‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 38 sur 119 · ELEMENTS PSYCHOLOGIQUES DU REVE · texte numérisé non relu

ELEMENTS PSYCHOLOGIQUES DU REVE

notions bien insuffisantes de physiologie, je ne pourrais, si je me plaçais au point de vue de cette science, traiter la question avec autorité et originalité. Je l'envisagerai donc sous le côté psychologique, me bornant pour le reste à des réflexions générales.

Même dans ces limites, elle est tellement étendue et multiple, qu'il est nécessaire de la restreindre encore. On ne peut, en effet, entreprendre d'étudier à fond le rôle de « l'expérience ancestrale ». Sur ce point, comme sur bien d'autres, on est réduit h énoncer des principes. C'est ce que je me contenterai de faire.

Reste « l'expérience personnelle ». Ici , nouvelle exigence. Cette expression est très élastique et comprend beaucoup de choses. II est donc indispensable, avant de poser les questions, de préciser et de circonscrire l'objet de l'investigation. A cette fin , j'ai pensé que le mieux était de les rattacher h un rêve singulier que j'ai fait , il y a plus de vingt ans , et dont le hasard m'a révélé dix-huit ans plus tard quelques-uns des éléments les plus remarquables.

Pour l'intelligence d'une partie de ce rêve , je suis obligé, comme M. Maury, de mettre le public dans la confidence de mes goûts, de mes habitudes et de mes manies.

J'ai toujours beaucoup aimé les bêtes , même les plus humbles et les plus repoussantes. Ce goût date de mon enfance. Pendant longtemps, et jusque bien au-delà de l'époque de mon rêve , j'ai eu une petite

ménagerie composée de lézards , d'orvets , de couleuvres, de grenouilles, de crapauds, même de mollusques , qui étaient tous lamiliarisés , me connaissaient parfaitement, ne s'effrayaient nullement h. mon approche et se laissaient manier sans défiance.

Je compte publier un jour quelques-unes des observations que j'ai rassemblées h cette époque. On sera étonné d'apprendre que certains êtres, les limnées, par exemple, qui passent pour incapables de raisonnement , ne méritent pas celte réputation. J'ai possédé notamment deux grenouilles qui ont joui d'une certaine célébrité dans le cercle de mes amis. Je les transportais souvent chez eux, et là elles donnaient des représentations où elles faisaient briller leur affection pour moi et leur intelligence.

J'avais le plus grand soin de tout ce petit monde , et je me faisais un véritable devoir de répandre sur la vie de ces pauvres animaux le plus d'agréments possible, puisque je leur avais ravi la liberté. Quand il leur arrivait un accident , j'en étais profondément ému ; et aujourd'hui même le souvenir d'un beau gros lézard gris , qui , à l'heure du dîner, venait de lui-même se fourrer dans ma manche , et que mon père écrasa un jour par mégarde , éveille en moi un sentiment pénible. J'avais aussi des oiseaux , serins, tarins, bouvreuils, chardonnerets, qui volaient en toute liberté dans la maison. Une nuit , un maudit chat en fit une hécatombe. Le chagrin que je ressentis fut si vif, que, depuis lors , j'ai renoncé h ce genre de récréation.

Le lecteur jugera sans doute une partie de ces détails inutile ; et , tout bien compté , il aura raison.

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