‹ Le sommeil normal et le sommeil pathologique [electronic resource]Chapitre 11 sur 17 · L. Figuier, loc. cil,, p · texte numérisé non relu

L. Figuier, loc. cil,, p

de sensations auxquelles on s'attend par avance que l'on peut expliquer l'action à distance.

De Vaclioh à distance. — On en a fait beaucoup de bruit, et on l'enseigne communément dans les traités sur le magnétisme. Cependant on ne l'a pas constatée scientifiquement, malgré le témoignage de personnes évidemment de bonne foi. M. Ch. Richet, qui a étudié la question sans prévention et dans un esprit éminemment scientifique, n'ose pas l'admettre, tout en convenant cependant que nous ne devons pas la nier absolument.

J'ai proposé sans succès à quelques magnétiseurs se disant posséder beaucoup de fluide une expérience simple et concluante. Si le fluide peut agir à toute distance, il faudrait, à une certaine heure ex-actement fixée, le faire agir sur un certain nombre de personnes non prévenues et auprès desquelles on aurait eu soin de placer des témoins dignes de foi. Si, à l'heure exacte où l'opérateur magnétiserait, émettrait du fluide, ces personnes sont prises de sommeil, on pourrait en conclure à la présence d'une force nouvelle. — Mais le fait qu'une seule personne à tempérament magnétique ayant été déjà plusieurs fois magnétisée vienne à s'endormir alors que quelque part un magnétiseur lui envoie du fluide peut être toujours expliqué par les sceptiques comme une simple coïncidence. Je dois dire que, même sous cette dernière forme,

je n'ai jamais été assez heureux pour constater trace d'action à distance, et ce que j'ai vu faire à ce propos par les magnétiseurs de profession ne m'a jamais paru être, concluant. Il faut appliquer absolument à ces recherches une méthode sévère et ne pas se contenter, comme le fait le grand public, d'un à peu près. M. Morin, magnétiseur émérite, qui a publié un livre fort bien fait sur le magnétisme et les sciences occultes, raconte l'expérience suivante : M. N...., nous assurait, dit-il, que tous les soirs, en son domicile, situé rue des Vieux-Augustins (à Paris), il magnétisait et mettait en somnambulisme sa belle-fille, demeurant boulevard de l'Hôpital. Gebte jeune personne, étant en somnambulisme, nous confirma cette déclaration et ajouta que, quand elle était chaque soir dans cet état, elle voyait venir à elle le fluide de M. N., qui se dirigeait en hgne droite à travers les bâtiments et parcourait en cinq minutes le trajet entre les deux domiciles (cette vitesse est, comme on le voit, bien inférieure à celle de la lumière et de l'électricité). La commission se divisa en deux sections qui se rendirent le même jour et à la même heure, l'une chez M. N....,.et l'autre chez la demoiselle. Il avarit été convenu d'avance entre elles que la première section choisirait comme bon lui semblerait les moments où elle inviterait le magnétiseur à agir, d'abord pour endormir le su-

jet, ensuite pour l'éveiller; et que la seconde se bornerait à constater ce qui se passerait chez la demoiselle. Il eût été même à désk-er que celle-ci ignorât qu'il s'agissait d'expériences dont elle était le sujet; mais les commissaires ont été obligés de l'informer de ce dont il s'agissait pour expliquer leur visite chez elle ; mais ni elle ni les commissaires qui se tenaient auprès d'elle ne savaient à quel moment aurait lieu la magnétisation. Seulement la demoiselle savait qu'elle allait être magnétisée. Elle prit part à la conversation avec une apparente liberté -d'esprit. Au boat d'un certain temps, elle offrit les symptômes précurseurs du sommeil magnétique et elle s'endormit. Interrogée dans cet état, elle déclara voir ce qui se passait chez M. N...., et distingua nettement le courant fluidique qui venait de lui à elle. Les commissaires restèrent neutres et inactifs ; elle se réveilla d'ellemême, puis une heure après eut un second accès de somnambulisme, et enfin elle se réveilla. On nota exactement le commencement et la fin de chaque sommeil. Pendant ce temps, M. N...., sur l'invitation de l'autre section, avait une seule fois magnétisé, puis démagnétisé pour réveiller; mais ces deux opérations avaient eu lieu précisément dans l'intervalle qui s'était écoulé entre les deux sommeils de la demoiselle. Ainsi elle s'était deux fois endormie et réveillée sans qu'on la maguéti-

sât; et, quand on l'a réellement magnétisée, elle n'a rien ressenti. Il est donc encore évident que l'imagination a tout fait

M. Morin, qui a beaucoup vécu avec les magnétiseurs, qui a collaboré au Journal du magnétisme, et dont le traité excellent est rempli de faits importants, avoue qu'on ne peut invoquer aucun fait authentique et convenablement observé où se soit manifesté le prétendu pouvoir magnétique s'exerçanfc à la volonté du magnétiseur et à l'insu du magnétisé.

Si je ne m'étais pas interdit d'aborder la question médicale, je pourrais puiser une ample, moisson d'exemples parmi les faits prodigieux de guérison à distance, soit que le magnétiseur auquel on les attribue ait envoyé du fluide au malade, soit qu'il ait oublié de le faire, ce qui dans ce dernier cas revient absolument au même. — Quelques médecins ne croyant pas au fluide et ne sachant en aucune manière magnétiser, ont obtenu des résultats étonnants sur des clients crédulès auxquels ils annonçaient qu'ils seraient magnétisés ï distance à une certaine heure.

Sans nous étendre davantage sur cé point, nous appellerons en terminant l'attention du lecteur sur l'importance qu'il y a à connaître les quelques

1. R. s. MoRiN, Du magnélisme et des sciences occultes, in-8, 1860^ p. 37.

faits que nous venons de citer pour apprécier sainement ceux dont les magnétiseurs pourraient les rendre témoins.

Un certain nombre de personnes, rendues justement sceptiques par les fraudes sans nombre et les supercheries dont font usage quelques magnétiseurs, sont portées à attribuer tous les phénomènes dits magnétiques à la simulation. De ce qu'on a réussi à imiter dans une certaine mesure l'anesthésie, la raideur musculaire et quelques autres phénomènes du même genre, il ne s'ensuit pas que ces phénomènes n'existent pas en euxmêmes. Il ne faut pas, en combattant le magnétisme, dépasser le but en voulant trop l'atteindre. Il est certain, et tous les observateurs sont d'accord sur ce point, qu'il est extrêmement difficile dans les hôpitaux, où opèrent ordinairement les médecins, de se mettre à l'abri de la simulation des malades. Dans beaucoup de cas, ces derniers, ennuyés de la pratique à laquelle on les soumet, simulent le sommeil pour en avoir plus vite fini avec l'opérateur ou simulent différents effets pour l'induire en erreur. Cette simulation est surtout le fait des vieux habitués des hôpitaux, qui, ayant f vu toutes sortes de manifestations de la part des^ somnambules, des hystériques etc., les répètent sans autre but souvent que de s'amuser. L'imitation est ttès générale, elle est entraînante; il

suffit même dans une réunion publique que, sous l'action de la musique « magnétisée » par exemple, une ou deux personnes se soient endormies en proférant des plaintes plus ou moins bruyantes, pour qu'aussitôt d'autres personnes les imitent. C'est pourquoi, pour le dire en passant, il est assez délicat et peu prudent d'opérer sur des sujets devant un grand auditoire. Du reste, il est difficile de raisonner ces pauvres gens qui imitent d'une manière inconsciente; on ne peut pas les retenir, on ne peut pas les empêcher, et il faut se prémunir contre cette cause d'erreur.

Mais, malgré les beaux résultats obtenus dernièrement en fait de simulation, il faut insister sur la réalité et la constance des phénomènes dont il s'agit. M. Richet a particulièrement appuyé sur ce point. Il se demande si l'on peut raisonnablement soupçonner ruse et simulation chez des personnes qui n'ont jamais été magnétisées, qui n'ont jamais assisté à des crises somnambuliques et qui viennent de la campagne pour se faire soigner dans les hôpitaux ; il serait en tout cas fort singulier que les phénomènes auxquels elles donnent naissance soient tous si exactement semblables que ceux observés de nos jours par M. Gharcot et ses élèves ne diffèrent pas essentiellement de ceux décrits autrefois par de Puységur. — Il s'agit nécessairement de distinguer les faits positifs étudiés dans

les laboratoires par les médecins, des faits extrêmement douteux et inconstants exhibés par les magnétiseurs dans les séances publiques. — Ces derniers ont tout intérêt à émerveiller les assistants, afin d'en attirer un plus grand nombre parmi leurs adeptes. On sait qu'ils ne négligent rien en général pour y parvenir.

« On ne peut pas trouver la preuve absolue du somnambulisme artificiel, dit M. Richet ; mais on peut accumuler les preuves pour démontrer l'absurdité de l'hypothèse d'une simulation constante et se répétant depuis cinquante ans dans toute l'Europe avec les mêmes phénomènes. Toutes les fois que j'ai pu, d'une manière un peu suivie, faire assister un de mes collègues à ces expériences, il a été tout à fait convaincu. En étudiant le sommeil magnétique comme une maladie, je l'ai toujours trouvé identique avec lui-même, avec une période de début, une période d'état et une période critique , des symptômes fondamentaux et constants, et des symptômes accessoires ou inconstants. C^est le rapport inlime qui réunit la névropathie magnétique au sommeil naturel et aux troubles divers de l'innervation centrale qu'il importe de bien mettre en lumière, en insistant autant sur les différences que sur les analogies K »

i. Ces dernières lignes ne sont pas soulignée dans l'priginal.

On ne comprend pas, après des paroles aussi précises et après les travaux nombreux qui ont été publiés dans ces dernières années, comment les magnétiseurs ont encore l'audace de se plaindre de ce que les taédecins nient en aveugles et systématiquement les phénomènes auxquels ils donnent naissance. Je me rallie pour ma part entièrement à la manière de voir du savant professeur de l'Ecole de médecine de Paris; je crois à la réalité des faits du somnambulisme et du magnétisme, non seulement pour les avoir vu produire, mais pour les avoir produits moi-même. Je suis convaincu qu'ils sont dus à une prédisposition morbide et qu'ils doivent rentrer dans le cadre des études pathologiques, en étant observés par des hommes instruits, habitués aux recherches scientifiques. On réussira sans doute à les expliquer plus tard par des altérations physiques du cerveau, altérations qu'on n'a pas su découvrir jusqu'à présent. Je pense en outre qu'il est déplorable de voir exhiber en dehors d'un public scientifique ces pauvres malades inconscients par leur affection même de ce qu'ils font et des théories insensées qu'ils servent bien innocemment à soutenir.

Il est malheureux que des individus qui ne connaissent pas l'anatomie et la physiologie de l'homme travaillent sur ces êtres anormaux qu'ils

appellent de bons sujets. Entre leurs mains, ils sont évidemment exposés à des accidents, et en outre ils sont absolument inutiles, puisque depuis un siècle les magnétiseurs réduits à leurs seules ressources en sont encore à peu près au même point que du temps de Mesmer. « Savoir les dispositions nerveuses d'un individu, dit le Lasègue, n'est pas chose toujours facile. Les médecins seuls pourraient instituer sur les sujets une enquête rétrospective; mais, quand ils sont devenus hypnotiseurs ou magnétiseurs, la plupart ont cessé d'être médecins. L'important pour eux est d'évoquer un état qui touche au merveilleux ; les considérations accessoires nuiraient à l'éclat du fait fondamental ^ » — C'est précisément l'enquête médicale demandée par le D' Lasègue qui est le point important sur lequel nous devons porter la plus grande attention.

Et puis, nous devons en terminant revenir sur l'influence qu'exerce la magnétisation sur les sujets. Ils se fait là une véritable éducation accumulative ; un individu qui n'a jamais été magnétisé, mais qui par sa nature nerveuse est propre à l'être, devient petit à petit extrêmement sensible et de plus en plus apte soit à la magnétisation, soil à l'hypnotisa tion. C'est encore là un point sur lequel tout le monde est d'accord, tandis qu'on peut dis-

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