PRELIMINAIRES
Mais, si l'on ne peul concevoir la pensée sans ses trois t'iénients constitutifs, l'on ne peut aussi se rendre compte • le sa formation sans l'existence des sens, de leurs nerfs ■t des objets extérieurs, pointde départ des idées-images, l't à plus forte raison, comprendre cette formation, sans l'ensemble qui constitue l'organisme. C'est par le moyen de ce dernier, sous l'influence de l'attention et de la pensée, qu'à l'aide des sens et de leurs nerfs, l'être se met en rapport avec les milieux environnants et avec soi-même; mais l'organisme n'est pas seulement un intermédiaire entre l'être pensant et le monde extérieur; il est encore le Sosie, je dirai plus, l'expression écrite de la pensée, cette maîtresse absolue régnant au cerveau, laquelle si, insciemment, a le pouvoir du mouler le corps à son image, a conscier.iment, dans certaines circonstances, celui de le modifier à son gré '.
Les idées, ces extraits dégagés du monde extérieur et déposés au cerveau parle moyen des sens, prennent d'autant plus aisément naissance que la force d'attention est répandue également dans le système nerveux cérébro-spinal, depuis le cerveau, son centre, jusque dans tous les nerfs et spécialement dans ceux qui servent à veiller aux impressions. Il y a, entre le centre cérébral et les sens, un mouvement presque instantané de va-et-vient par lequel l'attention fait percevoir les* impressions en même temps qu'elle les fait imprimer dans la mémoire sous forme d'idées; mouvement qui se répète à l'inverse, parles nerfs moteurs, et du cerveau aux muscles, pour la mise à exécution de ces idées. La propriété qu'a l'attention d'être
lation, je dirai souvent: alL-nlion, sensations, iiiées, mémoire, pensée, etc. Quant aux pliénomènes du mèmu genre (7ui se passent à notro insu dans ie système de la vie de nuiritiou .lorsqu'il on sera question, j'aurai sjin d'en exprimer la n ilure inconsci-iulo.
' Voyez première partie, ciiapilres iv, ^ 1 , 3, 7, 8, 9, etc.
présente partout clans l'organisme et celle qu'elle a, par une spontanéité ou un effort propre, de se porter librement n'importe sur quelle partie du système nerveux, est, après la pensée, l'apanage le plus importantque l'homme possède. C'est grâce à cette faculté, la première de toutes, en tant qu'elle a le don d'ubiquité et qu'elle est capable d'être mobilisée, que l'homme a conscience des phénomènes sensibles qui se passent en lui ; c'est par elle qu'il prend connaissance des milieux qui l'entourent ; qu'il met en réserve dans sa mémoire une masse d'idées; qu'il les suscite au besoin et qu'il agit.
Mais l'attentionné reste pas toujours parfaitementéquilibrée : elle a aussi la propriété, sous l'influence d'une excitation ou de la pensée, de se transporter sur une faculté cérébrale ou sur un organe de la vie de relation aux dépens des autres facultés ou des autres organes auxquels elle était distribuée et de s'y accumuler, selon qu'elle y est décidée par des mobiles ; elle peut plus encore, affluer de même sur les fonctions nutritives.
L'attention, en s'accumulant ainsi, à la manière d'un fluide, peut exagérer tour à tour l'action propre à chaque organe; c'est ce que chacun a dû remarquer. Si, par exemple, elle se dirige sur l'extrémité d'un nerf sensible et si elle y afflue quelques instants, la sensation éprouvée devient alors plus nette qu'au début. Il est avéré qu'un objet, d'abord obscur aux yeux, sera vu plus distinctement, si on le regarde plus longtemps. Il n'est pas rare aussi de rencontrer des malades, dont les douleurs deviennent d'autant plus vives que cette force s'y applique davantage. 11 en est de même pour ce qui concerne les autres sens : plus l'attention est tendue sur eux, plus les sensations deviennent parfaites. Ce que nous disons, pour les organes des sensations, on peut le dire de toutes les autres fonctions.
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Un observe encore que, chez l'homme attentif, Inrsijirun sens est énergiquement employé à la perception d'un ol' jet quelconque, les autres sens ont besoin, pour être affectés parleurs stimulants directs, d'une excitation beaucoup plus forte que celle qu'il leur falit d'ordinaire. Ainsi, il est prouvé que le son d'un instrument qu'il entendait peut ne plus parvenir à la conscience de l'individu qui s'est mis, tout entier, à fixer les yeux sur une chose qui vient le frapper : et l'on est obligé, pour qu'il perçoive ce son de nouveau, de j-approcher alors l'instrument de son oreille. L'attention accumulée sur un sens n'en rend donc les sensations et les perceptions cérébrales plus vives qu'aux dépens des autres sens qui, par le retrait de cette force, sont devenus plus obtus.
L'attention, outre ses propriétés de créatrice des sensations, des idées, de la pensée, etc., n'a pas rien encore que la faculté de s'accumuler sur l'extrémité d'un nerf sensible aux dépens des nerfs de même nature; elle possède en même temps et ainsi qu'on le verra, celle de s'accumuler n'importe où aux dépens des fonctions cérébrales, locomotrices, etc., et réciproquement. L'attention, ce qu'avait déjà entrevu Bichat,dans ses recherches sur la vie et la mort * où il dit formellement : « Nous pouvons établir comme une loi fondamentale de la distribution des forces nerveuses, que^ quand elles s'accroissent dans une partie, elles diminuent dans le reste de l'économie vivante; » l'attention, même en afflurint au cerveau, peut ne se porter que sur une seule faculté, l'intelligence, par exemple, pendant que les autres restent sans excitation, ainsi que les nerfs sensibles et moteurs. On l'a remarqué, l'homme qui est plongé dans une profonde méditation est plus ou moins insensible aux exci-
* Paris: Charpentier, p. 98, 18G4.
8 LE SOxMMEIL PROVOQUE
tants des sens et, sans initiative, il demeure par cela même dans une immobilité complète. Ce qui vient d'être expliq-ue' relativement à la distribution de l'attention au cerveau et aux nerfs de la vie de relation, lorsqu'il y a rupture d'équilibre de celte force, on peut l'appliquer semblablement aux nerfs ganglionnaires.
C'est sur celle propriété qu'a l'attention de se condenser là où elle est appelée et de diminuer en même temps sur d'autres points, que reposent tous les phénomènes de sommeil et, partant, ceux qui sont le résultat de l'action delà pensée sur l'organisme.
On devine déjà, par ce qui précède, que la force d'attention se présente distribuée dans l'économie sous deux aspects: à l'état libre ou actif; à l'état d'accumulation ou passif. Tant qu'elle est libre dans ses mouvements (c'est pendant la veille), son action antagoniste sur le corps, action excitante sur une partie et calmante sur les autres, est tellement faible qu'à peine on s'en aperçoit; mais à l'état d'inertie, lorsque celle force s'arrête sur un objet de perception, une idée, etc. (c'est pendant le sommeil et les états analogues) ; alorslesphénomènes d'excitation, d'un côté, et à l'opposé, ceux de sédalion qui en sont le résultat obligé, de l'autre, augmentent en raison directe de sa concentration sur cette idée.
Ces quelques préliminaires suffisent, je pense, pour mettre le lecteur de cet ouvrage, parfois abstrait au commencement, dans la condition d'en saisir le sens avec moins de difficulté et de fatigue.