‹ Le sommeil normal et le sommeil pathologique [electronic resource]Chapitre 10 sur 17 · Braid, Neurypnology . London · texte numérisé non relu

Braid, Neurypnology . London

2. En Angleterre, le braii-lisme jouit depuis deux ou trois ans d'une réelle popularité, conséquence des travaux de Preyer, Heidenhain, Charcot, etc. Voir à ce pmpos un article de M. Hack Tuke dans le Journal of mental Science, janvier 1881, intitulé Hypnosis redivivus. Voici, d'après une analyse des Archives de neurologie, murs 1882, les conclusions de l'auteur.

Le principal mérite de Braid est d'avoir montré:

Qite le sommeil ou coma mesmérique, la rigidité musculaire et a catalepsie, l'anesthésie, l'analgésie, les hallucinations et les illusions

tout de bon, cette fois, leur attention sur l'hypnotisme.

Plaçons de vingt à quarante centimètres audevant des yeux d'un bon sujet, c'est-à-dire d'une personne prédisposée par sa constitution nerveuse, — celle qui se montre sensible à la pratique magnétique le sera également dans la 'plupart des cas à l'hypnotisme*, — un objet brillant quelconque, un médaillon, un bouton métallique, un fil de platine rougi par l'électricité ^ par exemple, ou encore, comme le faisait Braid lui-même, la pointe d'un instrument d'acier, tel qu'un scalpel. Puis prions-le de fixer avec attention son regard sur cet objet, sans résistance volontaire. Au bout d'un

qui surviennent dans le cours de ce sommeil anormal sont des pliénomènes réels et non simulés ;

2° Que ces phénomènes peuvent être provoqués dans des conditions telles que, pour les expliquer, il n'est nécessaire de recourir ni à la présence d'un fluide magnétique, ni même d'une influence ou force matérielle quelconque passant de l'opérateur au sujet ;

3" Que CCS phénomènes sont au contraire le résultat de l'action individuelle, de la concentration de l'attention sur un objet à l'exclusion de tous les autres, aidée de la tension des muscles oculaires en haut et en dedans ;

4° Que la suggestion joue un rôle remarquable dans le courant des pensées ou des idées qui sont excitées dans l'esprit du sujet par l'intermédiaire soit des muscles, soit des paroles ;

5° Que des changements d'une rapidité remarquable peuvent être provoqués dans l'innervation et la circulation de la région, et qu'à l'aide de ce» changements on peut arriver à un mode de tiailement non pas magnétique, mais relevant de principes physiologiques connus.

1. J'ai vu cependant une femme hystérique, âgée de soixante ans, insensible à l'hypnotisme, tandis que les passes l'endormaient de suite.

2. Ce procédé est dû à M. StrohI, cité par Ladame; il paraît que les personnes les plus réfractaires aux autres manœuvres résistent difficilement à ce moyen.

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certain temps, quelques secondes chez les hystériques déclarées, vingt ou trente minutes chez les sujets rebelles, nous le verrons tomber dans un état analogue à celui que nous avons décrit à propos du magnétisme et qui se manifestera par la série de phénomènes que nous avons signalés : clignotenleht spasmodiqae des paupières, convergence des axes oculaires, soupirs, suffocation, lassitude, sommeil ^. Une grande autorité en ces matières, le D"" Lasègue, qui a beaucoup pratiqué l'hypnotisme, dit avoir obtenu le sommiBil sans jamais constater une période d'agitation analogue à celle par laquelle débute le sommeil chloroformique ^ Cependant Braid mentionne cette période, et nous l'avons constatée nous-mème trois ou quatre fois avec agitation des membres, mouvements désordonnés des muscles de la face, paroles incohérentes témoignant d'hallucinations liypnagogiques. Finalement, les membres se raidissent, et, perdant leur spontanéité d'action, ils tombent dans ce laisser aller que nous avons décrit sous le nom de catalepsie. Les paupières ne se ferment pas

1. La respiration s'accélère au passage de l'état éveillé à l'état de sommeil, elle devient profonde et irrégulièie, le pouls s'accélère aussi et devient plus fort. Ù'après les tracés pris par Tamburini et Seppili sur une femme de Modèue âgée do vingt-huit ans et franchement hystéro-épileptique, la forme du pouls ne change pus, mais augraeiile de hauteur. (Voy. Tamburini et Seppili, Conlribuzione alla Studio sperimentalc deW ipnotismo [liendiconti del i\. Instihito Lombardo , Milano, 1881].)

2. Lasègue, Le braidisme {Revue des Deux-Mondes, 15 octobre 1881'(

toujours, et nous pourrons juger du succès de notre opération lorsque nous aurons obtenu l'immobilisation complété des yeux. « Tout malade, dit M. Lasègue, dont les globes oculaires s'agitent ne sera pas encore sous l'influence hypnotique. »

Non seulement, dans sa catalepsie, l'hypnotisé est apte à prendre la position qu'on lui donne, mais il là conserve indéfiniment sans ressentir la moindre fatigue. A l'état normal, nous ne pouvons tenir le bras étendu bien longtemps; c'est une expérience vulgaire que de faire . saisir entre les doigts un corps quelconque, même le plus léger, une plume par exemple, le bras étant en extension, et de le voir se plier après quelques minutes, dix ou quinze au maximum. Cependant il y a à ce sujet de l'état parfaitement éveillé, jusqu'à l'état inconscient de l'homme hypnotisé, des termes de passage. C'est ainsi que M. Verneuil cité par Azam * raconte que, en fixant un objet éloigné en haut el en arrière, il peut se mettre dans un état qui n'est pas le sommeil hypnotique, car la conscience du monde extérieur persiste, mais dans lequel il peut tenir le bras étendu horizontalement, presque sans fatigue pendant douze à quinze minutes.

M. Lasègue compare le cataleptisé à l'un de ces mannequins dont se servent les peintres en ma-

1. Voir L. Figuier, Ilisfoire du merveilleux, t. IJl, p. o'87.

nière de modèles. Et certes les artistes auraient de la peine à rencontrer un modèle plus docile pour prendre et conserver des heures durant les poses les plus variées. Ceci est d'autant plus vrai que, comme nous le verrons bientôt, la physionomie de l'hypnotisé prend par un phénomène de suggestion l'expression que comportent le geste et les allures dans lesquels on l'a placé et que son cerveau conçoit au même instant des idées en harmonie avec ces attitudes.

Du reste, l'immobilisation du corps à la suite d'une contemplation prolongée, d'une fixation du regard n'est pas nouvelle ; on l'avait obtenue expérimentalement longtemps avant Braid en opérant sur des animaux. Ce qui prouve bien, pour le dire en passant, que ce phénomène et ceux qui l'accompagnent ne sont pas toujours dus à la simulation ou à la supercherie, les animaux n'étant pas capables de pareilles tromperies. Ils pratiquent entre eux une sorte d'hypnotisme par ce que l'on a nommé la fascination du regard, action opérée, comme on le sait, par le serpent sur l'oiseau, par le chien de chasse sur le gibier, etc.

La première expérience de ce genre est ordinairement attribuée à un savant jésuite, le P. Kircher, le même qui inventa la lanterne magique ; il en tenait probablement la donnée d'un certain Daniel Schwinter, qui l'a publiée dans un livre

paru à Nuremberg en 1636. Il remarqua que l'on réussit à immobiliser et mettre en catalepsie une poule en l'obligeant à fixer son regard pendant quelques instants sur une ligne blanche, un trait de craie par exemple, tracé sur le plancher audevant de son bec. Depuis Kircher, les expériences se sont multipliées, et dans ces dernières années on a constaté que non seulement les gallinacés étaient en général plus propices que l'homme à l'hypnotisation, mais encore que la plupart des animaux pouvaient y être soumis avec succès. Prenez un animal quelconque, un chat, un oiseau, une grenouille, même une écrevisse, et, comme Czermack et Preyer ^ l'ont mis en évidence, vous réussirez à l'immobiliser, à condition de maintenir devant ses yeux la cause provocatrice un temps suffisant. Il est vrai qu'on obtient des résultats analogues par des procédés différents, par des frottements, des picotements, des pressions exercées en divers points du corps, en un mot par des excitations périphériques.

« J'ai souvent, dit le D' Ladame, répété sur des grenouilles l'expérience décrite par M. Heubel dans les Archives de Pflûger ; mais je n'ai jamais cru à son hypothèse. M. Heubel pense que la torpeur de l'animal provient d'une absence d'exci-

]. Preyer, Die Calaplexie wul der ihierùche UijpnoHmus [Samm.' IwKj phijsioL Abhandl., 2- p., i Hel't, leiia, 1878).

tation extérieure. Voici ce qui arrive quand on prend une grenouille et qu'on la tient une minute environ entre les doigts, le pouce sur le ventre et les quatre autres doigts sur le dos, sans la serrer. On voit d'abord les pattes postérieures se relâcher et s'allonger inertes et pendantes; on peut alors les balancer et les secouer comme un objet privé de vie : il se produit une vraie paralysie des extrémités inférieures, ce qu'on nomme eh médecine une paraplégie. Puis les extrémités supérieures se relâchent aussi, les coassements s'affaiblissent et se ralentissent. Finalement, quand on place la grenouille le ventre en l'air, sur la table, en ayant soin de retirer très doucement les doigts, elle reste immobile comme morte, dans une résolution musculaire complète, telle qu'on l'observe chez l'homme dans le sommeil hypnotique, et cela pendant un quart d'heure, une demiiieure, uné heure et même davantage. Si l'on continue à l'exciter en lui chatouillant légèrement le dos avec le doigt, au lieu de la réveiller, comme cela devrait être si la théorie de M. Heubel était vraie, on la rend au contraire de plus en plus paralytique *. » M. Ch. Richet est du même avis. « L'opinion de M. Heubel, dit-il, est encore iufîr-

1. D'' P. LAUA.ME, Lantlvrosc hypnnlique nu le magnétisme dcvoilé, Paris, 4881, Surulnz et Fisrlibaclior. cdil., p. 2:>. IliiLBRi, (E.), Ahhàrjjiqkeit des Machen Gckirn zusluiules von àussereii Eiregungen [Arch. de P/lugcr, 1877, t. XIV, [>. lîiS).

mée par une expérience de Gzermack, répétée par M. Preyer. Si Ton pince brusquement la queue d'un triton ou la patte d'une grenouille, l'animal devient subitement immobile, stupéfié, et cette stupeur dure quelquefois plusieurs minutes. Ainsi le sommeil est provoqué non par l'absence d'excitations périphériques, mais au contraire par une excitation forte. Il est difficile de trouver une théorie qui soit plus que celle de M. Heubel en désaccord avec les faits. La théorie de Heubel n'est donc pas admissible, et, au lieu de voir dans cette sorte de sommeil des grenouilles la conséquence d'une absence d'excitation, il faut y voir la conséquence d'un excès d'excitation. Il est probable que, sous l'influence des excitations périphériques, les parties du cerveau qui président à l'arrêt des actions réflexes et Volontaires entrent en jeu et paralysent les parties sous-jacentes de la moelle épinière ^ . »

Preyer a voulu distinguer dans l'ouvrage que nous avons cité deux périodes dans l'hypnotisme des animaux, une période de cataplexie, causée par la frayeur, et celle d'hypnotisme proprement dit; mais ces deux périodes ne sont pas en réalité très difïèrentes, et il est difficile de les caractériser isolément. Ajoutons que l'immobilisation des ani-

1. Ch. Richet, Du somnambulisme provoqué (Revue philosophique, t. X, p. 455, 1880).

maux dans ces derniers cas est indépendante de la fixation du regard dont nous avons d'abord parlé, car on peut l'obtenir aussi sur des animaux dont les nerfs optiques ont été coupés. On voit par conséquent que la question est assez obscure; nous avons constaté des faits, l'avenir les expliquera; les tentatives faites jusqu'à ce jour dans cette direction sont insuffisantes, car la connaissance de la physiologie du cerveau est trop incomplète encore pour toute la série animale.

A la catalepsie s'ajoute une hyperexcitabilité musculaire excessive, qui permet d'obtenir à volonté la contracture des muscles de la face ou du corps, comme dans le sommeil magnétique. Il suffit de frôler un muscle pour le contracturer, et cette expérience peut devenir dangereuse si l'on s'attaque aux muscles de la respiration, qui se contracturent aussi bien que les autres. En chatouillant de l'ongle les muscles qui donnent l'expression à la physionomie, on parvient à des résultats frappants, confirmant ceux obtenus jadis au moyen de l'électrircité par le D"" Duchenne (de Boulogne). Cette grande excitabilité s'étend au nerf moteur, et Richet et Brissaud ont montré que les muscles des hystériques se contracturent également lorsqu'on les tend fortement. On sait du reste, depuis Gharcot et ses élèves à la Salpètrière, que des vibrations rapidement répétées, celles du

diapason par exemple, appliquées sur le muscle, conduisent aux mêmes résultats. 11 y a là un degré de parenté entre l'hystérique et l'hypnotisé sur lequel nous aurons à revenir dans le chapitre suivant.

La catalepsie est accompagnée encore dans la plupart des cas d'anesthésie, et c'est cette particularité qui a fait employer à l'origine le procédé de Braid par quelques chirurgiens. Ce que j'ai dit à ce propos en parlant du magnétisme s'applique ici en tous points. Ces faits avaient été laissés dans l'oubli de la part des médecins, lorsque le retentissement qu'ont eu les curieuses études faites par M. le professeur Gharcot à la Salpêtrière sur les femmes hystériques leur a donné une nouvelle actualité. Les journahstes, les romanciers, les législateurs et les savants leur ont enfin accordé une sérieuse attention, méritée par la fréquence de l'état morbide dont ils sont la conséquence. M. Gharcot obtient ses résultats à coup sûr en opérant sur des malades déclarés et la relation des phénomènes provoqués, avec l'état de maladie ne peut faire l'objet d'aucun doute. « Il est rationnel d'admettre, dit M. Paul Richer, que les phénomènes d'hypnotisme qui dépendent toujours d'un trouble du fonctionnement régulier de l'organisme, demandent pour leur développement une prédisposition spéciale que d'un commun ac-

cord les auteurs placent dans la diathèse hystérique. En s'adressant aux hystériques les plus hystériques, on devra donc obtenir les phénomènes d'hypnotisme les plus marqués »

Abordons maintenant les phénomènes psychiques. Ils dérivent évidemment de circonstances analogues à celles qui se présentent dans la production des rêves qUi accompagnent le sommeil normal, c'est-à-dire qu'ils peuvent être expliqués par la paralysie passagère dô tout ou partie de la couche cérébrale cellulaire, paralysie qui produit la non -activité d'un nornbi'e plus oii moins grand de facultés intellectuelles. Dans d'autres cas au contraire, ces mêmes régions du cerveau sont plus excitées, et les facultés qui leur correspondent sont exaltées. Et ici nous ne pouvons nous dissimuler que nous côtoyons le domaine de l'hypothèse ; dans notre ardeur à nous rendre compte des faits constatés, nous faisons des suppositions qui demeureront sujettes à caution tant que nous ne connaîtrons pas par le menu le mécanisme ae l'activité cérébrale. Quoi qu'il en soit, l'hypnotisé, de même que le magnétisé, se trouve pour ainsi dire à la merci intellectuellement de l'opérateur et des modifications physiques et mécaniques auxquelles il est exposé; son cerveau perd toute

I. p. RicHEn, Eludes cliniques Vhystéro-épilepsi-: on grande hystérie, Paris, 1881, p. 3G1.

spontanéité ou ne la conserve que dans une étroite limite, il est réduit à l'état d'automate, c'est une machine qui répond aux impressions extérieures de sa manière propre, mais avec la fatalité des autres machinés. La connaissance de ce singulier état intellectuel est de la première importance pour l'interprétation des miracles opérés par les magnétiseurs de profession dans leurs représentations.

Rien n'est fJlus facile par exemple que de provoquer des hallucinations : il suffit de suggérer aii sujet l'idée d'un corps quelconque polir iqu'il éprouve par hallucination les sensations auxquelles ce corps peut, dans la réalité, donner naissance. Les auteurs récents en ont cité uû très grand nombre d'exemples. Un de mes camarades d'étude, jeune zoologiste de talent, que je soumettais indifféremment et toujours avec le même succès soit à la magnétisation (par les passes ou le pincement des pouces), soit à l'hypnotisation (en lui faisant fixer un petit médaillon d'or que je porte toujours sur moi non seulement voyait les objets dont je lui parlais, mais encore, étant plongé dans le sommeil, me faisait part d'impres-

1. M. RiciiET {loc. cit., p. 309) pai'iiît admettre que dans le som meil hypnotique obtenu par la fixation dii regard, les hallucinations sont plus difficiles à provoquer que dans le sommeil mngnétique^ obleiiu par les passes. Je n'ai pas coustalé de grandes différences à ce égui'd.

sions s'adressant à d'autres sens que le sens visuel et concordant toujours avec l\bjet en question. Lui ayant dit de ramasser du café grillé dans une écuelle d'ailleurs absolument vide, il y vit non seulement par hallucination le café dont je lui avais suggéré l'idée, mais il me fit remarquer combien ce café sentait bon ; évidemment l'hallucination de la vue avait entraîné celle de l'olfaction, sans que j'eusse pensé à l'y provoquer. Une autre fois, lui ayant fait prendre dans la main un couteau à papier et lui ayant dit que c'était une cloche, il se mit à le frapper et remarqua spontanément que cette cloche imaginaire rendait le même son que celle qui sonnait V Angélus dans son village natal. L'image des objets se présentant ainsi à son esprit y faisait entrer en même temps la conception des principales qualités de l'objet.

Tous les magnétiseurs savent avec quelle facilité on obtient de pareilles hallucinations sur les sujets qui ont servi déjà depuis longtemps. Il est important de remarquer, en effet, qu'elles deviennent de plus en plus promptes et certaines à mesure qu'on pratique davantage. C'est là une preuve ajoutée à beaucoup d'autres que, loin de guérir ou d'amoindrir la prédisposition hypnotique ou magnétique, la répétition d'expériences de cette nature ne fait que l'exagérer. J'ai bien pu le con-

stater sur le jeune homme dont je viens de parler. Dans les premiers temps, alors que, pris lui-même d'un vif intérêt pour les études dites magnétiques, il m'autorisa à pratiquer sur lui, j'avais quelque peine à provoquer les phénomènes physiques fondamentaux et surtout les hallucinations. A l'heure qu'il est, non seulement je l'endors presque instantanément en le regardant fixement, mais je le transporte en imagination dans les pays où sa soif de connaître lui fait désirer de se rendre pendant l'état normal; je lui fais voir les plantes et les animaux les plus curieux que les naturalistes voyageurs nous en ont fait connaître, et même je puis lui donner l'hallucination de dissections sur ces animaux ou ces plantes, telles que celles auxquelles il est habitué par ses travaux de laboratoire.

Dans le sommeil hypnotique, ces hallucinations se produisent quelquefois spontanément, et alors elles sont, comme dans le rêve, des réminiscences de l'état de veille. Une jeune fille que j'ai eu l'occasion d'hypnotiser à quatre reprises me fit part, étant endormie, de visions dont elle perdait le souvenir au réveil, mais qu'elle m'avouait lorsque je les lui racontais avoir précisément éprouvées en rêve pendant le sommeil normal la nuit précédente.

Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans beaucoup

de détails. Je tiens cependant à rapporter quelques exemples analogues observés par les auteurs. M. Ch. Richet, dont les importants travaux m'ont rendu attentif il y a quelques années à ces phénomènes, cite le cas d'une malade qu'il a observée à l'hôpital Beaujon et qui, lorsqu'il lui disait : « Venez avec moi; nous allons sortir et voyager! » décrivait successivement les endroits par où elle passait, les corridors de l'hôpital, les rlies qu'elle traversait pour se rendre à la gare; et, comme elle connaissait tous ces endroits, elle indiquait avec assez d'exactitude les détails des lieux que son imagination et sa mémoire, également surexcitées , lui représentaient sous une forme réelle. Puis, brusquement, on pouvait la transporter dans un site éloigné qu'elle ne connaissait pas, au lac de Côme par exemple, ou dans les régions glacées du Nord. Son imagination, livrée à elle-même, s'abandonnait alors à des conceptions qui ne manquaient pas de charme et qui intéressaient toujours par leur apparente précision ; on était surpris par la vivacité avec laquelle elle percevait ces sensations imaginaires.

« C'est toujours avec étonnement, ajoute M. Richet, que j'ai constaté la vivacité d'impression des sujets endormis. Ainsi je disais à mon ami F... : « Viens avec moi, nous allons partir en ballon. Noiis montons, nous sommes dans la lune! » Et,

à mesure que je parlais, il voyait les péripéties de ce fantastique voyage. Tout d'un coup, il éclata de rire. « Vois donc, me dit-il, cette grosse boule brillante qui est là-bas ! » C'était la terre que son imagination lui représentait. Il voyait aussi des bètes fantastiques, et comme j'annonçais vouloir les ramener avec moi : « Je te reconnais bien là, disait-il; tu ne sais seulement pas comment nous ferons pour redescendre et tu veux te charger de ces gros animaux-là... » Il disait cela ïrès sérieusement et se fâchait tout de bon. « Prends-les si tu veux, répétait-il; moi, je ne veux pas m'en embarrasser. » Néanmoins, il se rendait compte de l'étrangeté de ces visions : « Quel beau récit de voyage à faire! mais, par malheur, on ne noiis croira pas. » Lorsqu'il se fut agi de redescendre, j'imaginai de tendre une ficelle et de nous laisser choir sur la terre le long de cette ficelle tenue par la main. Pendant cette dangereuse excursion, il m'arrêta tout d'un coup, en me disant que là ficelle lui brûlait les mains. Ce qui l'empêchait de douter de tous ces rêves, c'est qu'ils se présentaient à lui sous la forme d'images et de faits. De même qu'un halluciné ne peut mettre en doute les assemblages que construit son cerveau malade, de même un somnambule ne peut douter des rêves qui apparaissent à lui sous une forme sensible*. »

.Gh .1 aiCHET, (oc. cil. {Revue philosoiMque, I. X, 1880).

Cette merveilleuse plasticité du cerveau à admettre les impressions venues du dehors avec une crédulité à toute épreuve et à y répondre avec une certaine logique surprend quiconque les constate pour la première fois, et l'on comprend à quel degré les magnétiseurs peuvent frapper l'imagination populaire en exposant sans explication préalable des sujets aux expériences publiques. L'activité cérébrale n'est pas tout à fait détruite; mais elle a besoin pour se manifester d'une impulsion qui lui fournit la matière .sur laquelle elle va travailler, et il n'est pas d'idée baroque ou insensée, comme nous venons de le voir par l'exemple cité de M. Richet, qui ne puisse devenir l'origine de réflexions justes et logiques.

Un éminent physiologiste M. le professeur Heidenhain, de Breslau, a fait un grand nombre d'observations scientifiques sur l'hypnotisme, à l'occasion des représentations données dans plusieurs villes d'Allemagne par le fameux magnétiseur Hansen. Voici une de ses observations, telle que la rapporte le D"" Ladame dans l'excellent petit livre que nous avons cité; elle ressemble à l'une de celles que j'ai mentionnées plus haut :

« Ayant hypnotisé un étudiant en médecine, M. Heidenhain le conduisit par la pensée à la salle d'anatomie et lui fît croire qu'il disséquait un cadavre. L'étudiant, qui avait la vision bien distincte

de son opération, offrit alors aux personnes qui étaient présentes un spectacle singulier. On le vit exécuter lentement, mais avec la plus grande précision , tous les mouvements qu'exigent l'ouverlure d'un corps et la dissection des organes. Puis ie professeur le fit sortir de l'anatomie et le conduisit, toujours par la pensée, au jardin zoologique de la ville. Là, après une petite promenade agréable, Heidenhain fit croire tout à coup à son étudiant que les lions s'étaient échappés. Tous ceux qui purent assister à ce moment à la pantomime de l'étudiant épouvanté et voir l'expression de terreur panique que prit sa physionomie ne doutèrent pas un seul instant de la réalité de l'hallucination qu'il avait sous les yeux. Pour éloigner cette vision effrayante, le professeur annonça qu'on allait tuer les lions et imita le bruit des coups .de fusil; mais l'angoisse de l'étudiant hypnotisé était si forte qu'il en tremblait de tout son corps. Après le réveil, il conserva un certain temps la sensation du frisson, et pendant dix minutes environ il se plaignit de sensations désagréables dans les membres. Cette même hallucination se répéta le soir d'elle-même, quand on soumit l'étudiant à une nouvelle hypnotisalion, et le malheureux eut pour la troisième fois, la nuit suivante, le même rêve terrifiant dans son sommeil naturel K »

l. D' I^DAME, loc. cit., p. 88.

Il y a là évidemment une exagération de l'hallucination hypnagogique que nous avons mentionnée en traitant du sommeil ; toutefois le rêve provoqué chez l'hypnotisé et celui provoqué chez le dormeur normal sont différents par ce fait fondamental que le premier est conscient tant que dure le sommeil. L'hypnotisé sait qu'il est endormi, il l'avoue lorsqu'on le questionne à cet égard, et il répond assez bien aux demandes qu'on lui adresse pour poiivoir soutenir une conversation, ce qui n'est pas le cas, comme chacun le sait pour le simple dormeur. L'hallucination entraîne encore des sensations douloureuses ou désagréables aussi bien que les autres, et l'on peut, en dirigeant convenablement la conversation, amener les sujets à ressentir des douceurs dans les points du corps qu'on lui signale. Le champ d'action est pour ainsi dire illimité, ce qu'on voit dans les salles de la Salpêtrière dépasse à ce point de vvje tout ce que peut rêver l'imagination la plus vive, et l'on peut expliquer ainsi les différentes sensations du soi-disant fluide magnétique signalées depuis longtemps par les différentes somnambules.

Ici se rattachent les suggestions provoquées par l'attitude que l'on donne au sujet ; nous en reparlerons dans le chapitre suivant, car, à l'exception de l'extase, je n'ai jamais pu produire de jeux de

physionomie et d'hallucinations correspondantes chez des sujets gui n'étaient pas franchement hystériques.

Il n'en est pas de même de l'excitation de la sensibilité morale. Un jeune homme de ma connaissance, attiré depuis quelques années dans les salles de représentations magnétiques et qui s'endort très facilement à l'heure qu'il est par la fixation du regard, est particulièrement apte dans son sommeil à recevoir l'impression morale de la tristesse. Je lui appris un jour qu'un de ses amis intimes venait de succomber à la diphthérie après avoir soigné un enfant diphthéritique dans un hôpital. Aussitôt il se mit à plaindre, puis à pleurer à chaudes larmes, ce qu'il n'aurait pas fait certainement -à l'état normal. Une autre fois, il s'inquiétait du sort de marins dont j'avais introduit l'idée dans la conversation et s'apitoya dans des termes exprimant le plus vif chagrin lorsque je lui eus dit qu'ils étaient morts en mer pendant un orage. A. son réveil, cette mélancolie durait pendant quelques heures sans qu'il sût s'en rendre compte, ayant perdu le souvenir du récit que je lui avais fait.

Ceci m'amène à parler de la mémoire. En général comme npus l'avons dit, elle ne conserve pas le souvenir des faits qui se sont passés pendant le sommeil. Cependant l'impression reçue ne

disparaît pas complètement au réveil, et comme tous les auteurs l'ont constaté, il est possible de provoquer ce souvenir en mettant le sujet sur la voie. Ce point ayant une grande importance et ayant été traité magistralement par MM. Heidenhain et Ch. Rictiet nous renvoyons le lecteur aux mémoires cités de ces deux savants éminents. Notons seulement que les sujets fréquemment hypnotisés se rappellent dans chaque nouveau sommeil hypnotique ce qu'ils ont éprouvé dans les sommeils antérieurs, absolument comme c'est le cas de Félida X...., dont nous avons parlé, lorsqu'elle tombe dans son second état. Il est des personnes qui, ayant pris goût à l'hypnotisme, se font endormir chaque jour et à plusieurs reprises par jour, sous prétexte de soulager des maux le plus souvent imaginaires, et qui passent ainsi une fraction assez considérable de leur existence. Une dame se fait magnétiser durant une heure et demie à deux heures tous les jours, et cela depuis neuf ans; elle est l'objet actuellement de singu- Hères réminiscences d'hallucinations qui l'ont hantée autrefois au début de cette pratique. Une autre femme qui a débuté à l'âge de quatorze ans trouve un grand plaisir à être hypnotisée, parce qu'elle revoit avec délices depuis plusieurs années dans

1. Voir aussi Th. Ribot, Les maladies de la mémoire, 1 vol. de te Bibliothèque de philosophie contemporaine.

son sommeil un jeune homme imaginaire auquel elle a donné son cœur et qui lui est apparu la première fois à la suite d'une hallucination provoquée. Je tiens du magnétiseur lui-même la con- 1 naissance de ce cas; ce fut lui qui lui parla un Ijour, alors qu'il l'avait endormie, d'un beau jeune homme avec des yeux noirs perçants qui se mourait d'amour pour elle. Elle fut prise immédiatement de pitié et d'amour, le vit aussitôt en hallucination, et, le magnétiseur lui ayant plusieurs fois remis cette idée dans la tête, elle se présenta dès lors spontanément à elle. Cette qug,lité des « yeux noirs perçants » donnée la première au jeune homme est tellement perçue dans l'hallucination que la femme parle du regard de son amant, même à l'état de veille, car à la longue, son entourage lui ayant souvent parlé du jeune homme rêvé, elle s'en est souvenue et en a causé à l'état normal.

Quant à la perte partielle de la mémoire, l'oubh de certains faits particuUers si exploités par les magnétiseurs et qui étonnent si vivement leur public, on ne peut pas l'attribuer complètement à la simulation. C'est là du moins l'opinion de M. Richet, qui reconnaît en outre qu'il n'est pas possible d'en fournir la preuve positive. Il suffit pour cela de dire à un bon sujet qu'il ne peut pas se souvenir de tel ou tél événement, ou d'une lan-

gue ou d'une connaissance quelconque, pourqu'il avoue qu'en effet il en a perdu le souvenir. C'est là un point que je n'ai jamais constaté en dehors des sujets dressés aux magnétisations publiques, et je n'ai pas pu produire cet oubli passager sur les personnes qu'il m'a été donné de magnétiser. 11 faut remarquer en outre que l'éducation du sujet doit jouer un rôle capital dans cette expérience. Un magnétisé polyglotte, auquel on dit qu'il a perdu la connaissance de l'allemand, l'oublie momentanément par automatisme , par défaut de réaction, en suivant cette impulsion reçue. En résumé, c'est l'automatisme qui domine la scène, comme le dit M. Richet; grâce à lui, toute l'intelligence est devenue l'esclave des idées qu'on fait naître, et, si l'on donne au sujet l'idée qu'il a perdu la mémoire même complètement, il se comporte comme si cela était arrivé.

Je ne puis penser à énumérer tous les phénomènes merveilleux qui sont dus à l'automatisme. J'ai tenu seulement à appeler l'attention du lecteur sur cette classe de phénomènes, qui sont loin encore d'être complètement élucidés, mais qui le seront certainement un jour, à mesure que la physiologie du système nerveux fera plus de progrès.

Rôle de V imagination. — La facilité d'exalter la faculté de former des images chez les sujets endormis fait jouer à l'imagination un rôle immense

dans les phénomènes dont nous nous occupons. C'est à l'imagination que les premiers observateurs critiques rapportaient les faits les plus merveilleux. C'est elle que Bailly place au premier rang dans son rapport présenté au nom de la commission royale ', nommée le 12 mars 1784 dans le but d'étudier les faits annoncés par Mesmer et les premiers magnétiseurs.

Bailly rapporte des cas de magnétisation obtenue en l'absence de tout magnétiseur, alors qu'il n'était dans tous les cas pas possible d'attribuer le sommeil à un fluide émané d'un être humain. On faisait croire au sujet à la présence réelle d'un certain magnétiseur, alors que ce dernier ne se doutait même pas de la chose. — Dans une expérience inverse, le même sujet n'éprouvait rien d'anormal lorsque le magnétiseur opérait sur lui, à son insu. Des faits analogues se présentent à tout instant de nos jours encore. J'en citerai un exemple tout à l'heure, mais il est intéressant de constater à quel point l'imagination est puissante même chez les personnes normales. La crédulité de l'homme est infinie, à condition qu'elle soit habilement exploitée. Nous sommes tous portés plus ou moins à accorder notre confiance, notre

1 . Celte commission se composait de cinq membres de l'Académie des sciences : Frnnlclin, Le Roy, Bailly, de Bory et Lavoisier; quatre faisaient partie de la Faculté de médecine, Borie, Sallin, d'Arcet et Guillotin.

foi à un individu qui sait, par de beaux discours et le mystère dont il s'entoure, exercer sur nous un prestige intellectuel ou émotionnel. C'est pour-quoi il faut nous armer de beaucoup de scepticisme, lorsque nous avons à faire à un magnétiseur de profession. Il est étonnant combien même les personnes qui ont fait des études scientifiques peuvent se laisser entraîner parfois par l'étrangeté apparente de certains phénomènes.

Prenez dix individus au hasard dans une société (il est constant que les femmes sont plus propices que les hommes à ce genre d'expériences) et sur lesquels vous vous sentirez un certain ascendant moral ou intellectuel. Persuadez-leur que, dans certaines circonstances que vous leur indiquez, ils doivent éprouver une sensation quelconque; si vous êtes habile causeur, vous constaterez que plus de la moitié de ces personnes éprouveront la sensation annoncée, alors qu'aucune action physique extérieure ne sera réellement intervenue. Ce sont là de remarquables hallucinations provoquées chez l'homme normal et éveillé, qui peuvent atteindre les sens spéciaux aussi bien que la sensibilité générale et qui sont intéressantes comme points de départ des hallucinations chez l'homme endormi.

Je possède là-dessus un matériel d'observations assez considérable dont je donnerai ici quelques

exemples. On me pardonnera les moyens charlatanesques que j'ai employés, en raison de l'intérêt des résultats obtenus. Voici d'abord l'expérience dite de la carte magnétisée.

Je prends huit cartes quelconques dans un jeu et je les dispose sur la table selon une certaine figure qui correspond à la figure humaine (une carte pour le front, deux cartes pour les yeux, une pour le nez, une pour la bouche, deux pour les oreilles, une pour le menton) de la manière suivante :

Frool

Oreille droite

Bouche

HeoloD

Puis, après les avoir toutes touchées, « afin de les bien imprégner de mon fluide », je simule de me mettre en relation magnétique avec une personne de la société, je lui serre vivement la main ou je fais quelque autre simagrée de même ordre.

Œil droit

Œil

gauche

Nez

Oreille gauche

Je sors ensuite de la chambre, et je prie cette personne de bien vouloir toucher pendant mon absence une des cartes de la figure. Je rentre alors, et aussitôt mon compère (car il faut un compère) me signale la carte touchée en se grattant, sans que personne y prenne garde, la partie correspondante de sa propre figure. Etant alors sûr de mon fait, je commence une innocente comédie qui consiste à passer attentivement la main sur toutes les cartes sans les toucher et finalement à frapper vivement, comme si j'avais été attiré par une forte secousse (on peut varier ici à l'infini la prétendue sensation révélatrice, dire que l'on ressent un choc, un picotement, un refroidissement, etc.), sur la carte touchée par la personne magnétisée. — Chacun est naturellement étonné du succès remporté. « Gomment, est-il possible vraiment que le fait d'avoir posé les doigts sur cette carte ait suffi en un instant pour lui communiquer une pareille propriété? — Veuillez donc essayer à votre tour. — Je fais alors sortir la personne, et naturelle'ment jene touche aucune carte, tout en lui assurant à son retour en avoir magnétisé une. — Eh bien, elle imite la recherche qu'elle m'a vu faire, elle est attentive à la sensation annoncée, et, neuf fois sur dix, elle signale une carte, disfint qu'elle u éprouvé la secousse, la démangeaison, etc., dont on l'avait prévenue.

— Si chacune des personnes présentes s'accorde à témoigner que la carte qui lui a fourni la sensation imaginaire est bien celle que je suis sensé avoir touchée, le sujet se persuade dans son idée, et on peut lui faire recommencer avec un succès toujours croissant la même expérience. — Ce dernier point est important (l'éducation du sujet joue un rôle de premier ordre). A la dixième reprise, j'ai vu des personnes signaler la carte sans tâtonnement, au premier coup, avouant y avoir été très vivement attirée, etc.

Voici donc une expérience très simple et très instructive, que l'on peut varier de mille manières différentes selon l'ingéniosité de l'opérateur. Elle donne la preuve qu'il est possible de provoquer de véritables hallucinations chez l'homme normal.

— Je l'ai faite telle que je viens de l'exposer, sur 85 personnes, la plupart instruites et adonnées à des travaux scientifiques, peu portées par conséquent à une créduhté excessive. Sur ce nombre, 9 seulement ont refusé de signaler une carte, disant que réellement et malgré l'aittention qu'elles y portaient, elles ne sentaient absolument rien sur aucune des cartes. Les 76 autres se divisent en deux groupes : 53 ont répondu qu'elles avaient éprouvé exactement, avec plus ou moins d'inten. sité cependant, la sensation annoncée, et 23, auxquelles j'avais Annoncé une sensation quelconque^

sans la spécifier, se sont montrées très fertiles en appréciations diverses. C'est même dans cette dernière catégorie que l'on obtient les résultats les plus étonnants. Une demoiselle de vingt-un ans (dont je ne connais pas les antécédents) a signalé une carte, disant qu'en passant la main au-dessus elle avait éprouvé « un grand frisson dans le dos, comme si on lui avait frotté la peau en dedans » ; une autre jeune fille à peu près du même âge, et que ses parents m'ont assuré avoir toujours été en parfaite santé nerveuse, est presque tombée en arrière, comme succombant à une violente répulsion, en passant sur une carte, croyant également que je l'avais magnétisée fje lui avais annoncé que la carte se signalait tantôt par une attraction, tantôt par une répulsion). — Un jeune homme de dix-neuf ans a signalé la carte, disant qu'en passant la main au-dessus trois de ses doigts avaient été paralysés, raidis, « comme si on les eût enveloppés d'une ficelle », etc., etc. Je pourrais multiplier les exemples. Un de mes collègues, opérant sur une jeune fille qui avait fréquenté les réunions magnétiques, a réussi de cette manière à lui donner une véritable crise de nerfs, et c'est ainsi que l'on rentre dans les cas de sommeil magnétique.

J'ai eu l'avantage d'assister l'an dernier aux expériences faites dans le grand amphithéâtre de l'école de médecine de Genève par MM. Strohl et

D-- Ladame sur deux jeunes garçons épileptiques, deux excellents sujets. Ayant annoncé à l'un d'eux qu'il magnétisait une carte, la dame de cœur, alors qu'en réalité il tenait dans la main le roi de trèfle, le jeune homme^ étalant peu après les cartes devant lui^ s'endormit subitement en voyant la susdite dame de cœUr, qui n'avait pas même passé par les mains des magnétiseurs. On sait du reste, dans cette catégorie de faits, les succès obtenus avec l'eau magnétisée, l'arbre magnétisé, etc.

GJiez l'homme normal et éveillé, nous avons donc, sous une forme embryonnaire pour ainsi dire, la possibilité de provoquer des hallucinations. Celles de l'odorat sont très frappantes aussi.

On prend trois ou quatre pièces de monnaie avec des effigies différentes afin de les reconnaître plus facilement, puis, après avoir simulé des passes sur le nez, on se fait fort, « le magnétisme ayant la propriété d'exalter la sensibilité du nerf olfactif, » de reconnaître une pièce touchée par une personne de la société pendant que l'on est absent, et cela grâce à « l'odeur » qu'elle y aura laissée. On prie donc une personne de toucher une des pièces, de la serrer même quelques instants dans la main. Lorsqu'on rentre, on se hâte, tout en causant d'autre chose afin de détourner l'attention des spectateurs, de saisir toutes les pièces les unes après les autres. La pièce touchée est réel-

lement reconnaissable par la différence de température (ce qui dispense d'un compère), mais on simule de les approcher du nez en les flairant les unes après les autres, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à la bonne. Si l'on qualifie l'odeur, on est certain de la faire sentir aux personnes sur lesquelles on répète l'expérience ; si on ne la qualifie pas, elles le font elles-mêmes, et cela quelquefois avec une grande richesse de détails. — Je l'ai constaté sur 28 personnes, dont 19 ont répondu qu'elles avaient parfaitement et très distinctement senti une certaine odeur sur la pièce de monnaie, qui, comme dans l'expérience de la cartie, n'avait en aucune manière été spécialement touchée.

Nul doute que les hallucinations de la vue et de l'ouïe ne puissent être provoquées par des procédés analogues ; mais je n'ai pas trouvé jusqu'ici une méthode aussi bonne que les précédentes pour y parvenir. J'en ai essayé plusieurs qu'il serait trop long de rapporter ici. Le mieux encore est de revenir au tour de la carte magnétisée et d'annoncer que la carte est indiquée par un bruit ou un mouvement. Quatre personnes que j'avais mises sur cette voie ont distinctement entendu une des cartes de la figure répandre « comme un bourdonnement », et neuf autres personnes l'ont vue <{ bouger » en la regardant fixement. — On sait du reste qu'il suffit dans une réunion d'affirraja que

l'on sonne les cloches pour qu'une fraction des personnes présentes les entendent sonner, ou bien d'annoncer pour une certaine heure tel phénomène céleste ou autre sur lequel on donne des détails circonstanciés pour qu'à l'heure dite les gens imagination voient le soi-disant phénomène.

N'a-t-on pas vu des gens mourir au jour et à l'heure auxquels on leur avait prédit la fin du monde? et n'a-t-on pas constaté en 1750, à Copenhague, le fait suivant, raconté par Figuier? « Voulant éprouver les effets de l'imagination, quelques médecins obtinrent qu'un criminel condamné au supplice de la roue périrait par un autre moyen, par l'épuisement du sang. — Après l'avoir conduit, les yeux bandés, dans la pièce où il devait mourir, on pique le patient aux bras et aux jambes. Le sang coule avec un bruit régulier; bientôt le patient est pris de sueurs froides, de syncopes, de convulsions, et il meurt au bout de

deux heures et demie Or il n'y avait pas eu de

saignée ; on avait seulement piqué les bras et les jambes du condamné, et de l'eau s'écoulant de quatre robinets avait simulé le bruit du sang tombant dans des bassins. La mort de ce malheureux était donc un effet de son imagination »

C'est par l'imagination conduisant à une série

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