‹ Le solitaire. 4. éd., rev., cor., augm., et ornée de vignettes dessinéesChapitre 93 sur 205 · LIVRE VII. lîg · texte numérisé non relu

LIVRE VII. lîg

connaître sans désirer de la séduire , et sa pnssion s'est ouvertement déclarée.

Irritée de ses présomptueuses espérances, eli'rayée de son langage hardi, la fille de Saint-Maur se réfugie auprès de la comtesse , et n'ose un seul instant s'éloigner d'elle.

En ([uelle affreuse situation se trouve Elodie! l'entrée du cloître est défendue par le prince au père Anselme dont il craint les conseils et l'influence : elle n'ose franchir les barrières de l'abbaye , gardées par les satellites de Palzo. Partout le prince suit ses pas : son amour n'a plus de retenue ; ses transports n'ont plus de i'rein ; et l'infortunée captive est au pou*'oir d'un homme ambitieux, et pervers, sur lequel l'iionneur, la justice et les vertus n'ont jamais eu d'empire.

L'orpheline n'a plus d'espoir qu'en sa protectrice : mais la comtesse est dévouée au chef entreprenant dont elle aperçoit le front déjà ceint d'une cou-

in..

Ê20 LE SCLIïAIRt;.

ronne. Le prince lui a peint ses senliuiens pour Elodie ; il lui a demandé la main de sa nièce adoptive. Sa nièce, un joiu' peut-être , serait donc souveraine ! la comtesse pourrait-elle hésiter un ins^ tant à combler les voeux de Palzo I Flattée (les offres généreuses du prince qui, par l'amour entraîné, daigne ou}3lier la disproportion de l'alliance, elle a juré que Torplieline serait son épouse ; et ses ordres sont donnés pour que l'hymen désiré puisse être célébré le plus promptement possible.

Ferme dans ses résolutions, impérieuse en ses volontés, mais sous des deliors trompeurs A'oilant toujours sa secrète pensée, la comtesscun matinmande sa nièce auprès d'elle. Jamais sa voix n'avait paru plus tendre ; jamais son sourire n'avait semblé plus gracieux ; jamais ses manières n'avaient été plus caressantes.

Après uiae fastueuse énumération des

tiVRE vrr. n^ï

titres et ties possessions du prince de Paizo, après un récit détaillé des actions liéroïquesde sa vie, après un long éloge rie ses vertus et de sa bienfaisance , la comtesse l'instruit des propositions flatteuses qu'il a daigné lui faire. Avec son éloquence accoutumée elle a fait ressortir les brillans avantages de l'union projetée : elle a peint avec enthousiasme l'amour passionné du prince ; et l'intime persuasion qu'Elodie sera heureuse, paraît le seul sentiment qui l'ait décidée en faveur de l'illustre guerrier. — « Ai- » maljle enfant, dit-elle, en terminant )) son discours, suivez à l'autel le prince )) de PaIzo; l'amOur, les honneurs, la » fortune et la gloire vont environner )) votre existence. Que je bénis le ciel )) qui me conduisit en ces lieux, pour y )) assurer ainsi le bonheur d'ime orphey> line abandonnée ! Puissante par vos » richesses, vous porterez l'abondance y) et la "foie sous toutes les chaumières

» cl'Underlacli; puissante p.ir votre rang, 7) vous serez l'orgueil et le soutien de )) votre famille ; puissante par vos charï) mes , vous serez l'ornement de la cour )) de Lorraine; puissante par vos vertus, y) vous y ramènerez les moeurs pures de » nos aïeux. Oh! chère Elodie ! qui sait » si l'Eternel, appelant le héros qui vous y) adore aux plus hautes destinées, ne )) vous prépai'e point ime couronne ! »

Malgré l'artifice de son discours, la comtesse Imberg n'a point ébranlé l'àme de l'orpheline : aucun talileau n'a pu la cliaiTuer; aucune offre n'a pu l'éblouir. Celle qui naguères avait eu le courage de résister à l'amour pur et généreux , aux prières touchantes du bel et magnanime Ecbert, pouvait-elle être séduite par le pompeux dénombrement des titres et des richesses d'un ambitieux! Calme sans froideur, ferme sans audace, la fille de Saint-Maur se lève avec dignité, et répond en ces mots : — « J'ignore , ma-

Page 1