‹ Le sommeil provoqué et les états analoguesChapitre 18 sur 46 · DU SOMMEIL LÉGER · texte numérisé non relu

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un point de rapport, entre lui et le somnambulismesur les limites duquel il est et dont il ne diffère, que parce qu'il reste dans la mémoire après le réveil; la nature ne fait pas de saut. Aussi, à cause de cette ressemblance, nous nous étendrons un peu à ce sujet : ce sera une préparation à ce que nous émettrons plus loin. Ce rêve marque d'ordinaire les commencements du sommeil léger, moment où, dans cet état, il y a le plus d'attention accumulée sur une idée. Dès que, en affluant sur l'idée de reposer, cette force est devenue inerte àson rôle passif, il arrive parfois, avant de s'endormir ou lorsqu'on s'endort et si resfjrit a été fortement tendu, que les occupations de la pensée passentsans transition de l'état de veille à la période du repos; le mouvement psychique se continuant se fait alors au moyen de la plus grande partie de l'attention accumulée, mais mise sur un thème à développer; l'impulsion antérieurement imprimée à la pensée par une suggestion inconsciente continue donc son chemin et, de plus, le travail intellectuel, non troublé par les distractions des sens, s'élabore avec une sûreté de déduction qui surpasse quelquefois le travail de la veille et qui ne se remarque jamais dans les rêves les plus communs.

Ou a observé dans ces sortes de songes, et c'est parce que l'attention employée à leur élaboration est fortement concentrée, que si l'on se remémore des idées-images, la représentédion que l'on s'en fait se rapproche de la réaUté à tel point, qu'en s'éveillant, on n'arrive pas à différencier ces idées-images des objets qu'elles rappellent. C'est qu'en ce moment, chez le dormeur, l'attention réagit avec d'autant plus de vigueur qu'elle est accumulée: et si la sensation centrifuge est égale à la sensation centripète, c'est que cette force retrouve, au moins, la puissance qu'elle avait lors de la perception primitive de l'objet de l'idée-image. Dans le rêve en question, plus l'action nerveuse est éner-

gique sur le centre cérébral, plus elle est affaiblie vers les sens; elle est tellement amoindrie clans ces derniers organes, qu'elle ne peut plus guère être cause d'incohérences et de divagalions aussi fréquentes que dans la plupart des rêves ordinaires. Aussi, au lieu d'élre à la remorque des sens externes et internes; au lieu de flotter au hasard dans toutes les directions, de papillonner dans le champ de la mémoire, le rêveur qui a Tesprit concentré sur un sujet d'occupation de la veille poursuit son travail avec une sûreté de raisonnement qui, parfois, n'est pa3 indigne d'un homme éveillé.

Disons-le par anticipation, de même que le somnambule artificiel qui, immobile dans sa pensée, mais ayant reçu l'impulsion de mouvoir son attention captive dans un cercle d'idées, ne peut empêcher celle-ci de s'ébranler et de broder le canevas du thème qu'on lui donne, et cela avec une logique d'autant plus serrée que sa concentration est plus grande; de même le dormeur léger, placé dans des conditions qui se rapprochent de celles du somnambule, donne des développements suivis à un rêve qui n'est qu'une continuation transmise de ses préoccupations de la veille ; chez le premier, il y a suggestion du sommeil au sommeil ; chez le second, il y a suggestion delà veille au sommeil; voilà presque la seule différence entre les rêves de l'un et de l'autre.

Il est connu depuis longtemps que si l'on s'endort dans l'idée qu'un travail parfaitement conçu se fera pendant le sommeil, il arrivera que les pensées continueront leur' cours sur le même sujet et qu'au réveil, ce travail aura marché ou sera fini. Gomme alors l'esprit est plus concentré, moins distrait parles sens, il fera surgir des idées, il créera, il déduira avec une sûreté d'action quelquefois supérieure à celle qu'il a dans l'état de veille. S'endort-on avec la pensée de s'éveiller à une heure fixe ? L'on compte

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le lem[»s el J"on se révoill(3 à quelques minutes près \ S'endort-on avec calle de résoudre un problème? En sortant du soniineil, on est étonné d'en avoir trouvé la so lution. S"end()rt-on avec celle d'avoir l'inspiration poéti(pie? On trouve, au réveil, que le feu sacré s'est allumé et que l'on a été plein de verve. C'est dans des rêves semblables que Galien trouvait d'heureuses inspirations médicales, que Frandklin devinait l'issue des affaires, que Burdach découvrit la loi d'alternation fonctionnelle des organes, etc. Un de nos professeurs nous recommandait de répéter nos l"çons avant de nous livrer au repos, pour que nous les sussions mieux le lendemain. Plusieurs d'entre nous se trouvaient bien de cette habitude ; par une suggestion inconsciente, il s'opérait un mouvement intellectuel qui fixait la leçon apprise, avec plus de force encore, dans la mémoire. Depuis il nous est arrivé plusieurs fois, au réveil, d'avoir des idées paraissant spontanées, qui nous éclairaient sur des faits que nous avions vus ou sm^ le sens de paroles que nous avions entendues. Là où nous n'avions d'abord supposé que de l'insignifiance, il nous apparaissait, le lendemain, une liaison dans les faits, une signification dans les paroles et même le son de la voix qui nous mettait sur le chemin de projets ou d'intrigues.

C'est aussi à des rêves de la sorte qu'il faut attribuer les prodiges de mémoire des dormeurs. Quand l'attention accumulée et mobilisée se replie dans le domaine des souvenirs, elle fait souvent revivre des impressions mémorielles qu'on croyait effacées depuis longtemps et, avec d'autant plus de facilité, qu'elle ne se porte que peu vers les sens. C'est que, dans ces rêves, le champ de l'attention

* Nous connaissons parliculièrement un homme veuf depuis peu, lequel s'éveille tous les jours à trois heures du matin, moment où il a perdu sa femme.

étant rétréci, la mémoire n'en est que plus développée : il arrive alors que l'on se trouve dans une silualion analogue à celle des individus privés d'un ou plusieurs sens, lesquels portant toute leur attention au cerveau sur une , moindre étendue, ont une mémoire très développée et très fidèle. Voilà pourquoi il renaît de ces souvenirs étranges qui font croire souvent à ceux qui en sont le sujet que, dans le sommeil, ils sont doués de la faculté de divination. M. A. Maury ^ cite des faits remarquables de mémoire pendant cet état, et M. Macario - en relate aussi plusieurs.

Nous croyons devoir en signaler un, à cause de son caractère merveilleux. Une de mes clientes m'a raconté qu'une nuit, pendant qu'elle se noyait en songe, un homme qui se trouvait là, parmi la foule, se jeta à l'eau et l'en retira. Tandis qu'elle le considérait avec gratitude, elle entendit une voix qui prononça le nom de son sauveur. Ce songe pénible restait encore dans son esprit avec ses circonstances principales, lorsque plusieurs années après, elle fut tout étonnée de voir entrer dans son établissement le héros de son rêve. Immédiatement, elle alla demander à ce nouveau venu s'il ne s'appelait pas Olry, c'était le nom qu'elle avait entendu prononcer; la réponse fut affirmative et vint encore ajouter à sa surprise. Cette femme est depuis lors demeurée convaincue d'avoir deviné cet homme sous l'influence d'une intelligence supérieure. Ce fait est pourtant naturel. La rêveuse avait dû autrefois connaître ce personnage, car il n'habitait qu'à 12 kilomètres de chez elle ; et, dans son sommeil, elle retrouva son nom et le type de ses traits, chose que son attention, faute d'être accumulée, n'avait plus été susceptible de faire apparaître pendant la veille.

1 Du Sommeil, p. 117, 1861. Paris, D'uHt-r.

^ Du Sontmeil, p. 62, 1857, Lyon el Paris, Périsse frères.

Dr soMMKiL lk<;i:r :v.)

Si ia bouche e^t close ; et si malgré la pression des excréments et de l'urine, les sphincters de l'anus et de la vessie restent fermés tout le temps du sommeil; si l'oiseau dort sur ses pattes, n'est-ce pas parce qu'en s'endormant, l'attention accumulée de celui qui dort s'est mise en arrêt, non-seulement sur l'idée de dormir ; mais aussi sur les idées de contracter les muscles qui président au remuement des lùvreg, aux actes de la défécation, de l'émission des urines et de la station debout, de la même fanon qu'elle se met en mouvement sur celles de la trame d'un songe, par une espèce de transition raisonnée et se continuant par suggestion de la veille au sommeil? N'est-se pas aussi de même, à cause d'une idée fixe devenue permanente, idée née pendant la veille et abstractive de certains sons, que l'on repose bien, malgré les bruits les plus agaçants; tels sont ceux qui proviennent du tumulte de la rue, des mouvements de machines?

11 y a donc une seconde espèce de rêve dans le sommeil léger, rêve souvent bien suivi, ce qui est la preuve qu'il est le fruit d'une action de l'attention déjcà en grande partie accumulée. Il résulte d'un mouvement suggestif de la pensée se prolongeant, sans solution de continuité, de la veilleau sommeil; et ilest d'autantplusraisonnable queles sens amortis et peu excités, par ce qu'il y reste d'attention libre, n'apportent plus de causes de distractions à l'esprit.

La conclusion de ce qui précède, c'est que, dans le sommeil léger, une partie de l'attention, en se portant sur une idée, celle de reposer, s'y accumule et s'y met en arrêt. Une autre partie de l'attention, et c'est la plus grande, reste hbre sur les sens et sur les idées mémorielles ; mais elle est devenue folle, sans frein dans son action, par suite de son affaiblissement. C'est cette dernière partie qui crée la trame des rêves les plus communs. La force nerveuse,

dimiriLiée par le cùté où elle est libre, est donc par suite paralysée dans son mouvement ; elle se porte encore aux sens amortis et dans le champ de la mémoire, mais sans efforts volontaires et d'une manière automatique: d'où des rêves diffus, vagues et à éléments d'autant plus ternes et plus variés que les sources où elle puise sont plus nombreuses. Y a-t-il, au contraire, plus encore de cette force portée sur la même idée fixe de dormir, et c'est nécessairement aux dépens de celle qui était libre et distribuée dans les sens, les rêves deviennent alors les fruits des seules sensations qui ne sont pas éteintes et des idées les plus récemment mises dans la mémoire ; ils sont moins incohérents, plus suivis, puisque le champ des distractions est moins vaste. Enfin, dans cette seconde espèce de rêveS; ce que l'on remarque souvent, si une impulsion est transmise à la pensée de la veille au sommeil, il arrive qu'une grande partie de l'attention en arrêt sur une idée se mobilise et est entraînée à la continuation du mouvement psychique; le dormeur, moins distrait par les sens, suscite des souvenirs, même eff'acés depuis longtemps, et coordonne des opérations intellectuelles quelquefois supérieures à celles de la veille.

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