LIVRE IT. 'Jl
un soir, presque volontairement, fut encore oiihliée au pavillon. Vaine attente! aucun événement ne venait plus troubler sa solitude 5 aucune apparition n'ëtonnait plus ses regards ; nul être mystérieux n'errait autour d'elle sous l'épais feuillage des bosquets. Inquiète, aGligée, la jeune fille , en soupirant, retournait à sa cellule; et s'interrogeant elle-même, regrettant ses frayeurs passées, elle ne pouvait comprendre ses nouveaux sentimens , ni s'expliquer ses nouvelles idées.
L'ne pensée occupait fortement son esprit : celui dont elle no pouvait oublier l'entretien, l'avait abordée sous l'habit des religieux. Avait-il voué sa vie à l'Eternel? était-il encliaîné aux autels par des vœux sacrés ? Tourmentée de ces réflexions, sans chercher à en connaître la cause , elle se rend au toit rusticjue qu'habite momentanément Marceline, auprès du monastère. MarceUne aime
tant à parler du Solitaire! elle est si bien instruite des actions bienfaisantes par lesquelles il s'est fait connaître!.... elle est si occupée à tacher de soulever les voiles mystérieux dont il s'enveloppe ! — « Bonne Marceline, dit Elodie, » après lui avoir offert quelques petits » présens , et reçu ses remercîinens , )) votre nouvelle cliaumière sera-t-elle )) bientôt achevée ? depuis long-temps )) on travaille à sa construction. » — )) Dieu et le Solitaire en soient bénis , )) répond la sibvlle du hameau; avant )) l'automne j'habiterai ma nouvelle de- )) meure. » — « L'avez-vous rebâtie )) dans la prairie? » — « Le ciel m'en )) préserve ! je l'ai placée sur une élévay) tion, d'où je pourrai continuellement )) poiier mes yeux vers l'élu du mont )) Sauvage : lui seul et l'Etei'nel auront )) chaque jour, jusqu'à mon heure su- » prême , mes premières pensées , mes » premiers regards , mes premières prié-
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>) res. )) — c( Le Solitaire est sans doute )) un ministre du Seigneur? dit alors la » jeune fille d'une voix mal assurée. » — (( Non , répond Marceline. » Et une vive rougeur a coloré les joues de l'orpheline.
— « Vous en êtes certaine? ajoute )) Elodie, dont le regard brillait d'un nou- » vel éclat. » — c( J'oserais l'assurer. S'il )) s'était voué au service des autels, il » ne quitterait pas la robe des religieux ; w et cependant , il ne s'est montré re- » vêtu de cet habit qu'une seule fois. )) Mon opinion va vous paraître étrange, yy mais je ne crois point me tromper; le » Solitaire , que j'ai beaucoup observé, )) est né plutôt pour la pourpre que pour )) le ciliée ; et le casque du héros con- » viendrait mieux à son front auguste » que le capuchon du 'missionnaire. ))
— c( Ija pourpre!... répèîc Elodie à » VOIX basse. )) — ce L'or ne manque pa.s » plus à ses mains généreuses que le T. L 4^ édit. 7
»^4 I^E SOLITAIllE.
)) coiirage à sa grande âme, poursuit )) Marceline. INon, je ne connais sur la » terre que deux êtres au-dessus de l'iiu- » maine nature , et par leurs sentimens )) et par leur beaiité ; l'aigle du mont y> Sauvage et la colombe du monastère. » A ces mots, confuse et troublée , la rierge d'I nderlacli se lève. — « Bonne )) Marcebne, dit-elle, je vous quitte : la » nuit approche^ je reviendrai. »