duc de Bretagne.

» A ce trait perfide, à ce nouvel affront, je voulus donner libre cours à ma rage : Saint Maur eut encore l'art de la réprimer. Mais en blâmant les transports d'indiguation d'une àme vertueuse il m'apprit à tromperies hommes; il accoutuma Charles à sacrifier le sentiment à l'intérêt; il m'aj)prit à remplacer les nobles

Î0 3 LE SOMTAIRE.

élans du cœur par les froids calculs de l'esprit. Il acheva d'étouffer en moi ces germes féconds d'enthousiasme et de loyauté' qui développes hbrement, n'eussent produit que des fruits glorieux. Le feu compiimé devint un volcan dévas-' tateur qui n'éclata que par irruptions ; et la voix de la prudence ne me guida que vers le crime.

» Les Liégeois depuis long^ - temps étaient ennemis déclarés des Bourguignons ; Louis XI signe un traité d'alliance avec eux. Ses vils agens m'environnaient à Rouen : le poignard des assassins me-' naçait chaque jour ma vie; bientôt un breuvage homicide me met aux portes du tombeau.

» Ma force et ma jetmesse tidomphèrent du poison. Je revins à l'existence; mais nul effort humain ne put modérer les emportemens de ma fureur. Je proclamai Louis XI félon, traître, empoisonneur et paiTicide. Je le dénonçai à l'hor-»

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