Brierre de Boismont, Hallucinations, p
Les hallucinations persistent parfois fort longtemps. Le libraire Nicolaï en ressentit à la suite de vifs chagrins; il les observa avec soin, les attribuant avec raison à des troubles de la circulation cérébrale. Nicolaï aperçut tout à coup un beau jour une figure de mort qui se montra une première fois très distincte pendant huit minutes; puis, un peu plus tard, il vit plusieurs de ces figures qui persistèrent pendant deux mois, le suivant partout, se modifiant, se multipliant, aussi distinctes en compagnie que dans la solitude, le jour que la nuit. A différentes reprises, il vit même des gens à cheval, des chiens, des oiseaux. — Quatre semaines après leur apparition, des hallucinations de l'ouïe s'ajoutèrent à celles de la vue. « Je commençai, dit-il, à entendre parler mes apparitions, quelquefois elles conversaient entre elles, le plus souvent elles m'adressaient la parole ; leurs discours étaient courts et généralement agréables. A différentes époques, je les pris pour des amis tendres et sensibles qui cherchaient à adoucir mes chagrins. » (Brierre de Boismont.)
Les hallucinations de la vue, quoique beaucoup moins fréquentes que celles de l'ouïe, ont en général plus de netteté. Parmi ces dernières, on peut noter une quantité de degrés depuis le simple bourdonnement d'oreille jusqu'aux bruits de pas, aux paroles qui, se groupant, constituent des phra-
— lèses entières ayant un sens plus ou moins logique , et dont les conséquences possibles sont interprétées de différentes manières par l'halluciné.
Nous avons laissé entendre que l'ébranlement interne de certains groupes cellulaires du cerveau pouvait influencer des groupes voisins et réveiller des impressions venues du dehors. L'hallucination n'est souvent que l'image répétée d'une sensation antérieure. On connaît de nombreux cas de personnes qui possèdent la faculté de revoir ou d'entendre de nouveau, en leur absence, certains objets, certains individus, certains airs de musique qu'elles ont vus ou entendus réellement une première fois. M. Taine, dans son beau livre sur l'Intelligence, cite l'exemple de Gustave Doré pouvant faire, en son absence, le portrait d'une personne qu'il a regardée une seule fois attentivement, réveillant son image et la replaçant au devant de lui par une véritable hallucination. Le même auteur se cite lui-même à propos de l'hallucination auditive. « Tout à l'heure, dit-il, pensant à une représentation du Prophète, je répétais silencieusement en moi-même la pastorale de l'ouverture et je suivais, j'ose dire, je sentais presque non seulement l'ordre des sons, leurs diverses hauteurs, suspensions et durées, non seulement la phrase musicale répétée en manière d'écho^ mais encore le timbre perçant et poignant
du haut-bois qui la joue, ses notes aigres, tendues, d'une âpreté si agreste que les nerfs en sursautent, pénétrés d'un plaisir rude comme par la saveur d'un vin trop cru »
L'hallucination produite par des sensations douloureuses internes a fait croire, dans les âges d'ignorance dont nous ne sommes, hélas! pas encore très éloignés, à la présence, dans le corps de certaines personnes, du diable ou de démons que ces personnes prétendaient voir et entendre au dedans d'elles, alors qu'elles souffraient tout simplement de quelque inflammation intérieure.
Ces phénomènes, fréquents déjà à l'état normal, le deviennent beaucoup plus dans certains états pathologiques (névrose hystérique, folie, etc.); ils accompagnent souvent le sommeil, le premier terme de passage qui nous conduira au somnambulisme.
Résumons donc ce que nous savons de la physiologie du sommeil.
Le sommeil est, chacun le sait, cet état de repos périodique dans lequel entrent d'une manière fatale et nécessaire nos organes de la vie animale. Le sang se portant en plus grande abondance vers les organes de la vie végétative (digestion, sécrétion), il se produit une suspension plus ou moins complète de la plupart des fonctions cérébrales.