LIVRE XII. 2o
Hélas! en lui, de toutes les démonstrations de la douleur, la plus effrayante est son silence.
Le comte de Norindall conserve encore quelque espérance; il raconte à son ami la nocturne visite d'Anselme , le motif de sa course , et sa touchante prière. A peine remis de ses blessures, Ecbert pâle et souffrant a veillé toute la nuit sous la cabane , et s'immole à son frère d'armes. Charles le regarde, il l'écoute , et son âme pai' degrés se rouvre aux émotions du sentiment : une larme fugitive a tombé de sa paupière.
Ecbert s'élance dans ses bras, — (c Pleu-
)) re! s'écrie-t-il , pleure! le Ciel et
)) la terre attendaient cette larme. ))
— « La terre! répond le prince;
yy la terre n'attend plus rien de moi que ma )) dépouille mortelle : et le Ciel.... » — (c Le Ciel ! interrompt Ecbert , le Ciel » estdésnimé; les flambeaux de l'iiymen » peuvent s'allumer encore. »
:âo4 LE solitaihe.
Charles n'a rien répondu, Ecbei't n'of* fre à sa pensée que deconsolantes images j ne fait parler que l'espérance. Docile aux voeux de sonaini , le prince ne quitte point l'ermitage; mais deux jours se pas-* sent dans les plus mortelles angoisses^
aucune nouvelle de l'abbaye! et le
comte de Noiindali craint de s'éloigner de Charles!
Affreuse perplexité ! Epouvantable incertitude ! Ecbert commence à se croire abandonné d'Anselme; et cependant Anselme n'avait cessé de lui envoyer de secrets messagers pour l'instruire de l'état désespérant de l'orpheline , et des progrès de sa maladie : mais aucun d'eux n'avait osé gravir la montagne redoutée; et par leiu-s fausses réponses le pasteur était abusé.
L'aube matinale du troisième jour allait poindre sur la vallée : Charles ne peut supporter plus long-temps l'horril^le anjdété qui le dévore. Echapper à