‹ Le sommeil normal et le sommeil pathologique [electronic resource]Chapitre 15 sur 17 · Richer, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Richer, loc. cit., p

Les vibrations d'un diapason, ou un bruit intense, ou encore certains aiïs de musique donnent lieu sur les malades aux mêmes phénomènes. On se sert actuellement à la Salpêtrière, pour cafcaileptiser les sujets du service de M. Gharcot, du ^am-tam ou gong chinois ; le son répandu par cet instrument paraît particulièrement propice. M. Richer cite une malade, Gl..., qui y répond avec une grande facilité. Si au moment où elle sort de la salle on donne un coup sur le gong, elle est subitement immobilisée, la jambe levée, le corps penché en avant, comme dans l'action de marcher; seulement ses mains se sont rapprochées des oreilles, comme pour éviter un bruit assourdissant. La physionomie conserve le plus souvent ^expression de l'effroi; les yeux sont ouverts. Si on lui ferme les paupières, survient l'état léthargique ; un nouveau coup sur le gong la rend cataleptique. Elle ne conserve au réveil aucun souvenir du bruit qui a causé la catalepsie. Un jour, M. Richer la pria de frapper elle-même sur le gong. A peine eut-elle donné le coup sur l'instrument qu'elle se renversa en arrière, prenant un point d'appui sur le mur près duquel elle se trouvait; ses deux bras tenant encore les deux parties de l'instrument. — Une autre fois, un certain nombre de malades furent réunies sous prétexte de faire tirer leur photographie. Au moment où la

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plaque toute préparée était dans l'appareil, on frappa à leur insu un coup sur le gong, et elles furent immédiatement rendues cataleptiques, ce qui permit de les photographier dans cet état.

Cette aptitude à tomber en catalepsie à l'audition d'une vibration intense est fort incommode et permet d'expliquer l'immobilisation subite produite chez certaines personnes par les coups de tonnerre. A la Salpêtrière, un jour de la Fête-Dieu, plusieurs hystériques qui suivaient la procession furent rendues cataleptiques par la musique militaire qui vient chaque année, dans l'intérieur de l'hospice, prêter son concours à cette cérémonie ; un coup de grosse caisse^ un chien qui aboie, un cri inattendu sufBsent pour provoquer cet état.

La fixité du regard soit sur les yeux de l'expérimentateur, soit sur un objet quelconque placés de telle manière qu'ils amènent la convergence des axes visuels, produit, aussi bien que la lumière ou le son, la catalepsie et la léthargie hystériques. On remarquera que ce sont précisément là les conditions du procédé de Braid et que ce procédé rentre par conséquent parmi les nombreuses pratiques propres à provoquer les singuliers états que nous étudions ici et grâce auxquelles nous nous convaincons que l'action propre à l'opérateur est absolument nulle. Le premier venu à la Salpêtrière peut remplacer le médecin ;

ce n'est donc pas la personnalité « fluidique » de ce dernier qui joue un rôle, mais simplement les agents physiques, les conditions mécaniques qu'il fait intervenir.

Enfin on peut, sur les sujets rebelles qui refusent de se prêter à la fixation du regard, obtenir les mêmes résultats en comprimant de vive force ^ leurs globes oculaires de manière à produire mécaniquement la convergence des axes optiques.

Il nous faut ajouter que dans certains cas, à la suite de ces pratiques, la succession des phénomènes paraît renversée, ou bien encore qu'ils ne se présentent pas avec tous les caractères que nous venons de résumer. Nous ne devons pas nous étonner par conséquent si la manière d'agir des hypnotisés n'est pas dans tous les cas identique et si l'on réussit à la faire varier en modifiant quelque peu le procédé employé. On peut comparer l'hystérique à un instrument qui rend des sons difi"érents selon la manière dont on le touche. C'est ainsi que M. Richer décrit une malade, B...., qui tombe en léthargie avec hyperexcitabilité musculaire si on l'endort par le regard, mais qui perd l'hyperexcitabilité si l'on exerce une pression sur le sommet de sa tête, pression qui en temps ordinaire est chez elle fort douloureuse; ses muscles ne sont plus excitables, pas plus h la face qu'aux membres; de plus, la cata-

lepsie n'est plus possible en soulevant ses paupières, et la malade présente des phénomènes somnambuliques très accusés qui la font ressembler beaucoup aux magnétisés.

Pendant la période de catalepsie et de léthargie hystériques, les malades peuvent entrer dans des phases où elles répètent absolument tous les « tours » exécutés par les magnétiseurs sur leurs sujets. On peut les piquer, les pincer, sans qu'elles donnent le moindre signe de sensation, mais elles conservent jusqu'à un certain degré la sensibilité spéciale et l'activité psychique nécessaires pour permettre de provoquer les hallucinations et les suggestions que nous connaissons chez les magnétisés. Par l'intermédiaire de la parole, on domine son sujet et l'on parvient au bout de peu de temps et sans difficulté à lui donner une éducation surprenante et à le faire travailler comme un automate.

Dans cet état, les malades ont la tendance à suivre les mouvements que l'on imprime aux corps sur lesquels elles fixent leur regard. C'est une expérience vulgaire chez les magnétiseurs que d'attirer leurs sujets en les regardant fixement et en se déplaçant peu à peu ; mais ici encore l'opérateur n'y est pour rien, et la fameuse attraction magnétique n'existe pas en réalité. On peut s'en convaincre facilement du reste en installant le

sujet, comme Morin a le premier eu l'idée de le faire, sur le plateau d'une balance que l'on équilibre en plaçant des poids sur le plateau opposé, et en faisant agir le « fluide » de haut en bas. Il est évident que, si la force mystérieuse exerçait réellement sur le sujet une action attractive, celle-ci serait indiquée par la rupture d'équilibre de la balance; or ceci n'a jamais eu lieu. L'attraction de l'hystérique est le résultat de son état pathologique qui la pousse à reproduire exactement les mouvements de l'expérimentateur placé vis-à-vis d'elle, et cela d'une manière tout à fait inconsciente. Selon une heureuse comparaison de M. Richer, la malade se comporte à la façon de l'image de l'observateur réfléchie dans une glace. « Le plus souvent aux mouvements des membres gauches de l'expérimentateur correspondent des mouvements semblables, mais exécutés par les membres droits de la malade On peut faire exécuter

ainsi à cette dernière les mouvements les plus variés, non seulement des bras et des jambes mais de la face et de tout le tronc, comme ouvrir et fermer la bouche, tirer la langue, frapper des mains, frapper des pieds, s'abaissser, s'accroupir, s'agenouiller, se relever, sauter, se déplacer, marcher, etc. »

En l'absence de la vue, l'ouïe suffit pour conduire à des résultats semblables; la malade frappe

immédiatement des mains si eue entend que derrière elle quelqu'un se livre à cet exercice, elle saute si "elle entend sauter, etc.

L'automatisme donne lieu encore à des phénomènes plus compliqués, qui sont connus sous le nom à'' automatisme de la mémoire et du souvenir et se présentent chez quelques sujets seulement. Place-t-on entre les mains de la malade un objet d'usage ordinaire et bien connu d'elle, elle sort de son état cataleptique, et exécute des mouvements en rapport avec l'emploi de l'objet. Lui donnet-on un chapeau, elle le tourne entre ses mains et le place bientôt sur sa tête; un pardessus, aussitôt elle s'en revêt et le boutonne avec soin; un verre, elle boit; un balai, aussitôt elle balaye; des pincettes, aussitôt elle s'approche du feu, retire les bûches du foyer, les y remet, etc. ; un parapluie, elle l'ouvre et paraît sentir l'orage, car elle frissonne, etc. Voici une curieuse expérience faite à la Salpêtrière.

tt On place sur une table un pot à eau, une cuvette et du savon ; aussitôt que son regard est attiré sur ces objets ou que sa main touche l'un d'eux, la malade, avec une spontanéité apparente, verse l'eau dans la cuvette, prend le savon et se lave les mains; elle le fait avec un soin minutieux. Pendant qu'elle tourne ainsi le savon entre ses mains, si l'on vient à abaisser la paupière d'un

seul œil, de l'œil droit par exemple", tout le côté droit du corps devient léthargique, la main droite s'arrête aussitôt; mais, chose singulière, la main gauche seule n'en continue pas moins. le mouvement. En soulevant de nouveau la paupière les deux mains reprennent aussitôt leur action de la même façon qu'auparavant. Si l'on abandonne la malade à elle-même, le mouvement se prolonge ; puis enfin elle redevient cataleptique les mains dans l'eau. Mais, si l'on vient à lui présenter un essuie-mains, de suite elle le saisit et s'essuie les mains avec la même persistance qu'elle mettait tout à l'heure à se les laver. On met ensuite entre les mains de la malade du tabac et du papier à cigarettes. Aussitôt elle se met en devoir de faire une cigarette, ce qu'elle fait fort maladroitement. On lui présente alors une boîte d'allumettes; elle l'ouvre, en prend une, l'allume en frottant sur la table; mais elle se brûlerait, si l'on n'avait soin aussitôt de l'éteindre, car ses doigts sont tout proches de l'extrémité qui flambe, et elle ne les retire pas. Elle est dans cet état complètement anesthésique. Au lieu de tabac, nous mettons entre les mains de la malade la petite boîte qui renferme son travail au crochet ; aussitôt elle ouvre la boîte, prend son ouvrage et travaille avec une adresse remarquable, débrouillant les fils, comptant les points, etc. Si une main étrangère défait les der-

niers points en tirant sur le fil, elle les refait toujours de la même façon, à la manière d'une machine, etc. » On comprend qu'on peut varier l'expérience de mille manières différentes.

Mais ce sont les hallucinations provoquées par la parole de l'observateur qui revêtent les caractères les plus remarquables. Nous pourrions répéter ici tout ce que nous avons dit à ce propos en parlant de l'hypnotisme ; la malade en état de catalepsie ou de léthargie est à la merci de quiconque lui parle, et le procédé employé à l'origine par les magnétiseurs sert aujourd'hui à M. Gharcot dans ses conférences de démonstration à la Salpêtrière. L'hallucination peut, soit simultanément, soit séparément, intéresser tous les sens, et son caractère varie un peu selon les malades, en ce sens que ces dernières y mettent plus ou moins, mais toujours, un peu de leur propre fond. Elles se livrent à certaines réflexions en relation avec leur hallucination. Rien n'est plus simple, lorsqu'on a sous- la main de bons sujets, que de varier l'expérience sous toutes les formes voulues. Un simple geste, à défaut de la parole, suffît; tracet-on sur le sol du bout du doigt une hgne ondulée, la malade croit voir un serpent et se sauve en criant; gratte-t-on le plancher avec l'ongle, elle voit des rats; un tremblement de la main à une

d. RiCHERj loc. cit., p. 391.

certaine distance de ses yeux devient pour elle la source d'une hallucination dans laquelle elle voit des oiseaux, dont elle cherche aussitôt à s'emparer.

L'attitude qu'on donne à la malade lui fournit une hallucination en harmonie avec cette attitude. C'est là, à proprement parler, ce qu'on entend par suggestion. Lui croise-t-on les doigts, comme elle a l'habitude de le faire en priant, aussitôt elle devient l'objet d'une hallucination religieuse; lui ferme-t-on les poings, elle se met en colère.

A la Salpêtrière, « pendant que B... est en état cataleptique, on attire son regard et, le dirigeant à terre, on lui dit qu'elle est dans un jardin rempli de fleurs. Aussitôt l'état cataleptique cesse, elle fait un geste de surprise, sa physionomie s'anime ; « qu'elles sont belles! » dit-elle, et, se baissant, elle cueille les fleurs, en fait un bouquet, qu'elle attache à son corsage, etc. Pendant qu'elle se livre à sa cueillette imaginaire, on lui fait remarquer qu'une grosse limace se trouve sur la fleur qu'elle

tient dans la main. Elle regarde L'admiration

fait aussitôt place au dégoût, elle rejette la fleur et s'essuie avec persistance la main à son tablier.

« Si l'on montre à une autre malade. Bar.,.., un blessé , on la voit prendre un air de commisération, se baisser, s'agenouiller et faire le geste de

rouler une bande autour d'an membre malade. Lî^ vue d'une troupe de petits enfants lui inspire les sentiments les plus tendres ; elle se mêle en quelque sorte à leurs jeux, les prend tour à tour dans ses bras et les embrasse; elle les décrit avec des cheveux blonds ou noirs et les yeux bleus. Si on lui montre le paradis entr'ouvert sur sa tête, la sainte Vierge, les anges et les saints, alors son admiration ne connaît pas de bornes, sa physionomie rayonne, elle joint les mains, se jette à genoux, et toute son attitude rappelle celle des extatiques. Elle laisse échapper des exclamations de joie et d'admiration et murmure des prières. En la questionnant sur ce qu'elle voit, on peut lui faire décrire sa vision en détail, les vêtements des personnages célestes, etc., etc. Naturellement, chaque malade se crée son paradis, en rapport avec son degré d'instruction et la richesse de son imagination. D'ailleurs on peut le lui faire voir tel que l'observateur le désire ; elle suit avec beaucoup d'intérêt la description qu'on lui en donne et transforme immédiatement en une série d'images le simple récit qu'on lui en fait; son aveugle crédulité ne s'arrête point devant les invraisemblances »

J'ai vu tenter avec un succès partiel par quelques magnétiseurs une expérience qui, quoique

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