‹ Le sommeil normal et le sommeil pathologique [electronic resource]Chapitre 12 sur 17 · Lasègue, loc. cit · texte numérisé non relu

Lasègue, loc. cit

cuter et que l'on discute encore la question de savoir si les pratiques auxquelles on se livre dans les salles magnétiques sont capables de provoquer la disposition, alors qu'on ne la possède pas préa- - lablement. — Quoi qu'il en soit, l'opinion que je me suis formée en observant attentivement et sans parti pris ce qui se passe dans les sociétés dites magnétiques est qu'il est bon de ne pas se livrer aux exercices magnétiques, non pas qu'ils soient très dangereux en eux-mêmes, mais parce qu'ils consacrent et perpétuent une prédisposition, innocente au début, mais qui peut revêtir un caractère plus grave sous le coup d'une pareille surexcitation. « Tout individu, dit encore M. Lasègue, soumis à une expérience, acquiert un surcroît d'aptitude, et, à mesure que les expérimentations se sont multipliées, il devient de plus en plus docile; ceux qui sont rompus à ces façons d'exercices deviennent les vrais sujets. » ■

Ce sera là la conclusion de ce chapitre. Depuis la découverte et la réglementation de l'hypnotisme, faites par Braid, et la similitude des efiets positifs, obtenus par cetste pratique, avec ceux qui sont la conséquence de la magnétisation, il ne peut plus être question de fluide. Du moment qu'un corps brut quelconque peut produire les mêmes modifications que le « magnétiseur », il n'est plus nécessaire de recourir à l'existence

d'un « agent vital », d'une « puissance mystérieuse de la volonté » ou quelque autre chose semblabe. La cause du magnétisme n'est pas, encore une fois, comme l'avait entrevu Faria, dans le magnétiseur, mais dans le magnétisé, et elle réside dans une altération du cerveau de ce dernier, altération qui n'est pas nécessairement manifestée par d'autres symptômes. De là la croyance des magnétiseurs qu'ils opèrent parfois avec grand succès sur des personnes en parfaite santé. On peut présenter l'apparence physique la plus réjouissante, tout en étant parfaitement susceptible d'être magnétisé. — La science n'a certes pas encore arraché tous les voiles qui obscurcissent cette question difficile, mais elle a eu le mérite de poser nettement le problème, et l'on connaît le proverbe : Question bien posée est à moitié résolue. Nous avons acquis cette connaissance certaine que les personnes qui succombent aux pratiques magnétiques et hypnotiques souffrent à des degrés divers de ces névroses que l'on a nomrnées le somnambulisme, l'hystérie, la catalepsie, la névrose hypnotique (D'' Ladame); névroses qui ne sont pas nettement définies dans l'état actuel de la science. — Nous résumerons brièvement, dans le chapitre suivant, les recherches récentes sur la névrose hystérique, dans laquelle se produisent fticilement par des procédés physiques et mécaniques, très

déterminables par conséiiuent, les phénomènes attribués par Mesmer au fameux fluide dont il est l'inventeur.

Une singulière maladie: Vhystérie. Ses caractères généraux, ses rapports avec le somnambulisme, la catalepsie, etc. Influence de Vhypnotisme sur les hystériques. Suggestions, hallucinations. Conclusions.

J'ai donc laissé entrevoir à plusieurs reprises dans le cours de ce travail que le but que je poursuis est de faire considérer les phénomènes remarquables du sommeil provoqué, non pas comme dus à l'existence d'un agent extérieur et pénétrant mystérieusement notre être, ainsi que l'admettent un grand nombre de personnes sur la foi de messieurs les magnétiseurs, mais comme le résultat de certaines pratiques mécaniques ou physiques parfaitement déterminables, exercées sur des individus malades dans certains de leurs organes, dans ceux qui président à leur vie psychique, à leurs mouvements, à leur sensibilité. C'est grâce à une modification pathologique de notre organisme qu'il nous est possible d'exécuter dans telle condition donnée certains tours de force qui éton-

nent la foule et qui sont d'autant moins méFÎtoires de la part de leur auteuf que ce dernier en est tout à fait inconscient.

Parmi ces altérations de notre système nerveux, ces névroses, qui favorisent la mise en jeu des pratiques magnétiques ou hypnotiques, il en est une qui n'est que trop répandue et qui commence à être un peu connue grâce, aux efforts de plusieurs savants, au premier rang desquels nous trouvons un grand médecin, M. le professeur Gharcot. — Je veux parler de Vhystérie.

Cette maladie bizarre se présente sous tant de formes diverses que pendant longtemps on a cru ne pas pouvoir en saisir les liens. Mais, parmi ces apparences si variées, on a reconnu un type fondamental, on a caractérisé le mal dans ses symptômes essentiels, et l'on a montré que, là où il semblait n'exister que fantaisie ou caprice, il y a en réalité une règle. — Ajoutons que l'hystérie est très souvent alliée avec une autre forme de troubles nerveux, l'épilepsie, dont les accès succèdent ou se combinent selon les cas à ceux de l'hystérie.

Nous choisirons donc l'hystérie comme type d'une névrose favorisant la magnétisation, et nous indiquerons ses caractères d'après les travaux de Gharcot, Bernutz, Briquet, Paul Richer etc. Nous signalerons surtout aux personnes qui désireraient connaître plus à fond les phénomènes de cette

affection le magnifique ouvrage publié l'an dernier par M. le C Paul Richer S Études cliniques sur Vhystéro-épilepsie, ou grande hystérie. i L'hystérie est beaucoup plus répandue qu'on ne le croit généralement, et ce sont les personnes q«i en sont atteintes quelquefois à un faible degré seulement, qui remplissent les salles de représentations magnétiques et présentent la plus grande aptitude à tomber dans le sommeil hypnotique. Elle se rencontre dans tous les pays et à tous les âges, quoiqu'elle soit surtout fréquente entre quinze et trente ans. Elle peut atteindre l'homme aussi bien que la femme; mais, comme chacun le sait, cette dernière y est infiniment plus exposée ; sur 333 cas d'hystérie sur lesquels W. Hammond a été consulté, 329 appartenaient au sexe féminin. Parmi les causes de l'hystérie chez la femme, W. Hammond place au premier rang le manque d'un but dans la vie, et la concentration des pensées et des sentiments sur soi-même qui en est la conséquence presque inévitable. « L'oisiveté, ajoute-t-il, est une des causes prédisposantes les plus puissantes de l'hystérie, et c'est, à mon avis, pai" l'influence directe de ce facteur agissant sur un organisme impressionnable, que l'hystérie est plus commune chez les femmes que chez les hom-

1. Paul Richer, Études cliniques sur l'hustéro-épikpsie, in-8, Paris, 1881.

mes. Dans les contrées sauvages et demi sauvages où les femmes travaillent, on n'a pas entendu parler d'hystérie. Elle était presque inconnue chez les négresses de l'Amérique du Sud; mais, depuis leur émancipation, j'ai appris que cette affection devient tout à fait commune chez elles i. » Enfin elle est héréditaire au premier chef, et son existence chez les. ascendants crée une prédisposition manifeste. On a distingué deux formes principales de la maladie, celle accompagnée de violentes crises ou d'attaques, la grande hystérie, et celle qui n'est pas accompagnée d'altaques, qui est comme un diminutif de la première, la petite hystérie. L'attaque ne se présentant pas dans tous les cas, cela donne une importance particulière aux autres symptômes que nous devons commencer par énumérer.

« L'hystérie se manifeste toujours par une impressionnabilité excessive qui rend toute sensation incommode ou même douloureuse. Les malades exagèrent l'intensité des sources lumineuses, des sons, des parfums, à tel point, par exemple, que le parfum d'une fleur comme la violette les fait évanouir, par un changement complet dans le caractère, qui devient craintif, soupçonneux, susceptible, incapable de s'attacher pour

1. "W. Hajvimond, Traité des maladies du système nerveux, Irad. par le D' Labailie-Lagrave, Paris, 1879, p. 870.

un certain temps à une même occupation, par des accès successifs de grande joie et de tristesse profonde * , par de violents spasmes des muscles du corps donnant la sensation d'une boule se mouvant du ventre vers l'épigastre, d'une sorte de strangulation, de douleurs variées et très diversement interprétées, enfin dans beaucoup de cas par des hallucinations pouvant atteindre tous les sens.

D'autres signes physiques, tels que les modifications de la digestion, de la circulation, de la motiUté, des tremblements convulsifs, des contractures des muscles, etc. , sont aussi de précieux indices pour le médecin ; mais nous ne pouvons seulement nous y arrêter. Nous mentionnons comme digne de remarque que l'anesthésie totale ou partielle (hémianesthésie) remplace quelquefois l'hyperestliésie et donne lieu à des phénomènes analogues à ceux que nous avons décrits sous ce titre en parlant du magnétisme. L'byperesthésie cutanée est surtout fréquente.

La grande hystérie est accompagnée de vives

1. Cagliostro décrit ainsi la jeune fille qui fut son premier sujet ; 0 Elle était jeune, blonde, mince et bien prise avec de grands yeux bleu^ aussi changeants que le ciel. Elle avait des allures étr^mgement provocantes, tantôt à force de langueur, tantôt par de brusques sursauts; elle cessait de se ressembler toutes les cinq minutes; nerveuse et faniasque, pleine de capi'ici's, il élait impossible de savoir son dernier mol. Elle pleurait pour un rien, riait pour moins encore, et ce qui m'ahurissait, c'est qu'elle riait souvent quand il fallait pleurer et pleurait quand il fallait rire. 11 y avait toujours un soupir dans ses sourires, nn arc-en-ciel dans ses larmes. >

douleurs de différentes parties du corps et qui précèdent l'attaque dans laquelle Gliarcot et Riclier surtout ont réussi à distinguer les quatre périodes suivantes :

a. Une période épileptoïde, pendant laquelle l'attaque prend toutes les apparences de l'épilepsie vraie ; la malade se tord, se secoue, agitée par des tremblements, des convulsions, auxquels succède au bout de quelques minutes un temps de repos par résolution musculaire.

h. Une période de contorsions et de grands mouvements, la période doniqiie, ainsi nommée par M. Gharcot en souvenir des exercices exécutés par les clowns dans les cirques, période des tours de force (P. Richer). C'est alors que les malades prennent ces positions que les plus forts gymnastes cherchent en vain à imiter, l'arc de cercle tantôt vertical, tantôt horizontal, auxquels succèdent, après quelques instants de relâchement musculaire complet, sans contracture, de nouveaux grands mouvements de torsion ou de flexion, quelquefois coordonnés en façon de lutte et précédés d'un cri perçant, le cri hystérique, semblable au sifQet d'une locomotive.

c. Une période des attitudes passionnelles ou des poses plastiques (Charcot), qui commence souvent alors que la seconde période n'est pas encore tout à fait terminée et dans laquelle, dit M. Richer,

« la malade est en proie à des hallucinations qui la ravissent et la transportent dans un monde imaginaire. Là, elle assiste à des scènes oii elle joue souvent le principal rôle; l'expression de sa physionomie et ses attitudes reproduisent les phénomènes qui l'animent; elle agit comme si son rêve était une réalité. Et, par la mimique ej^pressive à laquelle elle se livre, ainsi que par les paroles qu'elle laisse échapper, il est facile de suivre toutes les péripéties du drame qui se déroule devant elle; son hallucination, purement subjective, devient objective par la traduction qu'elle en fait *. » — M. Richer en cite un grand nombre d'exemples, pris au lit même des malades ; ils sont un des grands attraits de son livre. — Remarquons avec lui que, pendant cette période, la sensibilité générale et spéciale est complètement abolie ; mais la malade conserve la hberté de ses mouvements et le souvenir de ses hallucinations, ce qui la distingue des somnambules.

d. Enfin une dernière période, qui ne fait plus partie à proprement parler de l'attaque, mais qui la suit immédiatement; elle est caractérisée par un délire qui porte sur les sujets les plus variés, « tantôt gai, triste, furieux, rehgieux ou obscène, et qui se trouve mêlé à de nouvelles hallucinations. »

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