M. RADESTOCK : LE REVE EST INVOLONTAIRE
s'appliquerait plus exactement aux images du rêve elles-mêmes, dont, d'après moi, la vivacité est toute relative.
Le rêve se déroule en dehors de toute intervention de la volonté. Vraie, en thèse générale, cette proposition est peut-être trop absolue. Je rêvais un matin d'un de mes amis, marié depuis longtemps, mais seulement par devant l'autorité civile. Je ne sais pour quel motif , dérogeant à ses principes, il crut devoir enfin — ceci est mon rêve — faire bénir son union par le prêtre. A cette occasion il devait y avoir un cortège. Cette nouvelle avait mis en l'air toute la commune. Curieux autant que les autres, je me rends à l'église; je tenais surtout à voir la mine du mari. Je perce la foule et parviens à me faufiler au premier rang. Cependant le cortège ne venait pas. En attendant, je pensais à mille choses, pour tuer le temps. L'impatience me gagnait; j'avais la sensation distincte que j'allais me réveiller ; j'entendais les bruits matinaux de la maison ; mais voulant à toute force assister au défilé de ce cortège original , je faisais des efforts pour me rendormir et terminer mon rêve, comme rêve. Ils n'aboutirent pas. Je me réveillai, bien malgré moi, sans avoir pu satisfaire ma curiosité.
Ce rêve me semble propre à confirmer ce que j'ai énoncé plus haut. La conscience de soi est le sejitiment explicite de la réalité comme telle ; de sorte que, dans le sommeil, il y aurait toujours de la conscience, à un degré si faible qu'il puisse être; car il n'est pas à croire que jamais l'on soit absolument séparé de la réalité.
Le rêve est le créateur de nouvelles combinaisons; mais ses produits ont rarement quelque valeur. Presque toujours ses inventions sont de pures inepties, comme celle de l'insensé. Il y a donc, dans le sommeil, affaiblissement de la faculté de juger et de raisonner. On trouve tout naturel que des hussards fassent l'exercice sur la crête d'un toit ou qu'on traverse les Alpes à la suite d'Annibal. Ces étrangetés reposent, d'après M. Radestock, sur des associations et des assimilations spontanées, où la loi de ressemblance a la plus grande part, ainsi que le lien qui unit certaines impressions corporelles aux idées qu'elles éveillent ordinairement.
Souvent aussi, dans les rêves, se manifeste le phénomène connu sous le nom de division ou de dédoublement du moi : on attribue à un autre ses propres pensées et ses propres sentiments. Aux exemples déjà connus, je désire en joindre deux autres extrêmement complets sous tous les rapports.
Un soir, dans une réunion d'amis , entre autres sujets de conversation, je mis sur le tapis cette question du dédoublement de la personne. Je racontai le singulier cas de Van Goens qui, étant écolier et ayant l'ambition de rester toujours en tète de sa classe, rêva un jour que le maître lui proposait une phrase latine à traduire. Van Goens n'en sortait pas ; mais ce qui le tourmentait par dessus tout , c'était de voir un de ses condisciples faire des signes indiquant qu'il avait saisi le sens. Le maître dut Unir par interpeller cet élève qui traduisit le 'passage sans faute et de cette façon conquit la pre-