LIVRE VI. l'y
violent effort, comme une convulsion dernière , a rendu le mouvement à ses lèvres tremblantes. Quelques sons étouffes, quelques mots à peine articulés se fraient un passage. Elodie écoute. — « Le monstre!.... Ah! malheureuse!....
» Fuis ! »
Le feu de ses regards a disparu ; ses membres se sont roidis; sa voix s'est éteinte; son souffle s'est glacé; une sorte de crêpe mortuaire a passé rapidement sur ses traits déjà décomposés. C'en est fait ! entre la vierge et le mourant l'ange aux ailes funèbres a tiré le rideau de l'éternité.
Depuis plusieurs jours, l'homme juste avait terminé sa carrière. C'est maintenant l'orpheline qu'Anselme cherche à rendre à la vie. Comme anéantie, elle paraît insensible aux. tendres soins ^{ pasteur d'Underlach. Les couleurs (.ïs son teint sont totalement effacées ; ss^
l'y 4 I^TE SOLITAIRE.
Toix n'est plus qu'un gémissement plaintif, et son existence qu'une douleur continuelle.
La fleur abattue par l'orage relève enfin sa tige languissante. La fille de Saint-Maur échappe à la faux du trépas Mais hélas ! privée du seul appui de sa jeunesse, elle s'adlige d'avoir pu lui survivre, et n'ose porter sa pensée vers l'avenir qui l'attend.
Jusqu'au balcon du monastère lentement elle a dirigé ses pas chancelans.
Là, silencieuse, elle étend au loin ses reg.jrds. Le char du (heu de la lumière parcourt radieux les plaines éthérées :
ses feux ont dissipé les vapeurs qui couronnaient les montagnes ; et la blanche cime des pics couverts de neige se détache él)louissante sur l'azur de l'iiorizon. La prairie est émaillée de fleurs. La naau'e reparaît aux yeux de l'orpheline oeWe et pure comme aux jours de la création. La cascade au loin murmure,
i.iTRK vr. l'jS
el ses ondes argentées partagent en serpentant la pelouse embaumée. Les airs retentissent du concert joyeux des chantres du iDOcage. — «Ah! s'écrie l'orphe- » hne d'une voix plaintive , hors mon » existence et ma destinée , hors ce coeur )) infortuné que les regrets accablent, >i rien n'est cliangé dans la nature. »
Elle dit; et ses larmes coulent à torrens. Hélas! au cœur déchiré par la douleur et bnsé par l'adversité , un ciel pur et serein, un site riant, ne semblentils pas une amère dérision! Ah! quelques regrets que puisse laisser ici bas le génie éteint ou le juste disparu, le Ciel ne lui accorde pas une larme , la terre pas im soupir. La nature poursuit sa marche accoutumée. Indifférente pour l'homme qui la croit finie poui' lui, elle ne reniai-que pas plus sa naissance qu'elle ne s'occupe de sa mort.
Les volontés d'Hcrstall ont été exé-
i!utées. Au fond des jardins du monastère est un tertre solitaire ombragé de gi-ands arbres dont l'épais feuillage in-» tercepte les rayons du jour. Là repose ensevelie sa dépouille mortelle. Nul monument funèbre n'y sera construit. Nulle pierre ne couvrira sa tombe. Nulle orgueilleuse inscription ne rappellera ses vertus. Le père adoplif d'Elodiè a défendu ces pompes de la mort , ces vanités de la poussière. Une simple croix rtistique s'élève modestement sur le gazon de la sépultuie.
Le vénérable pasteur d'Underlacli ne (juitte plus que rarement la jeune fille , dont il est demeuré le seul soutien. Par ses soins attentifs et par ses pieux discoui'S , il cberclie à cicatriser les plaies de son âme. Anselme a connu les dernières intentions de son ami. 11 a envoyé son neveu, le jeune Conrad, annoncer le trépas d'Herstall à la comtesse Imberg. Cliaque joiu* il attend le retour de Conrad