LIVRE III
Le repas est achevé : le comte de ]Norindal se lève, et prenant la main tremblante de la nièce d'Herstall , il retourne au salon de l'abbaye. Ecbert a traversé la galerie. Parvenue au passage qui , d'un côté, conduit à la chapelle, et de l'autre aux appartemens du prieuré, la jeune fille recule et jette un cri; dans l'ombre elle a cru voir une figure mystérieuse se glisser et s'évanouir. C'est en ce même lieu que, pour la première fois, le Solitaire lui achessa la parole... Serait-ce encore lui!...
IXe sachant quel sujet a pu causer son effroi , Ecbert interroge Elodie; elle attribue sa frayeur à la faiblesse de ses organes, qu'épouvantent les ténèbres et les lieux souterrains : — ce Faible liane , lui )> dit Ecbert à voix basse , refuserais-tu )) l'appui du cèdre?... » En prononçant ces mois, son accent était plein de tendresse, et sa main pressait doucement la main de l'orpheline. Elodie hâte ses
T. 1. 4^ édit. a
go LE SOLITAIRE.
pas, et garde le silence; qu'aurait -elle pu lui répondre !
Retirée en sa cellule , la fille de Saint- Maur, A^vement agitée, n'ose s'interroger elle-même. Pour la première fois au milieu d'un cercle brillant , elle s'est vue lobjet des hommages d'une foule empressée j elle s'est vue admirée parles plus nobles chevaliers de la Lorraine.
L'ami de René , le héros fameux dont , sans doute , les plus célèbres beautés de la cour de !>ancY ambitionnent le cœm', le comte de INorindall n'a paru occupé que d'elle; ses regards, habituellement sévères. 1 ont fixée avec tendresse; sa voix, en lui parlant, pai^aissait émue. Auraitelle su lui plau'e ! Déjà serait-elle aimée !
iNIille sentimens confus égarent ses pensées. Qu elle doit être somptueuse, cette cour de Lorrtiine , où se rassemblent les paladins du puissant René, les preiLX du vaillant F.cbert! Que d'hon-
LIVIIE 111. gi
neurs y doivent environner celles que la Providence leur destine pour compagnes! Que d'tnch.intemens y doivent suivre leurs pas ! qu'ils doivent être resplendissans les palais où se réunissent les grands de la terre! Et lorsqu'aux pieds de la beauté se prosternent les fils de la gloire, quel triomphe pour celle qui tient le sceptre de l'amour!
Un sentiment d'orgueil a fait battre le cœur de l'orpheline. Ecbeit , lillustre Ecbert , ce soir n'a point tombé à ses pieds, mais demain peut-être !..,, Elodie ouvre la fenêtre grillée de sa cellule , et se reprochant ses idées , demande pardon ù l'Eternel , sans trop savoir de quelle faute. Les étoiles scintillaient au firmament, l'astre des nuits parcourait silencieusement la voûte céleste , et couvrait la nature de rellets argentés. Le regard de la jeune fille s'est tourné vers le mont Sauvage, et sa pensée tout entière est retombée sur le Sohtaire. Le comte
de Norindall, ses chevaliers, la courtî« Lorraine , en un instant tout est oublie. — « Ah ! s'écrie Elothe , un casque )) étincelant ne pare point son front ; un y) panache élevé ne flotte point orgueil- )) leusement sur sa tête; l'or et les pier- » reries ne couvrent point ses vêtemens; y> une écharpe de gloire ou d'amoiu' ne )) ceint point sa taille; et pourtant, dans » cette même galerie où se sont rassem- » blés les compagnons d'Ecbert, qu'il » était beau sous sa robe de bure ! Quel » feu divin brillait en son regard ! Quel )) port majestueux! Qu'il eût efïacé tous j) les chevaliers lorrains s'il eût apparu )) soudain au milieu d'eux sous l'armure y) guerrière ! . . Serait-ce lui qui, dans l'om- )) bre, a traversé devant moi le passage )) de la chapelle, ou mon imagination » m'a-t-elle abusée? flomme inconcevan ble, qui répands des bienfaits et qui » semblés m.lh(^ureux, tu parais l'ange a des vertus j et tu m'as parlé de re-