LIVRE H
» ancêtres. Ils craindraient d'outrager la )) mémoire de leurs aïeux en doutant un )) instant de la vérité de leurs récits. Ainsi » se propagent les erreurs parmi nous, er )) reiu's qui , dans les campagnes , ont sou - » vent leur utilité. Les superstitions par- » fois entretiennent le peuple dans une )) sainte terreur du ciime; elles dirigent » ses pensées vers l'Eternel ; elles lui par- » lent d'une autre vie; elles lui comman- )) dent la prière; et, pour le sauver des )) puissances du mal, l'entraînent à l'au- » tel aux pieds du divin protecteur de )) la faiblesse humaine.
» Que de fois une croix rustique, un )) rosaire mystérieux, un rameau con- )) sacré, une image mii^aculeuse , ont » porté la joie, l'espoir et la confiance )) sous l'indigente chaumière! Le villaï) geois muliieureux a besoin de s'en- )) tourer de défenseurs et de consola- )) tions. Plus ses coutumes, ses mœurs , ^) ses illusions mêmes dctaclienlscspeii-
» sées du triste servage de la vie pour les » élever aux régions surnaturelles, moins y> ses chaînes lui paraissent pesantes.
)) Souvent les erreurs tiennent aux » vérités : pour en arrêter le cours il en » faut atta({uer le principe , comme pour y> dessécher le ruisseau , il faut en tarir )) la source : alors la matière remplace )) l'àme , l'abstraction le sentiment, elle » syllogisme les enchantemens. L'homy> me n'est plus qu'mi proscrit foudroyé, )) tombé sur un désert aride. Herstall , » croyez-moi, parmi les humains, au » miUeu des ténèbres de l'existence , la D lumière philosopliique est un phare de » mort qui n'éclaire que le chaos. ))
En prononçant ces mots , Anselme s'était levé ; et portant ses regards du côté du lac Morat: — (cVers l'Orient, )) dit-il, est le rocher où se montre le )) prétendu fantôme : hélas! il fut témoin » d'un horriJjle spectacle. C'est sur ce pic » fatal que le duc de Bourgogne com-