‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 62 sur 119 · FORMATION DES COUCHES DE DÉPÔT · texte numérisé non relu

FORMATION DES COUCHES DE DÉPÔT

lui vient de ses générateurs, et ce qu'il doit à ses propres acquisitions. Dans la réalité, l'organisme ne présente ni noyau central, ni couches extérieures enveloppantes. Le mouvement de ses molécules se complique, voilà tout. C'est l'esprit qui , dans celte amplification, voit des mouvements surajoutés à des mouvements antérieurs. Au fond, il y a unité et pénétration réciproque. Mais ces derniers termes eux-mêmes sont aussi des figures.

Dans le noyau central , une distinction est à faire, entre les caractères spécifiques et les traits individuels, car findividualité est marquée dès la naissance. Un œuf humain fécondé deviendra un homme et un certain homme. Il contient en lui le type de l'espèce humaine, et déjà il possède en propre certaines qualités qu'il tient de félat du milieu et de la disposition de ses parents au moment de la conception.

Faisons abstraction de ce qu'il y a d'accidentel et d'individuel dans le noyau, et ne considérons que fensemble de ses attributs spécifiques. Il est certain que le noyau lui-même est un produit de formation. Chez les ancêtres les plus reculés, il avait une composition infiniment plus simple. S'il s'est compliqué, c'est que des couches de dépôt se sont peu à peu , en tout ou en partie, attachées au noyau d'une manière inséparable.

Dès lors , plusieurs questions se présentent : Comment se forme une couche' de dépôt ? Quelles sont les couches qui, s'attachant au noyau , ne se légueront qu'à la descendance prochaine ? Quelles sont celles qui , se transmettant à la descendance

éloignée, feront ainsi partie du patrimoine de l'espèce ? Comment s'opère la transmission ?

Ces quatre questions roulent sur l'analyse de deux fonctions générales, fondamentales et mystérieuses, la nutrition et la génération.

Il va de soi qu'au moment où une couche de dépôt va se former, c'est-à-dire quand elle est encore une couche de dépôt en puissance et non en acte , on peut la considérer comme une table rase, en se plaçant, bien entendu, au point de vue de l'être dont elle fait partie. C'est une plaque de photographie sensibilisée et prête à recevoir l'impression. En elle, sont des forces libres qui peuvent devenir ceci ou cela. Les forces extérieures qui viendront la frapper sont libres aussi. Mais, du moment que le choc a eu lieu, elles ne sont plus libres ni les unes ni les autres, elles sont fixées : la plaque a reçu une empreinte , résultant de l'arrêt des rayons extérieurs qui s'y sont projetés et s'y sont transformés. Car , pour sentir une chose extérieure, il faut en subir et , par conséquent , en fixer l'action dans une certaine mesure.

L'empreinte n'est donc que le produit de la combinaison de deux sortes de forces , les unes appartenant à la substance sensible, les autres à la chose sentie. Celles-ci feront désormais partie de l'organisme , en tant que capable de sensation ; de physiques qu'elles étaient , elles sont devenues psychiques.

Ln couche qui était sensible a cessé de l'être ; elle est devenue une couche de dépôt. La puissance s'est faite acte. Afin que l'organisme reste en com-

LA PERIPHERIE SENSIBLE. 155

munication avec l'extérieur, il est nécessaire qu'une nouvelle couche sensible monte à sa surface pour y jouer un rôle analogue à celui de sa devancière *. Et les couches se déposent les unes sur les autres pendant toute la vie de l'animal.

L'animal est ainsi à chaque m.oment de son existence composé de couches qui ont subi des impressions et d'une couche impressionnable. Donnons à cette dernière couche le nom de périphérie, nouvelle figure. La périphérie est le réceptacle de la sensibilité ; c'est elle qui sert de trait d'union entre l'intérieur et l'extérieur. C'est par elle que l'action des choses senties se fixe dans la profondeur delà substance sensible.

En vertu de sa position même , la périphérie a nécessairement une constitution particulière. C'est ainsi que les molécules superficielles d'une goutte d'eau ont entre elles des rapports de cohésion qui n'existent pas entre les molécules intérieures. Et cela s'explique. Les rapports qui unissent cellesci sont des rapports de molécules aqueuses à molécules aqueuses , tandis que ceux qui relient celles-là sont en partie des rapports de molécules aqueuses h. molécules non aqueuses. Il en est de

* J'aurais voulu pouvoir me servir ici et ailleurs du participe sensibilisé et dire que la couche sensible a été sensttiilisée, de même que l'on dit d'une chose utile qu'elle a été utilisée. Mais, en photographie, on se sert du mot sensibiliser dans le sens de rendre sensible. C'est ainsi que fertiliser signifie rendre fertile. Les photographes m'ont forcé de recourir chaque fois à une périphrase.

même de l'être sensible ; ii l'intérieur de la périphérie, il n'y a que des molécules qui ont senti; à l'extérieur , des choses destinées h être senties.

Il ne faut pourtant pas confondre la périphérie avec l'enveloppe superficielle de l'être sensible. Ces deux choses peuvent être différentes. Il est utile que j'appuie un instant sur ce point.

J'ai, si on se le rappelle, discuté la notion de la périphérie à propos des idées de M. Stricker *. La périphérie, ai-je dit, peut avoir son siège à une certaine profondeur.

Si l'on promène un corps très léger, un cheveu par exemple , sur la peau nue du dos de la main, on ne le sentira généralement pas ; mais le contact sera perçu du moment que le cheveu heurtera l'un des poils qui la recouvrent'. Ce poil remplit l'office d'un levier qui multiplie l'action du cheveu. Les poils ne servent donc pas uniquement à préserver le corps des intempéries de l'atmosphère , ils ont encore pour effet d'exalter la sensibilité du derme. On peut remarquer chez beaucoup d'animaux, comme les chiens et les chats , principalement autour de la bouche ou des yeux , des poils longs et raides qui y avivent le tact dans un but facile à saisir. Or il ne faudrait pas regarder l'extrémité libre de ces poils comme appartenant à la périphérie. Ils en sont uniquement les avant-postes. Voyez l'araignée au centre de son réseau. Elle a une patte posée sur chacun des rayons qui la soutiennent. Un insecte

1 Voir pages 48 et suiv.

' Voir nos Éléments de psycliophysique, p. 209.

Page 1