L?: SOMMEIL PROVOQUE
Puis en poussant l'examen plus avant sur les organes des sensations, on s'aperçoit que ce sont les deux sens fermés, la vue et le goût, qui deviennent obtus les premiers ; vient •ensuite l'odorat, sens peu délicat chez l'homme et dont le larmoiement oculaire, pour peu qu'il abonde dans le canal lacrymal, favorise l'affaiblissement. Ce sont l'ouïe et le taet qui s'amortissent en dernier lieu. Quand on emploie les procédés ordinaires et celui des hypnotiseurs, les yeux sont les sens qui perdent leur propriété après tous les autres, parce que, par l'attention à laquelle les endormeurs les condamnent, ces organes sont forcés de veiller les derniers.
La plupart des physiologistes admettent que le tact est le sens dont les fonctions s'éteignent les dernières dans la production du sommeil. Presque seul, Longet a des raisons pour croire que c'est l'ouïe. 11 m'a été possible de m'assurer maintes et maintes fois que l'ouïe s'efface avant le tact. Souvent, j'ai rencontré des dormeurs profonds qui, n'entendant plus la voix des personnes présentes, retiraient, leurs mains à la moindre piqûre d'épingle. J'ai accouché des femmes, mises préalablement dans le repos somnambulique, qui, sourdes aux bruits environnants ou aux questions qu'on leur adressait, ressentaient d'une manière assez vive les douleurs de l'enfantement.
11 est rare que la série des changements physiologiques de l'entrée en repos se déclare généralement sur le même individu. Le plussouvent on n'en observe qu'un petit nombre, et, lorsque la personne que l'on endort a déjà été endormie plusieurs fois, elle peut, de même que le dormeur ordinaire, passer de la veille au sommeil tellement vite que, pour tout phénomène objectifappréciable, l'on ne s'aperçoit que du mouvement d'occlusion des paupières.
Dans les tentatives que l'on fait pour endoi-mir, on ne parvient pas fré({uemment à rendre tous les sens inertes.
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Neuf fois sur dix, dès les premières séances, les personnes soumises aux manœuvres des endormeurs restent plus ou moins influencées ^ Les unes ne vont que jusqu'à éprouver un léger engourdissement; il y en a qui, en en outre, s'aperçoivent qu'il leur est impossible de se remuer; il en est qui vont d'abord jusqu'à perdre l'odorat et quelque peu la sensibilité de la peau; quelquesuns arrivent jusqu'à fermer les yeux et restent assoupis ; on en voit tomber dans un sommeil léger, et d'autres enfin, dans un isolement si profond qu'il est difficile de les éveiller. Ce dernier état d'inactivité, pendant lequel on ne perçoit presque plus les sensations, est toujours l'indice d'un degré élevé du sommeil.
On rencontre aussi, parmi les personnes que l'on cherche à endormir, des sujets qui, à chaque séance nouvelle, parcourent un ou plusieurs degrés des signes de la formation de l'état de repos; tous les jours, avant d'être tirés de leur inertie, ils ont perdu une fonction nerveuse, jusques et y compris la sensibilité tactile.
Des considérations sur les causes et les signes du 'développement du sommeil dont il est parlé dans ce chapitre, il résulte déjà, que le retrait de l'attention des parties du corps où elle était répandue et son accumulation vers le
* Mou expérience actuelle confirme celte asserlion En 1887 et 1888, le chiffre des sujets que j'ai influencés à ma clinique monte au moins à plus de 95 ^ o- '''Q voici le tableau, d'après ma nouvelle classification,
Somnambulisme profond 24 | ^^^i qa »/ 20 4,66 o/°
Somnambulisme léger 92 | -'^)9o 7-> 107 24,94 „/»
sommeil 1res i)rofond. 49 10,12 0/° 31 7,22»/"
Sommeil profond 189 39,04 0/° 154 30,89 0/°
Sommeil léger 73 15,08 0/° 75 17,i8 ,/»
Somnolence, elc 30 7,43 «/» 26 6,06 c/*
Rien produil 21 4,33 o" 16 •3,72./»
cerveau, à l'aide d'une idée, est le caractère principal de la formation de cet état de l'organisme. Il résulte, ensuite, que la distinction du sommeil en ordinaire et en artificiel est sans fondement. Un seul signe paraît différencier ces états : la catalepsie ; mais ce signe, effet d'un rapport établi, peut leur devenir commun. Que l'entrée dans la période de repos ait lieu, naturellement ou d'après des procédés raisonnes, on y retrouve, dans l'un et l'autre cas, les mêmes phénomènes se succédant dans le même ordre. En principe, quelles que soient toutes les modifications organiques du sommeil naissant, elles sont l'effet direct ou indirect d'un mouvement de l'attention sur une idée, c'est-à-dire, d'une action de la pensée. Cette vérité à peine établie ressortira surtout des études auxquelles nous allons nous livrer.