‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 13 sur 119 · LE DÉDOUBLEMENT DU MOÎ · texte numérisé non relu

LE DÉDOUBLEMENT DU MOÎ

mière place. Il se trouve ainsi que le rêveur était à la l'ois incapable et capable d'interpréter un texte donné. Ce rêve fut l'objet de certains commentaires ; puis on parla d'autre chose.

Notre conversation se tenait vers l'époque où l'on s'intéressait vivement aux menaces — réalisées plus tard — que depuis un certain temps l'Etna faisait entendre. Or cette même nuit , dans un rêve , mon ami le professeur Spring — qui a la spécialité des rêves ingénieux — se mit en tête de recherclier un moyen d'annoncer les éruptions plusieurs jours à l'avance. Déjà l'on peut aujourd'hui prédire dans une certaine mesure les tempêtes et en décrire la marche probable , pourquoi n'essaierait-on pas d'en faire autant pour les phénomènes volcaniques? Le rapprochement en lui-même avait du bon. Mais M. Spring avait beau se creuser la cervelle , il n'en tirait rien. Alors il s'avise d'aller consulter sur ce point un savant de sa connaissance , il ne sait plus lequel. Il se rend chez lui, l'y trouve, et lui communique son embarras. L'ami saisit tout de suite l'idée et à l'instant lui fournit la solution cherchée. Il ne s'agirait que d'enfoncer de distance en distance dans le sol , des aiguilles thermo-électriques reliées entre elles et avec une station centrale, pour être averti de l'approche des courants de lave. M. Spring approuva fort l'invention et rentra chez lui émerveillé de la facilité de conception de son ami le savant.

C'est le même cas que celui de Van Goens : l'ignorant crée en rêve un savant qui sait ce que lui-même ne sait pas.

Voici comment M. Radeslock explique cette singularité.

D'après lui, elle est due à l'affaiblissement d'un des éléments de la notion du moi. ^ La conscience de soi comprend la réunion et l'attribution h un même sujet d'un certain nombre d'idées, de sentiments, de volitions et de souvenirs, et, déplus, l'attention et l'aperception active. Or, dans le sommeil, ce dernier facteur est annulé, et il ne reste que le premier. L'bomme alors ne sent plus son moi que d'une manière restreinte, il ne se regarde plus comme l'unique soutien de ses idées, et il en rapporte une partie à des êtres étrangers.

C'est là, me paraît-il, plutôt une description qu'une explication du fait. Quant à moi , je suis assez tenté d'y voir tout simplement la dramatisation de cette habitude de la pensée de se manifester sous forme de dialogue. Au moment où j'écris, je cause avec un lecteur tictif et je lui attribue des objections et des doutes, lorsque je ne crois n'être pas clair ou que moi-même je doute. Or je pourrais tout aussi bien prendre son rôle, et mettre dans sa bouche les réponses et les solutions. Voici un fait qui vient à l'appui , je dirai plus , qui donne un très haut degré de probabilité à cette manière de voir.

Un excellent bourgeois de mes amis , qui , s'intéressant aux questions de psychologie, veut bien me rendre compte parfois de ses rêves, était sur le point de se faire bâtir une maison. Ignorant autant qu'une carpe en fait d'architecture , il en avait néanmoins fait lui-même le plan de distribution, et, comme M. Pencil, l'un des héros de Topffer, il remarquait

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