‹ Le solitaire. 4. éd., rev., cor., augm., et ornée de vignettes dessinéesChapitre 61 sur 205 · LIVRE V. l · texte numérisé non relu

LIVRE V. l

ses sens; et le calme est rentré dans son âme.

Une lettre du comle de Norindall est remise à la vierge d'Underlach. Elle la porte à son père adoptif. Herstall lui en lit le contenu. Ecbert sollicite son pardon d'Elodie. Le bruit du projet conçu par Herstall d'abandonner l'abbaye est parvenu jusqu'à son oreille. Il supplie l'orpheline de ne plus redouter ses violences, et de croire à son repentir. Il lui demande une entre vue. Qu'elle daigne consentir à recevoir ses derniers adieux, à l'écouter une fois encore... puis il quittera pour jamais l'Helvétie.

Le remords , la douleur et le désespoir ont dicté la lettre touchante du comte de Norindall. Herstall ne peut douter dis sentimens qu'elle contient; chacune de ses expressions porte le cachet de la vérité. Ecbert semble décidé au plus douloureux sacrifice... Son àme repenlanle est résignée. Sa dernière T. l. zf édU. i 2

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prière à Forpheliiie pourrait-elle être repoussée ! Herstall s'est chargé de lui répondi'e. Elotlie recevra le jour suivant les adieux du comte de INorindall.

L'heure de l'entrevue approche. La fille de Saint-Maur , vivement émue , attend l'ami de René dans le salon du monastère. Ce moment est pénible pour Elodie ; hélas ! il l'est bien plus pour Ecbert.

La porte s'ouvre , et le comte de Norindall paraît. Est-ce là le jeune et brillant paladin , tel qu'il s'olFrit à sa vue pour la première fois , environné des chevaliers de la Lorraine! Quel changement en peu de jours ! ses beaux yeux noirs ont perdu leur vif éclat. Son regard terne n'exprime plus qu'une douleur morne. L'abattement est sur ses traits décolorés ; et la i'aux prématurée du temps semble s'être essayée sur sa jeunesse.

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Hal^itué à dissimuler les violentes impressions (le son âme, l'ami de René paraît calme et tranquille ; mais , hélas ! le fleuve troublé jusque dans sa source, dont la tempête a soulevé les eaux , et , qui, lorsque le ciel s'est épuré , reprend son cours accoutumé, peut bien rouler une onde paisible, mais ne roule plus une onde pure.

— « Noble fille de Saint-Maur , dit » Ecbert, accorder au coupable un mo- )) ment d'entretien , c'est lui donner )) l'espérance du pardon. Une passion )) funeste m'a égaré; mais le i^epentir ^:i m'amène à vos pieds. Que l'impétueux )) caractère du comte de Norindall cesse » de vous alarmer : Ecbert n'est plus à )) craindre.... En ce moment il renonce y) pour jamais à Elodie , à l'amour, à ï) riiymen , au bonheur ; que ne peut-il )) ajouter... à la vie! «

— «Chevalier, répond l'orpheline, je » ne puis douter de la sincérité de vos

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» discours; ne parlez plus d'eiTeurs^ ef » de repentir; vos torts sont réparés; et » j'ai tout oublié. »

— (C Vous me pardonnez , reprend )) Ecbert, c'est assez : je n'ai plus désor- )) mais rien à attendre de la terre. La )) vie ne m'offre plus maintenant qu'un )) vide immense aufond duquel est l'éter- )) nelle nuit. Elodie ! puissiez-vous être )) heureuse.'monsacrificeestconsommé; )) mon àme est résignée; je n'ai plus lien y) à espérer en deçà de la tombe. »

Le comte deNorindall s'est levé; une larme d'attendrissement a coulé des yeux d'Elodie. L'ami de René s'éloignait.

— « Ecbert ! » dit la jeune fille , et ce mot pîononcé d'une voix émue arrête le guerrier; il revient précipitamment sur ses pas. — (( Epargnez-moi! s'écrie-t-il. )) Que votre voix touchante ne retentisse )) plus à mou oreille, ou je tombe à vos )) genoux ! Que le doux regaid d'Elodie » ne rencontre point mon regard , ou

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