LIVRE TH. 2 I I
coupable n'avait souillée; l'esprit aride qui pèse ses actions comme ses mots , nomme le vide de son âme profondeur, et sa sécheresse vertu.
La comtesse, que suivaient toutes les vanités du monde , ne parlait du luxe qu'avec dédain , mais s'était résignée , disait-elle , à porter ses chaînes pesantes par état et par devoir. Ardente à chercher l'occasion de se signaler par quelque protection éclatante , elle ne prenait nul intérêt au protégé ; dévouée à tous les malheureux , elle n'en connaissait aucun ; despote , elle tonnait contre la tyrannie ; amJjitieuse , elle ne vantait que le bonheur d'une existence obscure ; humble avec ostentation , elle rapportait tout au Ciel , et ne croyait (ju'aux choses de la terre; enlîn noble dans ses manières , gracieuse en ses mouvemens , afTaljle en ses discours , elle était l'idole de la multitude , et l'oracle de ses nombreux admirateurs.
ai 2 LE SOLITAIRE.
Le prince de Palzo avait atteint l'âge miir de la vie. Portant un nom illustre, général au service du duc de Lorraine, possesseur de i)iens immenses , il murmurait contre la fortune , et se plaignait de ses rigueurs. Artificieux et perfide, il ambitionnait la puissance suprême. A la fois téméraire et lâche , il travaillait par de sourdes intrigues à détrôner son souverain. Habile conspirateur , il possédait l'art de flatter les passions de la multitude , d'aigrii- les coeurs mécontens , de fomenter la discorde, et d'étendre les haines. Orateur éloquent, il connaissait le brillant prestige des images hardies et des expressions hasardées; enfin, à son gré , fascinant les yeux du vulgaire , nul ne savait mieux que lui jeter sur ses discours les mots magiques d'indépendance et de liberté.
Le pnnce de Palzo n'avait jamais été remarquiible ni par sa stature , ni par sa beauté ; mais ses traits étaient réguliers,