‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 64 sur 119 · FIXATION DE LA FORCE DANS L'ORGANISME · texte numérisé non relu

FIXATION DE LA FORCE DANS L'ORGANISME

de ces couches les unes sur les autres, leur pénétration réciproque, et la propagation de leur influence jusqu'au noyau central.

Plus proche de la vérité serait l'assimilation de l'être sensible à une substance élastique dont toutes les molécules s'agitent sous l'impulsion de divers systèmes d'ondes provenant des ébranlements communiqués h sa superficie. Ainsi la surface d'une eau tranquille, troublée par la chute des corps qu'on y lance, nous montre des cercles ondulatoires se superposant les uns aux autres. C'est ainsi encore que, dans un théâtre, si l'on considère par les yeux de l'imagination une mince tranche d'air, on la verra frissonner sous les mille voix de l'orchestre, des acteurs et des spectateurs, et en propager devant elle les modulations multiples et incessamment variées, ou que chaque iPxOlécule d'éther sert à transmettre d'un bout à l'autre de la salle à la fois tous les accidents lumineux qui s'y produisent.

Et cette comparaison même laisse à désirer. L'eau, l'air, reviennent à l'état de repos. L'âme est un instrument sur lequel on peut faire entendre indéfiniment des airs nouveaux , mais qui redit de luimême et chante toujours en sourdine et sans confusion ceux qu'autrefois il a joués. C'est un cahier de feuilles phonographiques.

A considérer la chose de haut, l'animal passe donc toute son existence à s'emparer des forces extérieures au moyen de sa sensibilité sans cesse renouvelée.

Je m'éloigne par là de l'opinion qui a généralement cours et qui fait consister la vie en une

destruction de forces que la nourriture et le sommeil se chargent de réparer. Je me rapproche , au contraire, de la manière de penser de M. Serguèyeff, fjui voit dans l'exercice de la veille une accumulation de forces. Et, dans le fait, le lecteur qui lit ces lignes et qui déploie un certain effort pour les comprendre, dépense sans doute de la force ; mais cette dépense a servi à fixer dans son cerveau d'autres forces sous forme d'idées et de manières de sentir qui feront désormais partie de son être, qui l'accompagneront partout et qui s'infiltreront dans toutes ses pensées ultérieures.

En apparence aussi, il détruit la substance nerveuse qui entre dans la composition de son œil, de son nerf optique, de son encéphale ; en réalité, il l'immobilise; elle était libre, en ce sens qu'elle pouvait être appliquée à la lecture d'un roman, à la contemplation d'un paysage, d'une statue , d'une peinture, Il des études microscopiques ; elle est maintenant fixée, la voilà devenue philosophe, et elle n'est plus propre à rien d'autre. Elle est enlevée de la place qu'elle occupait et mise au dépôt oii elle pourra un jour être reprise. Une substance nerveuse plus fraîche va lui succéder et recevra bientôt, à son tour, sa destination. Les recherches récentes sur la matière optique de la rétine donnent à ces métaphores un caractère vivant d'exactitude. Ainsi , détachée du fond de mon œil, s'était déposée quelque part en moi et h mon insu l'image du nom de Yasplenium.

Où l'organisme trouve-t-il de quoi suppléer sans cesse des substances nouvelles pour remplacer

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