‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 97 sur 119 · ET LES ASSOCIATIONS · texte numérisé non relu

ET LES ASSOCIATIONS

fées donneront lieu h des fautes contre la langue et surtout contre la versification , dont les règles nous sont ordinairement moins familières ; mais ces fautes ne me détournent pas de croire, par exemple, que c'est un grand poète que j'ai travesti dans ces deux vers qui brillent plus encore par l'absence de raison que de rime :

Que Dieu, sortant vivant de son tombeau natif, Parcoure en souriant ses radieux pontifes !

Et pourtant je ne saurais décrire le ravissement où me jetait le divin poème qui contenait, entre autres, cet admirable distique.

Certes , l'explication que je viens de donner ne peut convenir à tous les cas. Mais l'essentiel n'est pas tant de décomposer individuellement tous les faits particuliers , que de montrer qu'ils sont tous susceptibles d'être réduits en leurs éléments.

Appliquons donc ces principes h mon rêve des lézards , reconstituons-le dans ses détails, et rattacbons-y les remarques qu'il me reste à présenter.

Il serait assez difficile de déterminer à quelles espèces de suggestion je dois d'avoir rêvé de lézards et plus tard û'asplenium. Mais , comme je viens de le dire , peu importe ; l'essentiel , c'est de posséder un principe général. Ce principe, c'est l'association des idées, des mots, des sons, des besoins, des mouvements, des sensations, des attitudes. Sur ce sujet , déjà l'antiquité avait rassemblé nombre de remarques *.

1 Comp. Lucrèce. De Natiira rerum, chant IV, 1025 et suiv.

J'ai donc rêyé de mes lézards favoris et de ma cour. Voilà les premières données de mon rêve. Mais c'est parce que l'expérience m'a habitué à mettre de la suite entre mes idées que j'ai rêvé de lézards dans ma cour. Il se passe dans le rêve quelque chose de tout h fait analogue à ce qui arrive dans la vie ordinaire. Si quelqu'un parle et que je n'entende distinctement que des mots isolés : lézards, cour..., je rétablis — quelquefois h faux — l'enchaînement qui m'échappe, et je remplis les vides : Il y a, il y avait des lézards dans la cour.

Pourquoi ai-je rêvé neige? Peut-être à ce moment sentais-je du froid. Mais c'est également par cette raison que j'ai mis la neige dans ma cour. Voilà le fondement de la propriété que M. Maudsley reconnaît aux idées « de se combiner naturellement en manière de drames, quoiqu'elles n'aient pas entre elles d'associations connues, ou même qu'elles soient tout à fait indépendantes, voire antagonistes *. » Cette pensée appartient aussi à Hume, qui accorde aux idées la faculté de s'attirer mutuellement et de s'agglutiner. Elle se trouve déjà dans Lucrèce , qui l'avait lui-même empruntée à Démocrite ".

Quant à la combinaison des idées antagonistes , je me suis déjà expliqué sur ce point ^. Nos rêves sans doute peuvent nous donner le spectacle de métamorphoses directes, comme nous en lisons dans certains ouvrages, comme nous en voyons

1 Voir page 10.

* De Natura rerum , chant IV, 722 sqq.

' Voir page 21.

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