‹ Le solitaire. 4. éd., rev., cor., augm., et ornée de vignettes dessinéesChapitre 3 sur 205 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

comblé tous ses voeux : jamais plus fortunés amans ne descendirent ensemble le fleuve orageux de la vie .

Mais une félicité durable n'est point le partage de l'homme : souvent la prospérité même, comme un prélude aux malheurs, ne jette ici-bas qu'un éclat sinistre : cruelle alhée de la mort , la fortune ne couronne de fleurs ses favons cpie pour les envoyer parés au sacrifice ; Herstall perdit sa compagne chérie.

Alors il plaça sur sa fille toutes ses alfections et toutes ses espérances : douée d'une éclatante beauté, la jeune Iréna devint bientôt l'orgueil et l'idole de son père. La duchesse d'Aroville, parente éloignée , avait en mourant légué son immense fortune à l'unique enfant du baron. Par sa naissance , ses richesses, ses attraits , Iréna paraissait appelée à la plus biillante destinée.

Charles-le-Téméraire , le plus puissant des princes de l'Europe , le plus

s LE SOLITAIRE.

beau des guerriers de la Bourgogne, le plus renommé des he'ros du siècle , vint s'offrir aux regards d'Iréna , et parut vivement ëpris de ses charmes. La belle héiitière fut environnée de toutes les séductions de l'amour, et bientôt disparut delà rive paternelle. La fille d'Herstall avait été enlevée par Charles , comme la fille de Cérès par le souverain du Ténare • mais, hélas ! le fleuve Léthé ne coulait point aux lieux qu'allait habiter Iréna. Le ])aron se Hvra au plus affreiLX désespoir :les heures, les jours, les mois s'écoulaient, et le sort d'Iréna demeurait inconnu. Herstall, dans l'univers, n'avait vu que sa fille, il ne lui restait plus rien dans l'univers; le cœur d'Iréna était le seul dont il amJ^itionnait la tendresse, et le coeur d'Iréna l'avait entièrement délaissé. Sur sa fille éblouissante d'attraits, il avait en quelque sorte fondé sa gloire, et sa fille égarée était devenue sa honte.

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