LES ORGANES DES SENS
tombe dans le piège, et ii l'instant, par l'intermédiaire du fil touché, l'animal a deviné où est la proie. Ces fils sont les prolongements artificiels de ses pattes. La périphérie réelle commence-t-elle aux pattes? Cela ne serait pas impossible, mais cela n'est pas. Les pattes ne sont, elles aussi , que des organes explorateurs qui , à la façon du bâton de l'aveugle peuvent, grâce à leur longueur et à leur mobilité , tàter le terrain dans tous les sens, et qui ensuite viennent rendre compte au quartier général du résultat de leurs investigations.
A quelle profondeur commence exactement la périphérie, au sens que je donne à ce mot? Aujourd'hui ce serait impossible à dire; mais certainement elle ne s'étale pas à la surface du corps. Peut-être a-t-elle son siège dans la couche superficielle du système nerveux central, peut-être autre part. L'œil même n'est pas un organe périphérique. Ce n'est qu'une espèce de corps avancé dont le rôle est de faire parvenir des signaux au centre de la place. On peut avoir perdu la vue depuis longtemps et conserver la faculté de se représenter les perspectives, les couleurs, la lumière et les ombres.
Les organes sont pour nos sens des auxiliaires , à la façon de nos instruments de physique *. Rigoureusemenl parlant, les thermomètres, les baromètres, les électromètres, les boussoles, les télescopes , les microscopes , les spectroscopes, ne suppléent pas une imperfection des sens, mais une imperfection de ces auxiliaires. Le télescope ne
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rend pas notre vue plus perçante ; son action se borne à concentrer plus de lumière dans l'œil. Le bâton de l'aveugle , la sonde du chirurgien, n'activent pas le sens du toucher ; ils servent uniquement à lui faire parvenir de plus loin les indications utiles ; ils allongent le bras ou la main. On peut dire de la même façon que la toile de l'araignée est un prolongement du corps de l'insecte. Et quand le télégraphe nous transmet instantanément , des différents points du globe, la température, la pression, la direction du vent, l'état du ciel, c'est comme si nous avions tissé autour de nous un immense fdet dont tous les fUs aboutiraient à notre cerveau.
Il faut donc distinguer la périphérie sensible de l'écorce superficielle qui sert à la fois h la protéger et à lui transmettre , en les renforçant et en les dirigeant, les mouvements du dehors. Peu importe d'ailleurs. Il suffit à mon but d'avoir établi que la périphérie, pour jouer son rôle, doit non seulement avoir à sa disposition des organes bien constitués , mais encore être neutre, c'est-à-dire vierge de toute impression antérieure. Du moment que , h la façon d'une plaque photographique, elle a reçu une image, elle n'est plus propre à en recevoir une autre. Une nouvelle périphérie doit se former qui , à son tour, recevra une image et ainsi de suite.
La vie de l'être sensible est donc comparable à un album ou à un atlas auquel on ajoute sans cesse de nouveaux feuillets. Cette comparaison, qui nous servira par la suite , est d'une exactitude suffisante. Ce qui lui manque, c'est de ne pas exprimer l'action