CHAPITRE III
L'ouvrage de M. Stricker.
iê savoir potentiel et le saToir ki/ou actuel. — La faculté de projection ou d'extériorisation : l'image illusoire est toujoui's exclusivement personnelle. — Différences enire le rêve et l'àallucination ; l'illusion se produit quand l'excitation cérébrale qui donne naissance à l'image, se propage jusqu'aux nerfs périphériques. — De l'origine de l'idée de mouvement. — De la vériie de nos jugements : « Tout jugement a posteriori touchant le monde externe , qui est tenu pour vrai à la façon d'un jugement a priori , doit élre considère comme une aberration. » Pas de critérium à l'égard des jugements portant sur l'expérience interne. — Origine des idées déraisonnables: la rupture des rapports entre les idées dominantes et une partie du savoir potentiel. — Les rêves sont dus à l'excitabiliié du cerveau pendant le sommeil , les excitations du dehors s'entrelaçant dans les souvenirs ; ils font illusion parce que l'excitation interne se propage jusqu'aux nerfs périphériques , et que les excitations externes ne rappellent que les idées appropriées aux rêves. — De mtme la folie provient de l'absence de lien entre les idées fixes et les perceptions. — Critique : l'illusion peut se produire quand les organes périphériques sont détruits. — Critique du caractère d'apriorité des jugements des fous ; la certitude subjective accompagne nécessairement nos affirmations , nos négations et nos doutes, — La certitude scientifique est compatible avec le doute,
Jusqu'à présent, que je sache, M. Stricker n'a mis au jour aucun ouvrage de psychologie — et même les chapitres qui terminent ses Leçons de pathologie paraîtront à certains hommes du métier un pur hors-d' œuvre. Mais on ne peut que se féliciter de ce qu'en cette circonstance , le savant professeur a encouru le reproche de manquer à la règle de l'unité de sujet. Rarement il m'a été donné de
M strickèr: savoir potentiel et actuel! 3"^
lire des pages plus vives , plus nettes, plus originales sur des sujets en partie rebattus. M. Strickèr est juif, comme Spinoza, comme Traube. Si je mentionne ce fait , c'est parce qu'il n'écrit pas comme la plupart des allemands. Son style est rapide et précis; sa phrase, courte et incisive; sa pensée, claire et saisissante ; sa pénétration , subtile et ingénieuse. Dans mon résumé, je suivrai l'ordre même des leçons du maître.
Distinguons entre le savoir potentiel et le savoir vif (actuel) *. A n'importe quel moment de mon existence, je ne puis penser qu'à une hli- faible partie de ce que je sais. Ce à quoi je pense, c'est le savoir actuel ; le reste apparl.ent au savoir potentiel. Le savoir actuel est présent à la conscience, ce dernier mot étant pris dans son sens étroit et restreint. Quel est le siège de la conscience? c'est là une question insoluble et, en partie, oiseuse. II suffit que ce soit chose admise sans conteste que les fonctions de l'âme dépendent de celles du cerveau. Maintenant est-ce la cellule seule qui fonctionne psychiquement? et les nerfs qui relient les cellules ganglionnaires n'agissent-ils que physiquement, c'est-à-dire comme simples appareils de transmission? c'est là un point controversé. Pourtant quand un sourd-muet tire la sonnette, et qu'un aveugle, son compagnon, l'entend, ni le premier, ni le second ne pourra dire qu'on a sonné dans le sens qu'un homme ordinaire attribue à cette phrase.
^ Dus lehendicje Wissen. C'est ainsi qu'on dit la forcé vive, pour la force qui travaille.
Cette comparaison ne fait-elle pas ressortir au vif, l'impossibilité d'admettre l'isolement des centres psychiques?
J'attribue aux autres hommes une conscience semblable à la mienne. Ce n'est pas \h un jugement inconscient. Cette croyance s'explique tout simplement par une association d'idées. Quand je vois un meuble en forme d'armoire, je soupçonne qu'il contient un vide, bien que je n'aie jamais consciemment formulé le jugement que toute armoire est creuse.
Nos idées nous viennent primitivement de l'expérience, et secondairement de la mémoire. Pourquoi rapportons-nous à l'extérieur la cause de nos impressions ? Par un effet de l'habitude. Il ne peut être ici question de faculté innée: si, pendant de longues années , un homme avait toujours porté une casquette, et que, s'en étant débarrassé, il la sentît encore sur la tète, parlerait-on de faculté innée?
Les organes des sens ne sont , comme l'a déjà démontré J. Mûller, que les avant-postes du cerveau. Le moi, quoique représenté le plus clairement dans la tête , n'est cependant pas borné à l'enveloppe du cerveau , il va aussi loin que les nerfs sensitifs. C'est là une assertion prouvée par ce fait que les malades acquièrent des connaissances anatomiques. Imaginons un bassin rempli d'eau d'où partent horizontalement des tubes terminés par des têtes de pipe dans lesquelles l'eau du bassin arrive. Si l'on jette de petits cailloux dans les têtes de pipe , l'onde se propagera jusque dans le bassin, mais s'y montrera notablement affaiblie. Nous verrons l'agitation