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sens, afflux de l'altenlion sur l'idée de s'endormir, ce qui, physiologiquement, se traduit par le retrait de cette force des organes sensibles pour s'accumuler dans le cerveau sur une idée ; puis, enfin, subsidiairement, besoin plus ou moins pressant de reposer et moyens mécaniques facilitant l'immobilisalion de l'attention: tels sont, au premier aperçu, les divers éléments du mode de la formation du sommeil ordinaire.
Pour le développement du sommeil artificiel, ce mode n'est pas difl'ércnt. On s'est aperçu que les personnes que l'on veut endormir ne sont nullement influencées, si leur attention va d'une sensation à une autre ou voltige, tour à tour, sur une foule d'idées sans s'arrêter à aucune ; si enfin, elles font des efl'orts pour résister à la pensée de dormir ou sont convaincues qu'elles ne dormiront pas. De plus, on peut faire la remarque que, dans leurs procédés pour amener le sommeil artificiel, les endormeurs mettent d'abord ces personnes dans l'isolement des sens en privant, autant que possible, ces organes de leurs excitants, et en empochant, par là, l'attention de s'y diriger comme d'habitude. Aussi, leur recommandent-elles le silence et les placent-elles dans l'obscurité, sur un siège commode et dans une chambre dont la température est douce. Pour aider à l'immobilisation de l'attention de ces personnes, ils veillent encore à ce qu'elles fixent les yeux sur les leurs ou à ce qu'elles regardent un objet qui frappe la vue par son éclat, et ils ont soin, ensuite, de les inviter à ne songer à rien autre chose qu'à dormir, comme lorsqu'elles veulent d'habitude se livrer au repos. Au bout de quelque temps, si leurs paupières ne sont pas closes, ils les leur ferment, et d'une voix impérative, ils leur ordonnent le sommeil ^
1 Voyoz, à la lin du volume, mon procédé pour endormir : Article supplémenlaire, A.
Les éJeclro-biologistes sont arrivés à produire un état d'inertie de l'attention ressemblant à celle du sommeil. Ce n'est qu'un état de sommeil moins complet que celui de somnambulisme , car leurs sujets paraissent tout éveillés. Quand, par l'application prolongée des yeux sur un objet, l'esprit de ces sujets est devenu passif, ces h^'pnotiseurs offrent à leur attention une idée quelconque, soit celle de ne pouvoir fermer les yeux ou de ne pouvoir remuer, etc., alors leur attention ne peut pas plus se dégager de cette idée que, plus tard, celle du dormeur ordinaire ou d'un somnambule peut se dégager de l'idée de reposer ou de toute autre qu'on lui suggère.
On le voit, au fond des procédés des endormeurs, on retrouve, pour le sujet, les mêmes éléments psychiques et rationnels que ceux par lesquels on entre dans le sommeil ordinaire : conviction que l'on peut dormir, consentement au sommeil, isolement des sens, concentration de l'attention sur un seul objet ou une seule idée, et celte idée est ordinairement celle vers laquelle l'esprit tend de lui-même. Il n'y a qu'un élément en moins, le besoin de repos et un autre en plus, l'injonction de dormir ; ce dernier n'est qu'une stimulation au cumul de l'attention sur l'idée de se livrer au sommeil : c'est-à-dire, un moyen de concentrer la pensée avec plus de rapidité.
De la comparaison qui précède, on peut déjà conclure que, dans sa formation et par les côtés mis en regard, le sommeil artificiel ne diflere pas du sommeil ordinaire, et que, dans l'une et l'autre forme de l'état passif, c'est le retrait de l'attention loin des sens et son accumulation dans le cerveau, sur une idée, qui en est l'élément principal.
Une chose m'étonne, c'est que la plupart de ceux qui ont écrit sur le sommeil artificiel, en sont restés à des hypothèses pour s'en expliquer la formation. En pra-
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tique, ils n'ignoraient niilicmont Jes conditions du développement d' cet état, et, cependant, au lieu de s'appuyer sur des faits tout trouvés et de les interpréter, ils ont inventé des théories comme celle du fluide, ou des esprits, ou de l'imaginalion. C'est un travers de l'esprit humain de ne jamais se contenter de ce qui est simple : quand il n'a qu'à conclure, il se jette dans les hypothèses, ainsi que le voyageur qui, pour couper au court, au lieu de suivre la route tracée, se met en marche dans la forêt et s'}^ perd.
Le plus souvent, le besoin d'équilibrer les forces dissociées amène le consentement au sommeil ordinaire. Ce besoin est la cause déterminante de la pensée habituelle de dormir, comme celui de manger est la cause déterminante de la pensée de chercher à satisfaire sa faim. Mais ce besoin et le phénomène psychique de la formation du sommeil sont aussi distincts l'un de l'autre, que le désir de prendre de la nourriture l'est des efl'orts intellectuels de l'esprit pour se la procurer. C'est parce que l'on n'a pas su distinguer ce qui appartient au besoin et ce qui appartient à l'acte psychique presque inconscient, que l'on est resté dans un certain vague pour l'explication de ce sommeil à l'état naissant.
En outre de ce qui a été établi plus haut sur la nature intellectuelle de l'entrée en sommeil, quil soit ordinaire ou artificiel, il y a des faits vulgaires qui viennent à l'appui de l'opinion que j'ai émise. On rencontre beaucoup d'individus qui s'endorment du sommeil ordinaire, quand ils veulent et n'importe à quel moment de la journée, sans qu'ils y soient même portés par un besoin; ils ressemblent en cela aux dormeurs artificiels : il n'y a de différence avec ces derniers qu'en ce qu'ils se suggèrent de dormir, au lieu d'en recevoir d'un autre la suggestion. D'autres, en proie à l'insomnie, s'endorment croyant avoir pris de
l'opium, bien qu'en réalité ils n'en aient pas pris ^ Ce sont bien là des preuves que le phénomène principal du sommeil, en voie de formation, est caractérisé par l'arrêt de l'attention sur l'idée du repos, et que le besoin de dormir n'en est qu'un accessoire précurseur. Ce qui prouAT encore indirectement que le sommeil ordinaire est, de même que l'autre, l'effet de l'arrêt de l'attention sur l'idée de reposer, c'est-à-dire, d'un acte intellectuel, c'est que, malgré le besoin, on peut s'empêcher à volonté de dormir en portant son esprit sur des motifs de distraction. N'y a-t-il pas des fousobsédés par defortespréoccupations, lesquels ne peuvent retrouver le sommeil qu'ils recherchent avec ardeur, et, ne rencontre-t-on pas des malades qui sont incapables de reposer, parce que leur attention est distraite par de trop vives souffrances ? Cet antagonisme parle de soi-même : on ne peut à la fois penser activement ou songer à son mal, et penser passivement ou l'oublier et dormir. Si le sommeil n'était pas l'effet d'un arrêt de l'attention sur l'idée de dormir; s'il n'était pas le résultat d'une action psychique ; mais s'il était la conséquence d'une action physiologique quelconque, il pourrait toujours prendre naissance, lorsque la pensée serait occupée activement, ce que l'on ne remarque jamais.
De ces derniers faits, il ressort donc aussi que le sommeil ordinaire, comme le sommeil artificiel, est le résultat d'un acte intellectuel caractérisé par la fixation de l'attention sur une idée, qui est ordinairement celle de rester en repos. Faute d'une idée principale captivant cette faculté, il n'y a pas possibilité de dormir.
On peut objecter à ce que je viens d'établir, que l'on s'endort malgré soi. Ainsi, un homme laborieux, après
* De la circulation cérébrale dans ses rapporls avec le sommeil, par GirondfHQ. Paris, Leclerc, 1868. p. 46.
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avoir ré^^istl; longtemps, finit par succomber à l'attrait du -ommeil. Cette objection, au lieu de combattre la thèse que je soutiens, vicnl à son appui. Il en est de celui qui s'opiniàtre contre le besoin de dormir et dort comme de celui qui ne peut plus lutler contre le besoin de manger et qui y cède. 11 arriveun moment, et j'en ai fait Texpérience sur moi- môme, où l'on s'abandonne forcément à la néces- ;' site de dormir avec un laisser-aller de l'esprit aussi fatal que celui par lequel on recherche la satisfaction d'une faim pressante ; alors, la pensée de dormir efface d'autant plus les autres, qu'elle est greffée sur un désir violent qui entraîne irrésistiblement la volonté. On objectera encore que le paresseux qui veut se plonger dans le sommeil, ne le peut pas toujours. Il est vrai ; mais c'est parce qu'il a sûrement dans la léte des idées plus prédominantes que celle de dormir. Il en est de même pour tout le monde, lorsqu'on s'est couché indisposé de corps ou en proie à une forte préoccupation.
Hormis le consentement que le plus souvent l'on met à se livrer au sommeil, l'on ne s'aperçoit pas sur soi-même de l'acte intellectuel que l'on fait en s'endormanl. L'habitude prolongée a fini par faire perdre la conscience de la cause psychique pourquoi l'on s endort, de même que Ton perd la conscience du mécanisme des actes par imitation.
Il faut déjà conclure de ce qui précède, qu'il n'y a pas, jusqu'ici, de différence importante entre les phénomènes de formation du sommeil habituel et du sommeil artificiel. Dans l'un et l'autre état, le repos arrive par suite d'un arrêt de l'attention s'accumulant sur une idée ; c'est la pensée qui, dans leur production, joue le plus grand rôle; le besoin de reposer, chez le dormeur ordinaire, n'est qu'une invitation à dormir précédant l'acte véritablement psychique de l'entrée en sommeil. Et ce qui
confirme encore plus leur ressemblance, c'est que les deux sommeils établis se transforment réciproquement l'un dans l'autre. Ainsi le dormeur ordinaire qui est toujours isolé, si on lui parle bas et avec insistance, se met souvent en rapport et présente, par suite, de la catalepsie, répond, etc., comme le dormeur artificiel ; et, à son tour, ce dernier cesse d'être cataleptique, et par conséquent s'isole pour le restant de son sommeil, si on l'abandonne à lui-même ^
Il vient d'être exposé que la cause essentielle du sommeil est un mouvement centripète de la force d'attention qui, des organes sensibles où elle était surtout distribuée, s'est concentrée et s'est arrêtée sur une idée. Du moment qu'une force aussi puissante, en s'ébranlant de la sorte, a pour résultat la manifestation physiologique de l'être la plus importante après celle de la veille, il doit en résulter, de toute nécessité, un contre-coup sur l'organisme ; c'est cette répercussion pendant la période de la formation du sommeil qui va être brièvement examinée.
Lorsqu'on est sur le point de s'endormir, par ce fait que l'attention, d'un côté, s'accumule sur une idée et cesse, de l'autre, peu à peu son action et sur les sens et sur les opérations cérébrales, il arrive qu'en même temps que les sensations s'affaiblissent, le travail de l'esprit devient plus lent et plus embarrassé. Pendant la production du sommeil, ce sont d'abord les sens fermés, le goût et la ,vue, qui perdent de leur délicatesse; puis ensuite l'odorat, l'ouïe et le tact finissent tour à tour par s'émousser, mais rarement au point de ne plus remplir quelque peu leurs fonctions Par cela que les idées sont en germe dans les sensations, comme les fruits le sont dans les
* Voyez plus loia, page 57, où il est démonlré que la catalepsie est le signe d'un rapport.
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lleiir?, et qu'elles sont une conséquence obligée des sensations, il s'ensuit que, les sens éteints, la pensée ne fonctionne plus aussi activement que pendant la veille ; elle finit, non par disparaîlre entièrement, mais par n'avoir (ju'une existence passive ou un mouvement presque automatique. Dès lors que l'attention par les sens n'est plus en activité sur les objets extérieurs et que le travail intellectuel se ralenti!, on ressent une langueur générale et agréable, doux passage des sensations vives et des efforts de la pensée qui fatiguent à cette inertie de l'esprit et à cette insensibilité extrême où les dormeurs arrivent quelquefois. En même temps, les muscles n'étant plus stimulés pour se mettre au service des sens et de la pensée, ils se relàcbent et les membres s'appesantissent. Tels sont les faits que l'on observe, lorsqu'on s'endort du sommeil ordinaire ; ce n'est que, par des expériences répétées et difficiles sur les autres et par une observation minutieuse sur soi-même, que l'on est arrivé à connaître le mode de manifestation et l'ordre de filiation de ces faits.
Voici maintenant les phénomènes que l'on observe sur les sujet que l'on fait entrer dans le sommeil artificiel, lorsqu'il devient profond, phénomènes marquant le mouvement intime et progressif de l'attention vers le cerveau.
Si un autre que l'endormeur expérimente sur les sujets qui arrivent dans cet état de sommeil aux différents moments où se manifestent les phénomènes dont il vient d'être question, on remarque, au début, une résolution générale des membres: ils retombent lourdement, lorsque les personnes présentesles soulèvent et ils restent en catalepsie, lorsque c'est l'endormeur. De plus, la sensibilité cutanée s'éteint peu à peu et elle est parfois annulée : j'ai observé qu'elle commence à disparaître aux extrémités et que c'est toujours la périphérie du corps qui est le plus anesthésiée.