‹ Le sommeil normal et le sommeil pathologique [electronic resource]Chapitre 16 sur 17 · RiCHEB, loc. cit., p. 39o et suiv · texte numérisé non relu

RiCHEB, loc. cit., p. 39o et suiv

interprétée par eux très différemment, est la même que celle qui réussit parfaitement à la Salpêtrière. Je veux parler de l'expérience qui consiste à surajouter tout ou partie d'un membre à une malade cataleptisée. On lui dit par exemple qu'elle a six doigts à l'une de ses mains ; après un instant d'étonnement, elle voit en effet ce sixième doigt imaginaire, et, chose étonnante, elle le sent, elle crie et se plaint lorsqu'on simule de le lui pincer ou de le couper et donne tous les signes d'une vive douleur. Il y a là non seulement hallucination de la vue, mais encore hallucination de la sensibilité pour la douleur.

« Le pouvoir, dit encore M. Richer, que l'observateur possède sur l'organisation du sujet mis dans cet état nerveux spécial, peut aller encore plus loin et dépasser les limites de l'hallucination. On peut provoquer chez lui des sensations internes et faire naître des mouvements qui en temps ordinaire sont en dehors du domaine de la volonté. Nous asseyons B.... à une table que nous lui disons être richement servie. Nous l'engageons à boire des vins délicieux. Elle fait le geste de verser du vin dans un verre et de porter ce dernier à ses lèvres. Elle Irouve le vin exquis. Nous l'exhortons à boire encore : « J'ai peur de me faire mal, » dit-elle. Nous la rassurons, et les rasades se suivent. Bientôt nous lui disons qu'elle

est grise. En effet, elle se lève inquiète et chancelle, elle marche comme une femme ivre et porte la main à son estomac avec un air de souffrance. Il nous est possible de provoquer alors de véritables nausées en lui disant qu'elle a mal au coeur et qu'elle vomit. Elle paraît même tellement souffrir que nous n'osons prolonger cette scène. 11 suffit alors de lui affirmer qu'elle est guérie, qu'elle n'a plus rien, pour faire tout cesser à l'instant. »

Ce que nous venons de rapporter ne concerne que les haMucinations qu'il est possible de provoquer pendant l'état de catalepsie ; mais lorsqu'on a fait passer la malade de cet état dans celui dit de léthargie, il est encore possible, quoique moins facilement, de la soumettre à de pareilles épreuves. Seulement, comme pendant la léthargie les yeux sont ordinairement fermés, les hallucinations de la vue ne sont pas possibles. Sauf ce point, nous y retrouvons tous les caractères des hallucinations que les Hansen et les Donato provoquent sur leurs somnambules.

Dans tous les exemples de suggestion que nous ; avons cités, dans ceux où l'halluciaation est in-contestable et dirigée par la volonté de l'opéra-teur, cette volonté est exprimée soit par la parole, soit par des gestes. En opérant sur des sujets? bien éduqués, rendus extrêmement sensibles pan une pratique fréquente et depuis longtemps répé-

tée, tels que ceux qui sont exhibés en public, les gestes indicateurs peuvent être réduits à un mini- ' mum et passer inaperçus auprès d'un observateur , inattentif. De là l'apparente suggestion mentale ^ qui consiste à faire voir, entendre ou exécuter au sujet ce que Von -pense. Je dois dire que j'ai assisté à plusieurs opérations de cette nature, faites par des magnétiseurs de profession sur des sujets évidemment hystériques, sans que jamais les résultats obtenus aient réussi à entraîner ma conviction. Le magnétiseur m'annonçait, il est vrai, par écrit, et sans l'articuler d'une manière sensible pour moi l'ordre, qui était exécuté peu après par son sujet. Le tour réussissait alors très bien, mais il n'en était plus de même lorsque le magnétiseur consentait à se dissimuler — ce qui est diflBcile à obtenir de lui derrière un rideau, de manière à le rendre invisible à son sujet. On conviendra que cette dernière condition est cependant indispensable; il faut, pour se convaincre de l'action indépendante de la pensée, rendre impos'sible une action physique, quelque faible et imperceptible soit-elle pour une personne non exercée. Toutes les fois que le magnétiseur et son sujet demeure- 1 ront en présence, je conserverai des doutes sur la' valeur des résultats. Sans doute, nous ne devons' rien nier à priori, comme le fait justement remarquer M. Ch. Richet; mais nous ne devons pas non

plus admettre, ainsi que le fait le grand public, pour scientiGque une expérience dont on ne peut pas contrôler toutes les circonstances. Je ne crois rien exagérer en disant que ce contrôle est impossible dans les conditions où se placent ordinairement les magnétiseurs.

On sait enfin que les magnétiseurs attachent une grande importance à ce fait que certaines personnes sont plus sympathiques aux sujets que d'autres et se montrent plus aptes à les faire agir pendant le sommeil magnétique, ce qu'ils expliquent naturellement en admettant que ces personnes possèdent une plus forte dose de fluide. Quelque chose d'analogue a été constaté chez certaines hystériques qui s'attachent préférablement à l'opérateur qui a agi sur elles en premier lieu. Gomme c'est là un point qui permettra peutêtre un jour de jeter de la lumière dans un chapitre du magnétisme aujourd'hui très obscur, je rapporterai tout au long l'observation suivante de M. Richer :

(t Bar..., dans l'état de somnambuhsme sans ■■ hyperexcitabilité. musculaire, présente une sorte d'attraction pour l'observateur qui, en pressant avec le doigt sur le sommet de sa tête, l'a plongé dans cet état. S'il s'éloigne, elle devient inquiète, se met à geindre, le recherche, le suit et ne trouve de repos qu'après l'avoir rejoint. Elle se contente

alors de se maintenir près de lui immobile, mais, le même manège recommence s'il vient à s'éloigner de nouveau. J'ai toujours vu le même phénomène se produire, quel que soit celui qui ait touché son point magnétique. Si l'attouchement de ce pointa été fait par l'intermédiaire d'un objet quelconque, le même état nerveux de somnambuHsme sans hyperexcitabilité ne s'en produit pas moins; mais l'état spécial d'attraction dont je parle, n'existe pas, la malade demeure impassible. Cependant ce curieux phénomène ne demande qu'une occasion pour se développer, et il se produit immédiatement en faveur de celui qui le premier, quel qu'il Soit, touche la malade et particulièrement les parties nues de son corps, comme les mains.

« C'est alors que nous avons pu varier l'expé-» rience d'une façon bien curieuse et qui prouve bien que cette influence n'a rien de mystérieux, et qu'elle réside tout entière dans une modification particulière du tact qui s'opère en dehors de la conscience de la malade.

a Pendant que la malade est plongée dans le somnambulisme par la friction du vertex au moyen d'un objet quelconque, deux observateurs se présentent qui, sans résistance aucune de sa part, s'emparent chacun d'une de ses mains. Que va-t-il se passer ? Bientôt la malade de ses deux

mains presse celles de chacun des observateurs et ne veut pas les abandonner. L'état spécial d'attraction existe à la fois ^our les deux. Mais la malade se trouve en quelque sorte divisée par moitié. Chaque observateur ne possède la sympathie que d'une moitié de la malade, et celle-ci oppose la même résistance à l'observateur de gauche en possession de la main gauche lorsqu'il veut saisir la main droite, qu'à l'observateur de droite lorsqu'il veut saisir la main gauche. Je ne chercherai pas l'explication de cette singulière influence d'un contact étranger. Je me borne à signaler le fait comme un fait d'observation régulièrement observé » Je ne m'étendrai pas davantage sur les phénomènes psychiques observés chez les hystériques, dont je me contente d'indiquer les traits 'principaux. Quiconque prendra la peine de rechercher les antécédents des nombreuses personnes qui succombent à l'action attribuée au fluide et mise en pratique par les magnétiseurs se convaincra que ces personnes, si elles ne sont pas hystériques vraies, comme on l'a constaté chez quelques-uns des meilleurs sujets de Donato, présentent quelque altération cérébrale qui explique leur faiblesse à cet égard. De pareilles enquêtes ont été faites souvent, et dans tous les cas elles ont conduit à

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