‹ Le solitaire. 4. éd., rev., cor., augm., et ornée de vignettes dessinéesChapitre 36 sur 205 · LIVRE ni · texte numérisé non relu

LIVRE ni

Avec les parfums de la vallée , la voix mélodieuse d'Elodie montait vers les demeures immortelles. Au bord du torrent, négligemment peneliée contre le tronc d'un vieux sapin , l'orpheline interrompt ses chants. Portés par les zéphirs, ses derniers accords retentissent au loin dans la forêt, comme les soupirs plaintifs de la harpe de Malvina au fond des antres de Morveii. A l'arche du pont, Elodie suspend son luth; et, plongée dans ses douces rêveries, elle croit entendre les voix harmonieuses de la nature répéter ses derniers accens.

L'astre du jour dorait la cime des montagnes; tout à coup elle voit, sur le pic d'Underlach, le long du sentier conduisant au hameau, scintiller des feux inconnus. Ce sont des casques , des boucliers, d(îs lances, qu'éclairent les rayons du soleil. De nombreux guerriers descendent la montagne , et de leurs brillantes armures au loin l'acier piu' étin-

8o LE SOLITAirxE.

celle. La fille de Saint-Maur, immobile, contemple nn instant ce spectacle entièrement nouveau pour elle. Le hennissement des coursiers, l'or de lem^s liarnois, le casque éblouissant des soldats, le blanc panache des paladins , leurs bannières, leurs boucliers , leurs devises, leurs écharpes, leurs armoiries, tous ces enchantemens guerriers ont charmé ses regards curieux. Cependant ces troupes s'avancent : bientôt elles seront au pied de la montagne; elles se dirigent vers le pont. L'orpheline, revenue de sa surprise et de son ravissement , n'éprouve plus qu'un sentiment d'effroi. Elle fuit à la liàte A' ers l'abbaye; et, oubliant son luth^ le laisse suspendu à l'arche du torrent.

Etonné de l'appai'ition d'une troupe guerrière au milieu des paisibles montagnes d'Underlach, Herstall ne savait quelle conjecture tirer de cet événement inattendu ; lorsqu'un bruit coiifus d'ar-

Page 1