‹ Le sommeil provoqué et les états analoguesChapitre 20 sur 46 · Ô LE SOMMEIL PROVOQUE · texte numérisé non relu

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et ses bras retombent. Le second, la catalepsie ou l'immobilité des membres dans la position où les laisse l'endormeur, est la conséquence du rapport existant entre lui et son sujet: ce dernier, pur automate, accepte nécessairement de son endormeur toutes les idées qu'il lui impose par le toucher aussi bien que celles qu'il en reçoit, soit par le geste, soit par la parole; comme il est incapable par devers lui de passer d'une idée à une autre, à cause de Tim possibilité où il est de faire un effort de volonté, son esprit s'en tient à l'idée qu'on lui suggère finalement, et, du moment que c'est celle d'avoir les bras dans l'extension, il les garde étendus. Pour les changer de place, l'endormeur est quelquefois obligé d'attendr? unpei, jusqu'à ce que le rapport s'établisse; de plus, en les déplaçant, il sent presque toujours une légère résistance, qui tient à ce que son sujet n'aide pas au mouvement par la volonté, mais cède seulement à l'impulsion transmise. Le troisième, la rigidité des membres en catalepsie pour les personnes qui ne sont pas en rapport avec le dormeur, est due, d'abord, à ce que celui-ci a l'esprit arrêté sur l'idée de tenir ses bras dans la position qui leur a été marquée précédemment ; et, ensuite, à ce qu'étant trop isolé des personnes qui le louchent, il n'en subit pas la suggestion. Et si de plus, ses membres fléchis de force reviennent à la place qu'ils occupaient c>)in;'ne s'ils étaient mus par un ressort, c'est que son attention est restée immobile sur l'idée de les tenir là où son endormeur le lui a suggéré préalablement; on a pu changer leur position; mais la preuve que l'on n'a nullement agi sur le cerveau, c'est qu'ils retournent d'eux-m 3m ^s où ils étaient.

La catalepsie est donc chez les somnambules latraduction en signe d'une idée imposée; c'est un résultat obligé de l'immobilité de la pensée. Cette inertie d'un membre, effet d'un arrêt de l'attention sur une idée, ne démontre-

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t-elle pas que l'ineclie du corps dans le sommeil est ausai l'efleld'un arrêt ou au moins d'un fort ralentissement dans le mouvement de la pensée? il arrive aussi qu'en multipliant les rapports d'un d(jrmeur,on excite sessens et l'on donne ainsi aux assistants le pouvoir de développer sur lui la catalepsie. Il faut encore conclure que si un malade la présente avec tous ceux qui le touchent, c'est qu'il est doué d'une certaine sensibilité, bien qu'il paraisse insensible, et qu'il a peut-être une conscience étendue de ce (jui se passe autour de lui.

L'obtusion des organes de sensation prouve que les idées n'enlrent plus activement dans le cerveau des dormeurs ; l'absence de mouvement est la preuve que leur esprit inerte ne transmet plus d'ordre au système musculaire; leur mise en rapport avec ceux qui les entourent démon'rc que, par eux-mêmes, bien qu'il y ait des excepli.ns, ils ne sont pas capables d'initiative pour reprendre le gouvernement de leur sens et le fil de leurs idées ; enfin la calalapsie, en outre des preuves qui précèdent, est la démonstration la plus palpable de l'immubilité de leur pensée.

Les phénomènes dont nous venons de nous occuper pourraientsuffire pour étayer cette opinion, qu'au moins, dans le commencement du sommeil profond, l'esprit est dans un état d'inactivité qui paraît à peu près complet. Nous avons cherché encore à connaîtresi des témoignages de somnambules fortifieraient cette manière de penser. Quelque temps après les avoir mis dans le sommeil et les y avoir laissés sans les distraire, nous demandâmes à plusieurs ce à quoi ils pensaient : pas un ne nous dit qu'il rêvait ; ceux que nous avions endormis, dans le but de les guérir, nous donnèrent la réponse qu'ils ne songeaient qu'à leur guérison ; d'autres répondirent qu'ils pensaient à nous, et il y en eut qui nous assurèrent ne

penser à rien. Nous finîmes par nous apercevoir que ceux qui répliquèrent de celte dernière façon étaient les plus insensibles, et parlant, les plus endormis ; évidemment, en faisant une telle réponse, ils ne croyaient pas, au moment même, songer à quelque chose; mais ils n'avaient pas moins une idée dans l'esprit ; ils pensaient à nous, puisqu'ils répliquaient à nos demandes.

Bien qu'il Foil difficile d'obtenir sur leur élat de bons renseignements des dormeurs profonde, nouscro3'ons que les réponses que nous en obtînmes furent l'expression de la vérilé ; d'autant plus que nous évilâmes de fausser la conscience de ce qu'ils éprouvaient dans leur for intérieur, en prenant la précaution, au moment où nous leur fîmes des questions, de ne pas leur suggérer d'idées autres que celles qu'ils pouvaient avoir.

Aussi, de ces expériences, il faut conclure que les dormeurs ont, pour la plupart, la consciencequ"il pensent et que leur activité mentale, quand elle n'est pas réveillée, esta peu près nulle, ce que dénote l'absence de rêve dans leur esprit et l'immobilité de leur corps, immobilité dont l'origine remonte au moment où ils ont fixé leur attention sur l'idée de dormir. Chez quelques-uns fattention s'est tellement arrêtée sur une seule idée qu'elleéchappe à leur conscience ; ils ne peuvent l'y saisir, faute de pouvoir évoquer une autre idée comme point de comparaison, ou faute d'une solution de continuité quelconque qui la rende évidente. Ainsi le témoignage des somnambules corrobore les donivées que nous avions déjà de l'ineitie presque entière de l'esprit au commencement du sommeil profond, et il prouve encore que, si la pensée n'est pas toujours active, si elle s'immobilise entièrement, elle ne s'éteint iamai.-.

Pendant le sommeil où le travail intellectuel est ralenti ou arrêté, l'attention, accumulée vers son pôl? passif, ne

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se portant plus que faiblement sur les sens, et l'appareil musculaire ne recevant plus d'ordres ; bref, l'excitation par Tattenlion et la pense'e ayant énormément diminué, ce ne sont pas seulement les fonctions de la vie de relation qui en reçoivent le contre-coup; ce sont encore les fonctions de la vie nutritive. C'est que ces deux vies sont solidaires, et que l'atlenlion, en se concentrant consciemment au cerveau, entraîne aussi de son coté, outre celle qui est distribuée aux sens, une partie de la force de même nature répandue dans les organes soumis à l'influence du nerf grand sympathique. Par cette raison, dans le sommeil profond surtout, les mouvements respiratoires deviennent moins fréquents, la circulation se ralentit et la température du corps s'abaisse ; d'où il suit encore, l'hématose diminuant, qu'une sensation de froid s'eiïipare de tout le corps: cette sensation, certains dormeurs l'accusent en s'éveillant, parce qu'alors, ils peuvent seulement la sentir. Nous avons vu, même au mois de juin, un de nos somnambules grelotter après son réveil et courir au soleil pour se réchaufl'er. Il s'était évidemment refroidi dans son sommeil ; car nulle autre, parmi les personnes présentes, tout en étant restée dans l'inaction, n'éprouvait semblable besoin. Cet effet de l'entraînement de l'attention de la vie végétative et inconsciente par sa congénère, met les dormeurs profonds dans un état d'amoindrissement de l'activité nerveuse, comparable à celui où sont arrivés certains malades, les hommes affaiblis, les vieillards, gens se plaignant toujours du froid. Mais ce ne sont pas Feulement les phénomènes respiratoires et d'hématose qui perdent de leur énergie pendant le repos : les mouvements de déglutition cessent, les contractions péristaltiques des muscles de l'estomac et des intestins languissent, et c'est la diminution des s(M\sations, en apparence inconscientes, et point de

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dépari de ces mouvements musculaires réflexes amoindri qui est la cause de ces résultats. De plus, les sécrétions sont moins actives, les évacuations alvines sont plus rares, la digestion se fait avec plus de difficulté et de lenteur, à tel point qu'elle demande le sommeil pour combler la dépense de force nerveuse, lorsque son travail a lieu penilant la veille; somme toute, tant que dure le sommeil profond, une forte parlie de l'attention étant inactive, l'organisme en entier se repose.

Il n'est pas inutile de dire que cette sédation générale du système nerveux est précédée parfois d'une perturbation causée par l'effort que le dormeur artificiel fait pour s'endormir: telle est la gène de respirer, par exemple. Ce dérangement fonctionnel passager, est le trait d'union entre la période d'activité et celle de repos, comme le mouvement fébrile initial des pyrexies est souvent le lien entre les états de santé et de maladie. Les lois qui président à la formation de certaines affections morbides, on les devine parfois dans un de leur mécanisme, lors de la production du sommeil artificiel. Ainsi, dans ce dernier cas, c'est l'attention employée à faire naître le sommeil qui, en s'ébranlant quelques instants avec trop d'énergie, amène une réaclion transitoire entre les temps de la veille et du repos ; de même, dans la formation des maladies fébriles, il n'est pas illogique et déraisonnable d'admettre que le frisson intermé diaire entre la santé et le dérangement organique est l'indice passager d'un déplacement brusque de la force nerveuse, déplacement dont, à vrai dire, il est difficile de se rendre compte, parce qu'il est inscient.

Les physiologistes se sont efforcés de trouver la cause de la sédation du système nerveux pendant l'état de repos. Au lieu d'en c'iorcher l'explication dans une révulsion psychique, ils sj sont perdus dans des hypothèses.

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La théorie la plus généralement admise est celle qui attribue le sommeil à une congestion sanguine passive. On arépétéque, dans cet état, si les fonctions cérébrales sont rudimentaires; si le pouls et les mouvements respiratoires sont ralentis, ainsi que d'autres fonctions organiques, c'est que l'excitation, dont le cerveau est le point de départ, est diminuée par l'efTet de la compression de ce centre nerveux. S'il y a une ressemblance entre l'état de l'esprit et du corps, pendant le sommeil et l'état psychique et organique qui accompagne la congestion cérébrale, c^la tient à ce que la compression du cerveau, 'dans la congestion, empêche la pensée de se manifester et l'innervation de se bien accomplir ; mais ce n'est pas une raison pour en induire que le repos du corps est l'efTet d'un afflux congeslionnel vers l'organe delà pensée. Si le cerveau devait se congestionner, ce devrait être plutôt pendant la veille, lorsqu'il y a fatigue de cet organe; là où il y a app'^1, il y a afflux. Mais comprend-on une congestion sanguine passive au cerveau, chez des personnes qui dorment à volonté du sommeil ordinaire et s'éveillent un moment après ; ou chez des personnes qu'on endort artificiellement et réveille dans un court espace de temps, sans qu'elles paraissent ensuite moins dispos? Comprend-on un afflux de sang dans la boîte crânienne, naissant et disparaissant avec une pareille rapidité? Ensuite, a-t-on jamais vu, dans quelle congestion cérébrale que ce fût que ceux qui en ont été frappés fussent, après coup, devenus immédiatement plus alertes qu'auparavant, et que leurs forces fussent réparées, ainsi qu'à la suite du sommeil?

Ce que l'on peut dire de mieux sur la circulation pendant le sommeil, c'est que dans cet état le cerveau reçoit moins de sang que pendant la veille, parce que la pensée y est devenue moins active, et ce qui le prouve indirectement, c'est que l'activité de la circulation est toujours plus

rapide, dans des glandes excitées, dans des muscles en fonctionnement, que lorsque les uns et les autres sont en repos.

ABOLITION DE L ACTION REFLEXE CONSCIENTE ET DES FONCTIONS VÉGÉTATIVES LIÉES AUX SENSATIONS. — SENSATIONS EN APPA- RENCE INCONSCIENTES. — ACTION DIVISÉE ET SIMOLTANÉE DE l'AT- TENTION SUR LES DIVERSES FONCTIONS DES SEXS ET DU CERVEAU, — INITIATIVE DES DORMEURS.

Étant donné un dormeur plongé dans le sommeil profond, il arrivera, si on le pince, si on lui irrite la peau de quelque manière que ce soit, que, contrairement à ce qui se passe pendant la veille, il n'accusera, par aucunecontraclionmusculaire, l'impression qu'on aura voulu lui faire éprouver. 11 en sera de même si on lui fait passer sous le nez des gaz irritants: il ne se produira ni mouvement involontaire ni même aucune inflammation et aucune hypersécrétion de la muqueuse. Si l'on introduit du tabac en poudre dans les fosses nasales, Féternuement n'aura lieu qu'après le réveil. En répétant sur les organes du goût et autres sens des expériences analogues à celles qui précèdent, l'absence de marque de sensibilité est identique pour chacun d'eux. On sait jusqu'à quel point l'homme est sensible aux secousses électriques. Je soumis un jour une de mes somnambules au plus fort courant du petit appareil de Gaifie ; c'était une jeune fille qui, éveillée, ne pouvait résister h un léger dégagement de fluide ; elle put tenir les poignées des fils conducteurs avec faci-

lité et eUe n'accusa qu'un peu de chaleur à la paume des mains ; sauf un mouvement de pronation des avant-bras au début, l'on aurait pu croire à l'absence de toute action réflexe. Quand on le lui suggéra, elle échappa les conducteurs aussitôt, ce que, pour le morne courant, n'avaient pu faire des personnes éveillées moins nerveuses qu'elle, tant les contractions musculaires de leurs mains sur les poignées de l'appareil étaient violentes.

Ces quelques faits sont la démonstration que lorsque l'attention, abandonnant en grande partie les organes sensibles, s'est mise en retraite vers le cerveau, il en résulte que les elTets réflexes sur le système musculaire, lesquels étaient amenés involontairement par des sensations conscientes, sont abolis ou de beaucoup diminués; il en résulte de plus que certaines fonctions végétatives liées simpathiquement aifx sensations cessent aussi de se manifester. Ainsi, quand il n'y a plus d'impressions vives sur les nerfs sensitifs, il n'y a plus ni mouvement consécutif, ni irritation, ni hypersécrétion. Ces faits permettent d'entrevoir que c'est la même cause, l'absence d'impression, qui explique pourquoi un vésicatoire est sans action sur un membre entièrement paralysé ou sur les mourants ; et pourquoi encore un purgatif est sans eff'et sur les vieillards décrépits dont la muqueuse intestinale a perdu sa sensibilité. De cette propriété qu'ont les dormeurs d'être insensibles à l'excitation réflexe ou sympathique, il découle que, par lui-même, le sommeil répété souvent ou continué longtemps, peut être un moyen utile dans le traitement des aiTections où il y a hyperesthésie des sens, avec contractions musculaires ou suractivité des fonctions organiques.

Si les actions réflexes sont suspendues chez les dormeurs, c'est qu'ils ne possèdent plus assez d'attention vers les sens pour que, à leur su, il s'y produise des impres-

sions manifestes ; alors, le pouvoir récepteur du cerveau reste donc, au moins en apparence, inactif dans cette direction. Les actions réflexes et conscientes d'impressions senties et perçues produisantdes mouvements musculaires renferment ces termes inséparables: attention, sensations, perceptions et idées-images gravées en même temps dans la mémoire ; c'est-à-dire, les principes primitifs et essentiels de la pensée. Quoique l'on n'ait pas la connaissance intime des mouvements réflexes de la vie organique, ces mêmes phénomènes sont la démonstration que l'impression est à leur point de départ ; l'existence de celle-ci implique l'attention et une perception dans un centre nerveux qui ne peut être que le cerveau ; s'il y a perception, il y a sensation et idée mémorielle ; or, pourquoi, si l'on entrevoit les trois éléments de la pensée dans un acte accompli par des organes soumis à l'influence du nerf grand sympathique , pourquoi, dis-je, une action delà pensée, insciente il est vrai, ne s'élaborerait-elle pas aussi au cerveau et ne se formulerait-elle pas partout dans l'appareil de la vie nutritive ? Elle y apparaît embrassant toute l'économie à la fois et y agissant, d'une manière permanente et intelligente ; non seulement dans la régularité des contractions du cœur, des vaisseaux et des mouvements péristaltiques du tube digestif; mais encore dans l'harmonie continue des fonctions assimilatrices et désassimiiatrices, et dans la conservation de l'étonnante structure du corps. Parce que l'on ignore consciemment cette pensée et les actes accomplis sous son influence, ce n'est pas une raison pour la nier; c'est un motif pour admirer la prévoyance de la nature qui fait accomplir en silence et sans participation de notre volonté, un travail intelligent où la moindre distraction serait la maladie ou la mort.

Quoique l'attention, créatrice des sensations et condi-

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lion des actions réTlexes, aftliie pendant le sommeil dans le foyer mémofiel et y paraisse eomme immobilisée et ne veillant plus dans les sens; il ne faut cependant pas croire, parce que l'on n'éprouve plus alors de sensations apparentes, que les organes sensibles sijient tout à fait fermés. Dans rélat passif le plus profond, il y a encore et loujours, à l'insu des dormeurs, des sensations qui viennent se déposer dans leur mémoire sous forme d idées images. J'avais l'habitude de laisser une de mes somnambules, les yeux conlinuellement ouverts et, malgré cela, elle paraissait isolée de tous les assistants, excepté de moi. Une fois, sans qu'elle semblât nullement se douter que l'on s'occupait à la dépouiller de sa bague, de son fichu, de ses souliers et du contenu de ses poches, pour s'amuser de sa surprise au réveil, je m'avisai, par ordre écrit, de faire cacher au loin un des objets qui lui avait été enlevé et je lui demandai ensuite de m'indiquer où il se trouvait. Elle me répondit fort bien qu'elle ne l'avait plus, me nomma la personne qui s'en était emparée, bien que, au moment du dépouillement, elle n'eut pas eu l'air de s'apercevoir de quelque chose ; mais il lui fut impossible de désigner où cet objet avait été caché. Cette particularité de donner des renseignements exacts sur ce qui s'était passé près d'elle me porta à penserque cette somnambule n'était pas restée entièrement insensible pendant son isolement Je fis aussitôt mettre non loinde sesyeux, loujours par écrit, un des autres objets qu'on lui avait enlevé et je m'assurai bien qu'elle n'avait pas paru remarquer cv. que l'on avait fait devant elle. Cette dormeuse, qui s était laissée dépouiller sans mot dire et dont les yeux immobiles avaient l'air d'être éteints, désigna immédiatement, sur ma demande, dans quel endroit on avait déposé cet autre objet. Depuis lors, j'ai répété des expériences du même genre sur des dormeurs que j'avais toujours crus parfaitement isolés, et

j'ai été de plus en plus confirmé dans cette opinion quCj chez les dormeurs profonds, les sensations ont encore lieu, mais, comme à leur insu, au moment même, et sans qu'ils puissent manifester par un signe quelconque qu'ils éprouvent en réalité ces sensations; il ne leur reste plus assez d'altention à porter vers son pôle actif pour leur permettre la moindre manifestation à propos de ce dont ils ont pourtant une conscience réelle.

Le rappel d'une sensation, insciente en apparence lors de sa formation, peut même remonter à un sommeil antérieur. Pendant qu'une de mes meilleures somnambules dormait, elle reçut la visite d'une de ses connaissances qui, après lui avoir adressé la parole, secoué les bras et crié aux oreilles sans en obtenir un mot, se retira tout étonnée d'une pareille impassibilité. Quelques jours après, je demandai à cette somnambule, endormie de nouveau, de se remémorer ce qu'elle pourrait de son sommeil précédent: elle en vint à me raconter, dans ses détails, l'incident dont je viens de parler et duquel elle n'avait nullement paru se douter. Mais elle ne put savoir comment elle connaissait ce qu'elle avait pourtant senti et entendu, elle prétendit le deviner par une intuition propre. Une autre dormeuse, sourde aux demandes qu'on lui avait adressées, fut plus précise dans son explication. Quand je lui eus demandé de faire un retour sur les particularités de son rêve et qu'elle eut rappelé les questions auxquelles elle n'avait pas répondu : elle m'assura avoir entendu; mais n'avoir pas eu assez d'initiative pour y répliquer. Évidemment, chez celle-ci, l'attention avait été plus active vers les sens que chez la précédente, dont les sensations plus obscures avaient été moins conscientes. L'impossibilité de faire effort pour réagir, suite ellemême de l'accumulation de la force nerveuse au cerveau: telle est la cause pourquoi les somnambules paraissent

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isolés Celle explication est confirme'e par ce fait d'une femme chloroformée qui, revenue à elle, se rappela des outrages violents qu'un dentiste lui avait fait subir et qui déclara, devant la justice, n'avoir pu s'opposer, soit en se défendant, soit en criant, aux manœuvres dont elle avait élé victime. Un autre fait que j'ai observé plusieurs fois confirme aussi l'existence des sensations chez les dormeurs paraissant isolés. Si, après avoir laissé les bras d'un somnambule en catalepsie sans qu'il ait manifesté, tout le temps, la moindre impression sensible dans ses membres, on le réveille au bout d'une durée assez longue de leur extension, il arrive qu'au sortir du sommeil, il y accuse de la lassitude. Ce sentiment de fatigue a lieu, parce que, l'organisme revenant à son état ordinaire, l'attention massée au cerveau reflue sur la partie auparavant en souffrance et transporte à la conscience une sensation qui, avant le réveil, n'y arrivait que très faiblement. C'est aussi parce qu'il ressent moins la sensation de la fatigue, que ce dormeur, ainsi qu'il est facile de le constater, garde alors plus longlemps ses bras dans une position horizontale que lorsqu'il est éveillé.

De cette dernière particularité, il faut tirer la conclusion que l'on souffre réellement moins dans l'état de repos que dans l'état de veille; et, en effet, un somnambule, ainsi que nous l'avons vu, peut tenir ses bras en catalepsie dix à trente minutes, et il est moins las à son réveil que si, dans la vie active, il les a gardés étendus seulement trois à quatre minutes. Il s'ensuit encore de ce fait, que le travail de la période d'inaction n'épuise pas autant que le travail de la période d'activité et que le sommeil, état de retraite de l'attention, est déjà ainsi un réparateur des forces, puisque la perte nerveuse qui s'y fait est seulement en rapport avec ce qui reste d'attention libre dans les organes.

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