‹ Le sommeil normal et le sommeil pathologique [electronic resource]Chapitre 2 sur 17 · John Tyndall, Le son, trad. de l'abbé Moigno, p · texte numérisé non relu

John Tyndall, Le son, trad. de l'abbé Moigno, p

cients, des mouvements involontaires que l'on nomme en physiologie des mouvements réflexes.

Chez les animaux supérieurs, dont l'homme est le type le plus parfait, une sensation pour devenir consciente doit nécessairement être transmise au cerveau. Mais il en est dont le cerveau malade ou détérioré, à la suite d'une tumeur ou d'une blessure par exemple, n'est plus propre à fonctionner. Enlevez le cerveau à un pareil animal, vous ne le tuerez pas, mais vous le réduirez à un état de vie purement végétative et inconsciente. On peut vivre sans cerveau, mais on ne peut plus ni sentir ni vouloir. La spontanéité des actions est totalement abolie.

Comparez pour vous en convaincre deux animaux, deux pigeons par exemple, dont l'un sera privé de cerveau, tandis que l'autre l'aura conservé intact. — Tandis que celui-ci montrera la spontanéité d'action que vous savez, l'autre sera inerte, incapable de prendre de la nourriture^ incapable d'exécuter aucun mouvement volontaire. Il faudra pour l'entretenir en vie lui introduire de la nourriture jusqu'au fond du pharynx. La motricité n'est pas détruite cependant, car il retirera la patte qu*' vous pincerez, il volera si vous le lancez en l'air, mais il ne se mettra jamais de lui-même en mouvement.

Les mouvements réflexes sont toujours mêlés, à

l'état normal, aux mouvements volontaires, et certains mouvements volontaires peuvent , par une fréquente répétition, une longue habitude, passer à l'état de mouvements réflexes. La marche en est un exemple : il n'est pas nécessaire, une fois que nous avons commencé à marcher, d'un acte volontaire à chaque pas que nous faisons. Dans l'opération du tricotage, une dame peut parfaitement appliquer sa volonté à tout autre usage, ses doigts continuent d'une façon réflexe à exécuter des mouvements coordonnés. — On cite le cas de pianistes qui, après avoir entamé un morceau souvent joué par eux, Texécutaient en entier en pensant à toute autre chose, en tenant une conversation ou même après s'être endormis.

On connaît un très grand nombre de cas pathologiques dans lesquels l'homme est entièrement réduit à l'état d'activité inconsciente. Ces malades sont en tous points comparables à l'animal privé expérimentalement de cerveau; les pousse-t-on,ils marchent droit devant eux jusqu'à ce qu'ils viennent à rencontrer un obstacle, ils conservent indéfiniment la position qu'on leur donne, une jambe levée, un bras tendu, et continuent l'action dont on leur a donné l'impulsion. Je n'insiste pas sur ces faits, dont nous apprécierons la haute valeur dans l'analyse des phénomènes somnambuliques.

Il existe donc, outre le cerveau, un centre mo-

teur répondant par des mouvements involontaires à des sensations inconscientes; ce centre est la moelle épinière.

Analysons maintenant un peu plus complètement le mécanisme d'une sensation. Nous y voyons toujours concourir trois appareils : un appareil récepteur différemment conformé, papilles tactiles de la peau, papilles gustatives de la langue, œil, oreille, etc., qui reçoit le mouvement ondulatoire des agents physiques, son, lumière, chaleur, etc.; un appareil transmetteur, le nerf, composé de tubes nerveux élémentaires groupés en faisceaux, qui communique le mouvement reçu parle précédent; enfin un appareil percepteur, moelle épinière ou cerveau composé de cellules nerveuses où aboutissent les éléments fibreux des nerfs sensitifs et d'où partent d'autres fibres qui constituent, en se groupant, les nerfs moteurs qui se rendent sur les muscles dont ils provoquent la contraction.

Il nous faut par conséquent distinguer deux directions principales du mouvement vibratoire : les vibrations de la sensibilité sont centripètes, c'est-à-dire dirigées de la périphérie vers le centre ; les vibrations de la motricité sont centrifuges, c'est-à-dire dirigées du centre vers la périphérie. Ainsi, lorsque nous approchons le doigt d'un corps brûlant, le brusque changement de la température aux extrémités des nerfs sensitifs leur imprime

un mouvement qui se transmet de proche en proche avec une vitesse connue (de 20 à 30 mètres par seconde) jusqu'aux cellules de la substance grise du cerveau, où il se transforme en sensation de douleur et se répercute immédiatement sur les fibres nerveuses motrices, s'éloigne du cerveau et, par l'intermédiaire des extrémités de ces dernières, fait contracter le muscle.

Dans le cas où les mouvements sont transmis au cerveau il y a sensation consciente; dans le cas où ils s'arrêtent aux cellules de la moelle épinière, la sensation est inconsciente.

Chez les animaux supérieurs, l'homme par exemple, les nerfs de la sensibilité spéciale sont impropres à conduire d'autres impressions que celles pour lesquelles ils se sont spécialisés. Pincez, coupez, comprimez, ébranlez d'une manière quelconque le nerf optique, par exemple, celui-ci ne transmettra pas de sensation douloureuse, mais une sensation lumineuse. En pareille circonstance, le nerf auditif transmettra une sensation sonore, etc.

Ce fait nous montre qu'il n'est pas indispensable que l'impression vienne frapper l'extrémité du nerf sensitif, et il nous aide à comprendre comment il se peut que nous recevions des impressions variées en dehors des agents qui les provoquent normalement. Dans l'obscurité la plus complète, on peut ressentir des sensations lumineuses ; il suffît

pour cela, comme chacun le sait, de se comprimer un peu fortement le globe oculaire (phosphènes).

Nou'k ne connaissons pas encore d'une manière tout à fait précise les localités de la surface cérébrale, où les mouvements communiqués par les vibrations lumineuses ou les vibrations sonores se transforment en sensations conscientes de lumière ou de son, mais il est probable que toutes les cellules du cerveau ne sont pas indistinctement propres à cet usage. Il est très probable qu'il y a là une division du travail physiologique qui fait que certains groupes cellulaires sont spécialement destinés aux transformations lumineuses , d'autres groupes aux transformations sonores, etc

Imaginons qu'un ébranlement mécanique quelconque, un afflux plus considérable du sang dans la région correspondante du cerveau par exemple, vienne à exciter un de ces groupes cellulaires, il en résultera que cette action mécanique provoquera une sensation consciente ou réveillera des sensations antérieures. Et c'est ainsi que dans certaines circonstances, par défaut de jugement, par défaut de contrôle, nous serons conduits à interpréter, comme des sensations lumineuses ou des sensations sonores réelles, des agitations internes, indépendantes de toute lumière ou de tout son, des centres optiques ou des centres auditifs.

D'une manière analogue, dans certains états d'al'

tération des conducteurs nerveux, des impressions réelles, objectives, pourront être modifiées pendant leur transmission au cerveau. De là des perceptions fausses d'images, de notes, etc., provenant d'un état pathologique, d'une nutrition anormale du nerf optique ou du nerf auditif.

Telles sont, brièvement indiquées, les principales aberrations de nos communications avec le monde extérieur. Nous les résumerons en disant qu'une impression réelle agissant sur l'appareil nerveux périphérique peut provoquer des mouvements involontaires et inconscients lorsque cette impression n'a pas été communiquée jusqu'au cerveau, ce qui peut arriver dans une foule de cas dans lesquels l'impression s'arrête dans les cellules de la moelle épinière. Que, d'autre part, les nerfs conducteurs ou les centres cellulaires percepteurs peuvent être directement ébranlés par des mouvements internes (tumeurs, pression sanguine) ou par les phénomènes encore mal expliqués que nous rapportons à l'imagination, et donner naissance de cette manière à des sensations conscientes que nous interprétons commô si elles correspondaient à des impressions ayant une cause externe. Enfin que des impressions normales peuvent être altérées pendant leur transmission au cerveau, de telle sorte que la conscience ne les interprète pas telles qu'elles sont en réalité.

On a donné le nom cVillusions à ces transformatiens des impressions à travers des conducteurs défectueux, et le nom d'hallucinations aux sensations conscientes qui ne correspondent pas à des impressions extérieures. L'hallucination, dit Bail, est une perception sans objet.

Ainsi l'individu qui voit un brigand armé jusqu'aux dents lorsqu'il a sous les yeux un tronc d'arbre, celui qui entend le bruit du tonnerre lorsqu'un meuble remue dans sa chambre, ou un coup de pistolet au moindre craquement du plancher ; celui qui sent une odeur nauséabpnde lorsqu'il est entouré de parfums, tous ces individus sont victimes d'illusions.

Celui qui dans l'obscurité ou les yeux fermés voit passer des fantômes, celui qui dans le silence le plus absolu entend des voix célestes qui lui communiquent des ordres surnaturels, celui qui croit toucher des anges ou des démons alors qu'aucun objet ne frappe ses extrémités tactiles, sont des hallucinés.

De tout temps, les illusions et les hallucinations qui n'ont pas été rectifiées par un jugement sain ont servi une foule de superstitions, qui de nos jours sont encore habilement et fréquemment exploitées.

Les illusions et les hallucinations ne sont pas rares à l'état normal chez les personnes craintives

OU extrêmement crédules. La peur, le chagrin, le prestige d'un être auquel on accorde un savoir mystérieux ou une puissance surnaturelle sont des conditions favorables à la production de ces phénomènes. Chacun y a été soumis une fois dans sa vie, surtout dans la période de l'enfance.

Ajoutons que l'hallucination aussi bien que l'illusion peuvent être volontairement provoquées. Nous pouvons par un effort de notre volonté revoir telle ou telle personne, tel ou tel objet que nous n'avons pas vus depuis des années, entendre certains airs depuis longtemps oubliés.

Chacun connaît l'exemple de Talma, qui, lorsqu'il entrait en scène, faisait volontairement disparaître les vêtements de son nombreux et brillant auditoire et substituait à ces personnages vivants autant de squelettes. « Lorsque son imagination avait ainsi rempli la salle de ces singuliers spectateurs, l'émotion qu'il en éprouvait donnait à son jeu une telle force qu'il en résultait souvent les effets les plus saisissants *. »

Des exemples de cette nature sont extrêmement nombreux. Un médecin français, Brierre de Boismont, a groupé à ce sujet un nombre considérable de documents, dans son Traité dés hallucinations, auquel puisent depuis plus de vingt ans tous les auteurs d'ouvrages populaires.

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