Richer, loc. cit., p
Les attaques, telles que nous venons de les résunaer, sont fréquemment modifiées par l'extension de Tune des périodes aux dépens des autres et par l'immixtion d'éléments étrangers, tels que le somnambulisme, la léthargie, la catalepsie, etc.
C'est ainsi, pour n'en citer que deux exemples, que l'extension de la période des contorsions et des grands mouvements conduit à la variété que l'on a distinguée sous le nom d'attaque démoniaque. Là, les mouvements de torsion, les tremblements, les expressions de la physionomie témoignent tant de rage et de douleur que l'on comprend comment, dans les âges d'ignorance, elles ont frappé de terreur ceux qui en étaient témoins et appelé de leur part cette explication téléologique, la présence d'un être mystérieux, d'un monstre ou d'un démon hantant le malade.
Lorsque ce sont les attitudes passionnelles qui prennent une grande extension, nous avons la variété dite de Vextase. La malade est transportée par ses hallucinations dans un autre monde, un monde idéal; elle voit le paradis, les anges, la divinité suprême qu'elle adore. Elle se trouve dans le même cas que ces saints, ces savants, ces artistes, qui, plongés dans une méditation profonde et continue, finissent par avoir la sensation correspondant à l'idée qu'ils poursuivent.
« Absorbés dans les objets de leur contempla-
tion, les extatiques sont tantôt silencieux et immobiles, et tantôt ils parlent, ils chantent, ils gesticulent, ils prennent des attitudes en rapport avec les idées, les sentiments, les images dont ils subissent l'empire. Les sens sont le plus souvent abolis; la sensibilité générale est complètement éteinte.
« Le visage reste ordinairement coloré; le pouls, toujours perceptible, est souvent accéléré. La respiration s'effectue d'une façon normale. Parfois elle se ralentit un peu. La peau conserve ordinairement sa chaleur.
« Plus la sensibilité générale ou spéciale s'émousse, plus l'idée-image gagne en énergie, plus elle se rapproche de l'hallucination, à laquelle elle finit par aboutir. Les hallucinations sont des plus variées et en rapport avec les idées et la manière de vivre des extatiques.
« En sortant de leurs accès, notamment des paroxysmes de l'extase mystique, certains sujets accusent une grande vigueur corporelle; ils continuent à éprouver un contentement, une inquiétude d'esprit indicible et parlent avec enthousiasme de toutes les visions délicieuses qu'ils ont eues et dont ils regrettent la trop courte durée *. »
Nous trouvons dans ces variétés de l'attaque
1. MiciiEA, Nouveau dictionnaire de mMecine et de chir::rgie pratiques, Art. ExTASB, cité par Richer, loc, cit., p. 320.
hystérique l'origine de LoaLes les histoires merveilleuses de visions surnaturelles, d'apparition de Dieu ou de la Vierge sous une forme matérielle, de cette sensibilité anormale dont sainte Thérèse est l'immortel exemple, de ces épidémies de démonomanie qui ont ravagé les couvents et certains pauvres villages à des époques qui ne sont pas encore très éloignées de nous, et enfin de ces stigmatisées, Marie de Mœrl, Louise Lateau, qui ont fait tant de bruit il y a quelques années encore.
Notons que depuis l'antiquité certaines sectes religieuses se sont emparées de Textase comme d'un phénomène utile à leur existence, qu'elles se sont ingéniées à l'entretenir, qu'elles l'ont nourrie pour ainsi dire et qu'elles nous ont légué le détail des procédés physiques ou psycliiques propres à la provoquer. « Dans tous les temps et dans tous les pays, dit M. Ch. Letourneau dans son livre sur la Physiologie des passions, les deux principaux moyens mécaniques employés pour provoquer l'extase sont : de regarder fixement soit la pointe du nez, soit un objet rapproché, quelquefois le ciel, et simultanément de ralentir, d'entraver la respiration. Le premier moyen entraîne nécessairement le second ; car il est à peu près impossible de respirer normalement rapidement quand la volonté travaille à maintenir le regard dans la même
direction, les yeux dans une position forcée. Le résultat est, comme nous l'apprennent bon nombre d'ascètes, un degré plus ou moins prononcé d'insensibilité et l'apparition de points lumineux, de visions , c'est-à-dire de la congestion cérébrale et rétinienne, suite d'une bématose imparfaite K »
M. Paul Ricber rattacbe à la grande bystérie la chorée épidémique du moyen âge, les convulsionnaires, les trembleurs et, comme nous venons de le dire, les épidémies de possession démoniaque. Il faut lire dans son grand ouvrage comment on trouve, en suivant mot à mot les récits les plus autbentiques des possessions des Qrsulines de Loudun (1632-1639), celles de Louviers (1642), de Morzines (1861), etc., pour ne citer que les principales, tous les signes essentiels qui permettraient au clinicien d'aujourd'hui de diagnostiquer à coup sûr l'hystérie.
Des états névrotiques voisins de l'hystérie et qu'il n'est pas toujours facile d'en distinguer viennent fréquemment s'y ajouter et en compliquer les périodes. C'est ainsi que la léthargie, ce sommeil profond qui donne au dormeur l'apparence de la mort et qui l'expose ainsi à un sérieux danger, la léthargie se rencontre quelquefois, et qu'au milieu de leurs convulsions les malades
1. Ch. Letournbau, La phi/siologie des passions, Paris, 1878,
sont pris spontanément d'attaques de sommeil qui durent parfois pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines et qui peuvent être provoquées, comme l'a fait voir le D"" Landouzy chez certains malades par l'apposition de l'aimant dans certaines régions du corps coïncidant avec l'occlusion des paupières.
Il en est de même de la catalepsie qui accompagne alors la phase des attitudes passionnelles et de l'extase et du somnambuhsme qui se montrent, comme M. Richer en a recueilli plusieurs exemples, tantôt mêlés aux diverses périodes de la grande attaque hystérique, tantôt sous forme d'accès distincts chez des malades qui d'autre part ont des attaques convulsives ou simplement d'autres signes d'hystérie. Mais ce qui nous paraît le plus intéressant pour le point de vue spécial auquel nous nous sommes placé, c'est le fait que ces différents états peuvent être provoqués par des agents physiques dans des conditions nettement définies et que, si elles ne sont pas absolument identiques à celles dont nous avons parlé dans les chapitres précédents à propos du magnétisme et de l'hypnotisme, présentent du moins avec elles des analogies qui ne sauraient échapper aux esprits attentifs. Les hystériques sont extrêmement sensibles aux pratiques magnétiques et h^puoti-