‹ Le sommeil provoqué et les états analoguesChapitre 14 sur 46 · DU SOMMEIL EN GENERAL · texte numérisé non relu

DU SOMMEIL EN GENERAL

Par son afflux sur une idée, et c'est d'ordinaire celle de reposer, parce qu'elle découle naturellement d'un sentiment de fatigue, l'attention s'accumulant et devenant parla de plus en plus inerte, il s'ensuit une diminution plus ou moins marquée des sensations, un arrêt ou un ralentissement du mouvement de la pensée et l'abolitic^n souvent complète des mouvements musculaires ; c'est-àdire, le sommeil. Mais cet état ne se présente pas toujours sous le même, aspect, ce que l'on observe, lorsque l'on jette un coup d'oeil sur les dormeurs, qu'ils se soient endormis par le3 procédés artificiels ou d'eux-mêmes.

Ainsi, parmi les sujets que l'on a voulu endormir, il en est qui ne tombent que dans un sommeil sans profondeur. Ils sont encore sensibles et sortent de leur état au moindre bruit; en s'éveillant, il leur reste le souvenir d'avoir rêvé. On en trouve d'autres arrivant seulement dans un engourdissement très curieux et désignésouslenom de charme ' .

* C'est un état approchant de celui que le Professeur Beaunis a étudié plus particulièrement et qu'il a désigné du nom de veillesomnambulique dans son ouvrage : Le Somnambulisme provoqué. V. page 158- Le professeur Liégeois s'est aperçu le premier que dans un tel état, il y a

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Ceux-ci pensent encore activement et ont une conscience assez nette du monde extérieur; mais si on leur affirme, par exemple, l'impossibilité de parler, de faire certains mouvements, voire même de sentir; ou bien, si on leur suggère ridée d'actes absurdes, ou des hallucinations^ etc., leur attention déjà sans ressort s'immobilise complètement sur les idées imposées, leur esprit les adopte et l'organisme obéit; ce sont de véritables automates placés sur les limites de la veille et du sommeil profond.

Cette disposition à recevoir l'affirmation, ils ne font pas seuls, ils la partagent avec des dormeurs ordinaires, de l'attention desquels on a su s'emparer sans les éveiller et, à plus forte raison, la partagent-ils encore avec les somnambules artificiels, dormeurs plus profonds qui, avant que l'on ne leur suggère des rêves en action, ont les sens éteints, la pensée immobile, les muscles détendus, et ne sont en rapport d'idée qu'avec celui qui les a endormis. C'est chez ces derniers, lorsqu'on les réveille, que l'on trouve un signe important qui difTérencie leur état des états précédents : je veux parler de l'absence de souvenir au sortir du sommeil. Il n'y a plus alors, comme avant, de liaison psychique, mais une solution de continuité brusque du repos à la veille. En ce caractère tranché réside la différence entre l'une et fautre forme du sommeil.

Une chose remarquable, c'est que le dormeur profond présente successivement les deux sortes de sommeil ; si on ne le tire pas du somnambulisme, il passe peu à peu dans un sommeil moins lourd: la concentration de sa pensée diminuant, il en résulte une plus grande mobilité de l'attention; les sensations deviennent de moins en moins ob-

conséculivement et le plus souvent perte de souvenir des actes suggérés, et il l'a appelé : condition secon'.le provoquée — lors du congrès de Nancy, en 1886.

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liises, les idées plus conscientes, et il finit pnr s'iiveiller avec le souvenir des rêves les plus rapprochés de son réveil. Même parmi ceux qui ne reposent que légèrement, on constate aussi le passage graduel d'une certaine concentration de l'esprit et de l'obtusion des sens à plus de mobilité de la pensée et a une sensibilité plus grande. Ainsi qu'on vient de le voir, le sommeil artificiel apparaît donc sous deux formes fondamentales: ou il les présente successivement, ou il les présente séparées; après l'une, il y a absence de souvenir au réveil, le sommeil est profond; après l'aulre, la mémoire des rêves est conservée, le sommeil est léger *.

Eh bien I ce que l'on constate sur les dormeurs artificiels, on le retrouve identiquement sur les dormeurs ordinaires. Chez ces derniers, on rencontre div^ers degrés dans le sommeil ; mais ils se rattachent toujoursaux deux types principaux que je viens de signaler. Le sommeil léger, avec conservation du souvenir des rêves, est l^^ plus commun et celui qui ofTre le plus de difi'érence dans ses modes de manifestation; il varie selon les âges, le sexe,. le tempérament et sur le même individu, selon le degré de fatigue, la température, les habitudes, etc. C'est cette forme que les psychologistes ont surtout étudiée, ignorants qu'ils étaient du sommeil profond connu des magnétiseurs lequel se révèle pourtant sur un grand nombre de dormeurs ordinaires.

^ Lorsque, en 1866, nous écrivîmes ces lignes, nous n'avions distingué que deux sortes" de dormeurs artificiels : ceux qui 8e souviennent et ceux qui ne se souviennent pas. Depuis lors, après avoir endormi des milliers d'individus, nous avons constaté que dans le sommeil provoqué, il y a une graduation insensible de l'état de sommeil le plus léger au plus profond, et nous avons trouvé dans cette transition 6 points de repère, 6 degrés bien tranchés. Ces divisions doivent de même se retrouver dans le sommeil ordinaire. Voyez notre classification à la fin du volume, article B.

En eiïet,il yen a parmi eux qui, après s'être endormis, sont leliement isolés du monde extérieur, qu'afin de les réveiller, il faut les torturer, pour ainsi dire, et qui, une fois revenus à eux-mêmes, ne se rappellent ni d'avoir rêvé ni de ce qu'on leur a fait. Il en est d'aulres, isolés semblablement, qui ne présentent plus une aussi parfaite immobilité de corps et qui mettent leur voix au service de pensée>, ou mieux, de rêveries habituellement assez raisonnables. Si on les éveille, ils ne se souviennent aussi de rien. Evidemment, les dormeurs de cette catégorie doivent encore être rangés au nombre de ceux qui reposent d'un sommeil profond. Sans parler des somnambules essentiels, les seuls dont on se soit occupé et qui sont les types des dormeurs du même genre, on peut en découvrir d'autres dans le sommeil habituel, qui paraissant ne pas être endormis profondément, le sont en réalilé. Gomme il y a un sens, le tact, qui ne s'éteint jamais complètement, il est possible, en suivant le procédé employé par le général Noizet \ de se mettre en rapport à l'aide du toucher, avec quelques personnes endormies. Il suffit, au début du sommeil,' pour en obtenir des réponses, de leur appliquer la main, pendant deux à trois minutes, sur le front ou sur une autre partie très sensible du corps ; au réveil, ils ont tout oublié. Voici ce qui se passe : le tact étant le sens qui s'amorlit le dernier, il se produit un appel d'attention vers la partie du corps que Ton touche et qui est stimulée ; la sensation éprouvée amène une élaboration de pensées, l'ouïe est sympathiquement excitée €t, à la suggestion de parler, la personne endormie entre en conversation. Tous ces dormeurs à sommeil profond, qu'ils traduisent ou non leur pensée par la parole ou l'ac-

^ Mémoire sur le somnambulisme, p. 193. Paris, PIoq frères, 1854,

Dr SOMMHIL EN GENERAL Ho

tion, n'en gardent aucun souvenir, si on les éveille alors; mais si on les abandonne à eux-mêmes pourqu'ils puissent naturellement sortir de l'élat où ils se trouvent, ils passent, par degrés, vers la forme de plus en plus légère du sommeil, et, au réveil, ils se rappellent seulement des rêves qu'ils viennent de faire dans cette dernière période du repos.

D'après ce coup dœil jeté au vol sur le sommeil, il ressort que, de quelque manière qu'il naisse, il se présente sous deux aspects: ou il est profond, ou il est léger. Profond, il se manif*^stede deux façons: par suite de l'arrêt ou du ralentissement de l'attention sur des idées, il y a abolition des fonctions des sens et du système locomoteur; ou bien la pensée, entrant en mouvement avec l'énergie proportionnelle à sa concentration, certains sens et certaines parties du système musculaire se mettent à son service, et il en résulte le rêve en action, si étrange, connu sous le nom de somnambulisme. Dans l'un et l'autre cas, il y a perte des souvenirs au réveil. Quand, au contraire, le sommeil est léger, les sens ne sont pas fermés, ils ne sontqu'affaibliset les musclesqu'appesanlis. C'estqu'aussi, dans cette forme, l'attention peu accumulée au cerveau est encore stimulée par les sensations et, consécutivement, la pensée ralentie est moins concentrée que dans la forme précédente, et elle a, de plus, moins d'effet sur l'organisme ; les rêves ne s'y traduisent jamais par des mouvements réguliers, parce que les idées sont moins nettes, moins bien formulées, pluschangeantes et exprimées avec moins d'énergie. Ce sommeil laisse toujours dans la mémoire le souvenir des rêves que l'on a faits, principalement de ceux qui devancent le réveil.

Les psycbologistes ont bien entrevu les deux phases successives du sommeil ; ils ont écrit que, dans la première, les sensations, le mouvement de la pensée et les LE so:.:msil 1*

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