‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 18 sur 119 · M. STRICKER : LES IMAGES ILLUSOIRES · texte numérisé non relu

M. STRICKER : LES IMAGES ILLUSOIRES

à la surftice du bassin et de la tête de pipe , mais non dans le tuyau de communication. Telle est l'idée que l'on peut se faire du cerveau , des organes de sens et de leurs rapports.

Nous sommes portés ù considérer une perception comme directe , réelle et objective , lorsque la conscience de ce qui se passe aux terminaisons périphériques des nerfs se met à l'avant-plan. Cette faculté de projection a été acquise peu à peu ; mais , une fois acquise, nous projetons au dehors, grâce à elle , la cause de toute excilation des extrémités nerveuses périphériques, et nous attachons à la prépondérance de leurs phénomènes l'idée que nous sommes sous l'action d'une cause agissant en dehors de nous et que nous percevons une chose extérieure. Mais nous nous trompons souvent. Les songes nous en fournissent tous les jours la preuve. Où donc est le critérium de la légitimité de ce jugement d'extériorité ? c'est ce que nous verrons plus loin. En attendant remarquons qu'une image illusoire est de sa nature exclusivement personnelle , tandis qu'une image objective peut être commune à plusieurs. Il y a là un premier critérium tout pratique.

Les images normales de souvenir ne sont rien de plus que la reproduction des impressions sensibles. Les autres — par exemple , l'image d'une Vénus de Milo à cheval — sont « fantastiques », elles contiennent plus que ce qui a été réellement perçu. Telles sont les figures des rêves.

Ces idées-h\ s'associent que l'on a en même temps. De ces associations , les unes sont séparables , les autres ne le sont pas. Je puis séparer l'image d'une

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salle de spectacle de celle de ses spectateurs, mais je ne puis en distraire l'idée de lieu ou d'étendue.

Parlons maintenant des illusions des sens. Il y a une différence entre les hallucinations — par exemple, celles que l'on a au moment où l'on s'endort — et les rêves. Dans les rêves , il y a d'abord un changement de scène, je suis dans un lieu fictif, je n'ai nulle connaissance de ce qui m'entoure et, si j'en reçois quelque impression, je la fais servir à ma fiction et la tisse dans le rêve. Ensuite, il n'y a pas qu'illusion dans le rêve. Si je rêve de brigands et que je sois saisi de crainte , ma crainte est réelle et logique , et parfois elle survit au réveil. Enfin , dans les rêves, les idées ont une manière de s'enchaîner autre que dans la veille. Dans l'hallucination, au contraire, mon attention baisse dès le début : je ne puis pas facilement fixer le moment de l'entrée en scène des images trompeuses; néanmoins je reste orienté; et, quand elle a cessé, je sais que j'ai vu ces images, mais aussi que je les ai vues du lieu où je suis. En outre, on ne s'y observe pas soi-même, on ne prend aucune part au jeu des acteurs, on n'éprouve ni joie , ni crainte , ni colère ; on reste dans une absolue indifférence. Enfin l'on ne pense pas, l'on ne cherche pas à joindre ses idées, on est comme une machine voyante.

Les images fictives sont des réminiscences ; mais le souvenir ne suffît pas à expliquer l'illusion, car on ne croit à la réalité que si les extrémités des nerfs sont intéressées. C'est ainsi que si je regarde le soleil, je le verrai encore quelques instants après que j'aurai fermé les yeux ; et je le verrai en dehors

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de mol tant que cette image subsiste; mais dès qu'elle se sera effacée, si je me souviens et de l'image réelle et de l'image consécutive, elles ne sont plus ni l'une ni l'autre à l'extérieur. Dix ou vingt ans après avoir perdu la vue , on rêve encore de formes et de couleurs; mais, peu à peu, les idées relatives à l'ouïe et au toucher l'emportent , jusqu'à ce que, à la longue, les rêves de la vue cessent de se produire. Donc, sans les nerfs périphériques et sans leurs fonctions, l'illusion n'est pas possible.

Suivant l'hypothèse de Lazarus et de Hagen , quand des images naissent dans le cerveau , les nerfs périphériques, s'ils sont dans un état approprié, participent Il l'excitation. C'est à cette participation que se rattache le rêve. Même dans les souvenirs normaux , on peut toujours constater un peu d'illusion, parce que l'excitation interne se propage jusqu'aux nerfs périphériques. Ici, M. Stricker reprend sa comparaison du bassin et des pipes. Il n'y a souvenir que si les ondes prennent naissance dans le bassin. Si les tuyaux en sont ébranlés , le souvenir devient plastique; mais, si la tête de pipe reçoit une onde, l'illusion se produit; c'est comme si un caillou y avait été jeté.

Un mot de l'idée du mouvement. Nous ignorons comment le muscle nous donne de ses nouvelles ; mais l'existence d'un sens musculaire n'est pas douteuse. La question de savoir comment naît en nous la représentation du mouvement est difficile et n'a pas encore reçu de solution satisfaisante. Il se peut qu'elle résulte simplement des indications que nous

recevons par les nerfs sensibles de la peau, des ligaments, des articulations et des os, et en outre par la vue et l'audition du mouvement. Quoi qu'il en soit, voici comment la volonté peut s'expliquer. L'impression sur l'organe produit par réflexion une contraction musculaire. L'impression et le mouvement viennent se peindre chacun en un point déterminé du cerveau. Figurons-nous maintenant que le point où l'impression est peinte soit excité par une cause étrangère qui vient ainsi y provoquer un souvenir, et que cette excitation se fasse sentir jusqu'au point où s'est peint le mouvement dont l'image est ainsi reproduite : nous pourrons dire que le mouvement est voulu, et le mouvement se propageant de ce point au muscle par la même route que l'image du mouvement avait suivie en sens inverse pour s'imprimer dans le cerveau, sera dit volontaire. Il ne faut pas, en effet, perdre de vue que l'on ne peut vouloir que ce que l'on a déjà éprouvé. A ce propos, je relève ce paradoxe subtil , mais profond , digne d'être médité par tous ceux qui s'attachent h sonder le problème de la liberté : c'est que , si les actions logiques nous apparaissent comme nécessitées, à plus forte raison les actions illogiques doivent être jugées telles, car il va de soi-même que, comme chacun préfère agir logiquement quand il le peut , c'est malgré lui qu'il agit illogiquement.

Comment tout ceci se rattaclie-t-il à la théorie des jugements concernant les choses extérieures ?

Parmi nos perceptions internes les plus importantes, il faut ranger celles des rapports des représentations entre elles. Quand je dis: les chevaux

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