LIVRE II. 5t
d'elle , vient l'arracher à ses méditations religieuses. A la faible clarté perçant les vieux vitraux de la chapelle latérale où elle s'était retirée, elle aperçoit auprès d'une des arcades de la nef, un étranger enveloppé du long vêtement des missionnaires , et prosterné sur le parvis sacré. Il prie avec ferveur, et de son sein est parti l'accent plaintif dont l'orphehne fut troublée.
Tous les ha])itans d'Underlacli sont connus d'Elodie; Anselme est le seul prêtre de la contrée : l'étranger ne peut donc être qu'un pieux voyageur visitant l'église du vallon. La nièce d'Herstall l'observe attentivement : ses traits lui sont cachés; sa tête est appuyée contre une colonne : et son corps , immobile en ce moment, semble aussi inanimé que le marbre qui le soutient.
L'office du soir est achevé : un silence profond succède aux hymnes
saintes. La foule lentement s'ëcoule soiis le portique ; et l'ange de la prière a repris son vol vers le trône immortel.
Elodie jette un dernier regard vers l'incoimu resté sous l'arcade déserte ; puis, par un passage souterrain , communiquant à une galerie attenant aux jardins du cloitre, elle s'éloigne de l'église.
Elle est au pied des degrés du passage, et traverse la sombre galerie , ancien réfectoire du monastère. Derrière elle , un bruit léger s'est fait entendre : quelqu'un suit ses pas. Sous ces voûtes solitaires , une figure colossale se dessine dans l'ombre , et s'avance vers elle. La craintive Elodie reconnaît le religieux de la cliapelle ; il est seul : son aspect n'a rien d'alarmant. Sa taille élevée est imposante ; son maintien calme est majestueux ; la beauté de sa personne , la noblesse de sa démarcbe , tout annonce en lui la supériorité, tout révèle en lu^ le grand homme.