CHAPITRE PREMIER
I)K LA PRODUCTION Dr SOMMEIL ORDINAIRE ET SURTOUT DU SOMMEIL PROVOQUE
Si IViii considère, l'un après l'autre, les signes de la formation du sommeil ordinaire et du sommeil artificiel, on remarquera qu'ils sont les mêmes.
Les psychologues qui se sont occupés du sommeil ordinaire, ont déjà observé que cet état ne peut le plus souvent se manifester sans un consentement préalable de l'esprit. Il est aussi acquis à la science que, lorsqu'on veut s'abandonner au repos, on recherche l'obscurité et le silence; on se couvre la tète et le corps pour éviter le contact d'un air trop vif ou la piqûre des insectes; on se place sur un lit moelleux et l'on chasse de son esprit toutes les idées qui pourraient le préoccuper; bref, on s'isole de ce qui amène la distraction des sens et de ce qui alimente activement les facultés intellectuelles ; l'on ne songe qu'à une chose, reposer; l'on ne se berce que d'une idée, dormir. Et ce n'est pas seulement l'homme qui entre ainsi dans le sommeil, les animaux à sang chaud s'isolent de même ; les oiseaux se mettent la tète sous l'aile, les mammifères se réfugient dans une retraite ou se roulent en boule, la tête entre leurs pattes; tous cherchent
une place commode el profitent du silence et de Tobscurité de la nuit. Et l'enfant, dès lors qu'il est fatigue' par les excitants extérieurs des sen?, ne fait-il pas aussi de même quand il se replonge de nouveau dans le souinieil? En se repliant instinctivement sur soi-même, en s'isolanl ainsi du milieu qui l'entoure, il entre dans l'état de repos bienfaisant où il était dans le sein de sa mère et où s'accomplissaient les m3'stères de son développement. Et, quand un élément nouveau, le rêve, s'ajoute à ce sommeil, n'est-ce pas que Tenfant a déjà appris à sentir et à penser ?
Outre ces causes essentiellement psychiques du sommeil, il en est qui leur sont antérieures et qui leur viennent en aide. Les unes se révèlent sous forme de besoins ; c'est d'abord un léger degré de faiblesse ou de fatigue, dans lequel les sens sont émoussés, et, par conséquent, peu susceptibles de distractions. C'est ensuite le travail digestif qui exerce une révulsion puissante de l'attention vers l'estomac et les intestins, aux dépens de celle qui se porte aux sensations et au remuement des idées, fonctions qui, devenant moins actives, prédisposent par cela même à un laisser-aller à la pensée naturelle de reposer. Les autres causes sont de véritables procédés pour déterminer le sommeil : ainsi, une lecture ou une conversation ennuyeuse, le bercement, un bruit monotone, la récitation de formules dont la tète est ressassée, toutes choses qui ont pour résultat, en imposant à l'esprit un aliment sans attrait, de conduire l'attention à s'immobiliser sur l'idée plus habituelle et plus agréable de dormir. Les bains tièdes, qui ont la propriété de calmer le sens le plus étendu et le plus impressionnable, le tact, peuvent aussi être rangés dans cette secondecatégorie; ce sont des calmants de la sensibilité, ils éloignent les distractions.
Ainsi, consentement au somcneil, isolement ménagé des