LIVRE U
Le premier mouvement de l'orpheline avait été (le fuir; et cependant elle est (lemeuréeiramobile. Aux dernières clartés du jour, elle cherche à distinguer les traits de l'étranger. 11 s'approche , et de dessous ses vêtemens tirant une ceinture bleue, la remet silencieusement à la Jeune fille de l'abbaye. O surprise ! c'est le ruban dérobé sous le pavillon. Interdite et confuse , Elodie lève un oeil timide sur l'étranger, que déjà son imagination lui représente comme un génie surnaturel. Trendïlantc, elle attgnd.... sans pouvoir s'exphquer quelle étrange puissance enchaîne ses pas , glace sa voix , commande à sa pensée.
— « Fille d'Undcrlach, dit enfin l'inï) connu, pardonnez à l'homme de l'ad- » versité qui , peu maître desmouveraens » de son cœur, crut qu'un ruban qu'avait » porté rinnocence pouvait, en talisman y> céleste, purifier sa sombre demeure, » et rendre le repos à son âme. »
lls'inter rompt : sa voix est sombre et concentrée ; puis il reprend : — ce L'in- » sensé a reconnu son erreur, et je viens » répai^er ses torts. Le talisman qu'il y) crut sauveur, loin de guérir les plaies )) de son âme, n'y a porté que de nouy) veaux poisons j et, comme une flamme » vengeresse , n'a fait qu'irriter ses j) blessures. 11 est une justice étery) nelle... Reprenez la fatale ceinture.... y> le malheureux n'était point digne de y) la posséder... la voici. Quelquefois, » anp;e de la vallée, lorsqu'à votre vue 3) elle s'offrira, plaignez le coupable qui :» vous l'avait ravie. ))
En ce moment, un faible rayon de lumière vient éclairer le visage de l'inconnu. Ses beaux yeux noii'S n'étaient plus fixés sur elle : son regard était levé vers le ciel, et ce regard ne devait jamais s'effacer du souvenir de l'orpheline. Tout ce que le mallieur a de plus déchirant , tout ce que la résigna-