LIVRE xir
plissant un devoir sacré , la vierge d'Un-
derlacli ne balance point; elle a tracé
quelques lignes... et l'écrit suivant est à
la hâte déposé dans le creux du vieux
saule au bas du sentier de la montagne :
— « Yous fûtes bien criminel ; mais
» la clémence du Ciel est plus grande
» encore que les forfaits de Tliomme.
» Ah! puisse-t-il être vrai que je sois
» pour vous un j uge nommé par l'Eternel !
» Charles! la voix de l'innocence ne
» tonne point....; la jeunesse est clé-
)) mente ; le roseau ne peut servir de
)) massue ; et jamais une vierge ne fut
» revêtue que d'une mission de salut.
» A mes yeux vos aveux ont changé
» tout votre être; mais ils n'ont point
)) changé mon coeur. J'ai lu, j'ai pleuré,
» j'ai pardonné. »
L'orplieline compte les momens avec impatience. .. Fière d'être devenue le seul appui du célèbre prince de la Boiu-
gogne 5 d'être le monde entier pour le lie'ros vainqueur à qui jadis l'univers conquis n'aurait pu suffire, elle jouit d'avance des transports que sa lettre devra causer. Son âme pure , heureuse de la pensée d'avoir purifié une autre âme , s'est fait une vertu de son amour, et de son bonheur un devoir; le pardon qu'elle a prononcé lui semble une inspiration divine; et l'avenir, coloré comme un tableau magique, s'ouvre devant elle parédetoutesles illusions de la jeimesse, de l'enthousiasme et de l'amour.
Mais déjà le Sohtaire est sous la cabane ; Charles est auprès d'Elodie. Oh ! qu'ils sont doux les premiers aveux d'un amour partagé .'L'orpheline a laissé pai'ler son coeur, et l'heureux duc de Bourgogne ne redoute plus que l'excès de sa félicité ; hélas ! souvent ici-bas la joie poussée trop loin rencontre encore la douleur.
L'ermitage, la forêt, les rochers, le