LIVRE XI. Il
la discorde allumés par ses artifices , et les haines fomentées par ses intrigues , le garantissaient des dangers d'une coalition nouvelle. Alors sans crainte , ouvertement il se montra sans foi : les chefs français auxquels, par le traité de Conflans, il avait pi'omis des richesses et des honneurs , furent arrêtés , dépouillés et proscrits. Mes amis les plus chers furent immolés. Tristan l'ermite , surnommé le bourreau du roi, était Texécuteur de ses vengeances. Louis se plaisait à voir égorger ses victimes ; Tristan variait la forme des supplices pour mieux plaire à son roi barhare.
Joignant la superstition à la férocité , le tyran comniand;iit les crimes, disposait les trahisons , assistait aux meurtres , puis ne s'occupait que de prières et de pèlerinages , ne portait que croix et rosaires, et ne jiuail <|ue sur images et reliques.
» Les principales familles de France
I l6 LE SOLITAIRE.
qui par d'anciens services avaient des droits acquis , furent disgraciées ; les liommes attachés à un nom glorieux qu'ils se seraient gardés de souiller , ne pouvaient convenir au despote qui ne voulait que de serviles instrumens. Il fallait à Louis des grands de sa création qu'il pût frapper sans crainte , et faire à son gré rentrer dans la poussière. Les plus obscurs scélérats furent élevés aux premières places de la noblesse, aux premières charges de l'Etat : mais , semblable au pygmée qui, placé sur le sommet des Alpes, est exhaussé sans être agrandi, monté près du trône, l'homme puissant resta l'homme abject. Louis Xï prétendait égaliser les rangs : il déconsidéra les titres, il dégrada les dignités. Les tyrans aiment à tout rabaisser pour tout primer : le nivellement convient au despotisme.
» Les Etats du duc de Bourgogne étaient peuplés des émissaiies du fils de