LIVRE VII
Me ces Iiorde.s indisciplinées?.... L'orpheline alarmée , ne pouvant plus se livrer au sommeil , appuyée contre les bandeaux de sa fenêtre , ne cesse d'observer les raouvemens étranges qui se font remarquer sur les hauteurs du vallon , et les signaux nocturnes qui de loin à loin se répètent autour du monastère. A peine un rayon de l'aube pointait encore. Un bruit tumultueux de voix, d'armes et de chevaux a frappé l'oreille d'Elodie. De nouveaux étrangers arrivent-ils au prieuré? Sont-ce des courriers que le pi'ince reçoit ou fait partir? Quelcjues dangers menacent-ils la contrée? L'orplieline entr'ouvre doucement la porte de sa cellule , traverse légèrement le grand corridor du cloître, et, par une des hautes fenéties de la façade du midi, \e\U'. un regard furtif siu' la grande cour de l'a])baye.
Armé de pied en cap, le prince de Palzo monte lui coursier vitroiu'cux. Il
recouvre d'un manteau violet sa cotte de mailles etl'acier poli de sa cuirasse. De son casque noir il enlève le blanc panache. Point d'écharpe autour de sa taille. Point de décorations sur sa poitrine. Il baisse sa visière* et, sombre comme une nuit d'automne, de la grille du monastère il s'élance , suivi de ([uelfjp^ies guerriers aussi mystérieux que leur chef.
Que peut conjecturer Elodie de la conduite extraordinaire de Palzo! Nul doute qu'une vaste entreprise n'occupe la pensée de ce prince. Mais un complot ténébreux ne peut être que criminel.
Ces courses nocturnes , ces déguise-^ mjiis , ces signaux , eus rassemblemeus, ces correspondances, tout annonce d'horribles intrigues, de sourdes machinations. Une tempête se forme, elle va s'élever d'Underlach^ mais en quels lieux, sur quelles têtes éclatera sa noire fureur? Si le monastère est le foyer de quelque rébellion , peut-être le
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monastère sera-t-il frappé par la foudre. Tja vengeance du Ciel exterminera sans doute les perfides; mais la vallée peut devenir le théâtre des combats et du carnage; et que deviendrait alors la douce v i erge d' L nd erlacl i !
De sinistres pensées épouvantent son ame. Elle ne peut consulter Anselme :
l'entrée de l'abbaye lui est interdite; et elle-même y est prisonnière. Seule, elle est en ce moment sans guide et sans appui. Quel parti prendre ! A quelle puissance recourir ! — (( Si j'allumais le fanal )) de la tour! se dit secrètement l'orphey) Une. Si j'appelais le Solitaire ! Mais lui- » même que pourrait -il faire?.... Les )) gardes du prince interdisent l'entrée » du cloître à tous les étrangers. Guerrier « téméi-aire, amant désespéré, l'homme )) du mont Sauvage serait capable de » forcer tous les passages , et de comw battre lui seul tous les soldais de Palzo, )> pour lcurarracherlilo(he...^Iais hélas!
23o LE SOLITAIRE.
» peut-être succoniberait-il accablé par le )) nombre; et j'aurais causé son trépas. )) Cette idée alFreuse l'an ête. — « Atten- )) Jons encore, dit-elle. Peut-être m'a- » bandonné-je à des terreurs clnméri- 5f ques : la comtesse Iraberg me traite )) comme sa fille ; le prince a cliangé de )) conduite envers moi; nul danger pres- )) sant ne me menace encore ; n'exposons » point la vie du Solitaire. IN on, je n'ai- » kunerai le fanal de la tour qu'au mo- » ment des catastrophes, qu'aux jours » du désespoii'. »
Depuis long-temps la nièce d'Herstall , redoutant la rencontre de Palzo, n'avait osé descendre aux jardins du monastère.
L'aurore éclairait les cieux; le prince s'était éloigné de la vallée ; sans crainte l'orpheline vole au pavillon rustique témoin des jeux de son enfance; et, dans les souvenii-s heureux du passé, elle cherche l'oubli momentané du présent.