‹ Le solitaire. 4. éd., rev., cor., augm., et ornée de vignettes dessinéesChapitre 54 sur 205 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

sourire n'embellit plus ses lèvres cle rose; sa mai-clie est devenue plus lente; elle va plus souvent prier à la chapelle; le lever de l'aurore ne la voit plus entliousiaste et joyeuse ; les cordes de sa lyre sont détendues ; ses fleurs languissent oubliées ; d'où viennent tous ces changemens ? d'une seule pensée.

Jadis tout lui semblait riant et animé dans la vallée : Lndei'lacli aujourd'liui lui paraît sombre et désert. Contemplant de son pavillon chéri la neige dont la cime des Alpes reste blanchie malgré les feux brulans de l'astre des cieux, l'orpheline de l'abbaye soupire : que son cœiu' n'est-il aussi froid que ces masses éternelles fjui bravent l'ardenle chaleur des étés ! Oh ! combien de tempêtes ont traversé ces hauteurs sans rien changer à leur aspect! Jeune fleur de l'IIelvétie, à peine un soulHe d'orage a-t-il passé légèrement près de toi, et déjà tu n'es plus la même.

Une pluie légère , enveloppant les picS d'Underlach, leur donnait en ce moment des formes fantasti([ues : des nuages blanchâtres, alFectant mille figures bizaiTeSj couraient, semblajjles à des vagues transparentes, sur le milieu des roches désertes. Les rayons du soleil absorbant tout à coup ces vapeurs nébuleuses , éclairaient par intervalle l'horizon; et alors le voile des montagnes se déchirant, comme par enchantement, montrait à travers plusieurs larges ouvertures, portiques aéiiens, des bosquets de sapins et des temples de rochers dominant les nuages et la vallée (i).

Mais ces magiques tableaux, ces fantasmagories de la nature sont à peine remarqués d'Elodie : l'ombre du soir

(i) Ceux qui ont voyagé en Suisse ont pu remarquer souvent ces accidens de lumière, et ces vues merveilleuses, (/^oyes toutes les descriptions des Alpes.)

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