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Ce que je viens de dire du tact peut s'appliquer aussi -aux autres sens. Je le répète, pendant que presque toute l'attention des dormeurs afflue vers le siège de la pensée, il leur en reste encore une partie qui veille aux sensations d'une manière obscure; ces sensations, ils les éprouvent donc, mais ils ne peuvent en donner des signes, faute d'être capables d'en faire reffort. En outre, ces sensations sont plus faibles que lorsqu'ils les éprouvent dans la veille ; elles les épuisent moins et si elles redeviennent ensuite présentes à leur esprit avec clarté, cela tient à ce que, par suggestion, l'on a fait reporter sur le foyer mémoriel toute leur force d'attention devenue accumulée. 11 •en est, ici, de la réapparition des sensations paraissant inscientes comme de celle des objets à peine visibles d'une chambre mal éclairée, lesquels ne frappent bien les yeux que dès que l'on y introduit une plus vive lumière.
Du moment que nos sens et le cerveau sont impressionnés et perçoivent, pour ainsi dire, à notre insu; du moment que nous accomplissons des actes raisonnes sans le savoir, ainsi qu'il arrive dans le rêve somnambulique dont on ne se souvient pas; il ne répugne pas d'admettre qu'il se passe, dans les organes de la vie dite végétative, des phénomènes, effets d'une pensée toujours active et dont nous n'avons pas directement conscience. Les nier parce qu'on n'en a pas la connaissance intime, c'est nier l'intelligence dans le mouvement des muscles du cœur et du tube digestif, dans celui des liquides circulatoires ; c'est la nier dans la structure des tissus, dans le mécacanisme et l'harmonie des fonctions nutritives ; c'est être absurde.
Une des causes pour laquelle les magnétiseurs ont cru au merveilleux, c'est cette puissance qu'ont les dormeurs, lorsqu'on le leur suggère, de se remémorer, à l'aide de l'attention accumulée, les impressions du sommeil et
mémo de la veille, impressions presque eiïacées dans leur mémoire et de l'existence desquelles, pas plus que leurs endormeurs, ils ne s'étaient jamais doutés. Ils ont attribué ces résultats obtenus ou à un sixième sens, ou à une faculté transcendante, ou à un don de divination sous le soufïle d'esprilS; d'anges ou de démons. A. Bertrand ' lui-même, a regardé comme appartenant à la vue anormale, la faculté qu'avait eue un ^ somnambule dont les yeux étaient fermés,, d'indiquer où se trouvait une bague qu'il venait de faire passer dans les mains de deux personnes différentes. Il ne supposait pas, (fu'isolés, les dormeurs perçoivent par tous les sens ce qui a lieu autour d'eux ; et, qu'en leur faisant des questions à propos, par exemple, d'un objet à chercher, on leur suggère, ainsi qu'il le fit, de diriger leur attention accumulée sur ce qui a rapport à cet objet. Il ignorait qu'alors qu'ils semblent isolés, ceux-ci reconnaissent dans leur mémoire les linéaments de ce qui, à l'aide des sens et comme à leur insu, s'y est imprimé auparavant. Un chuchotement, un mouvement, l'agitation de l'air autour d'eux, etc. ; rien de ce qu'ils ont ressenti n'échappe à leur attention accumulée et ils trouvent, dans la confrontation des sensations qu'ils rtîmémorent, des données pour deviner ce qu'on leur demande.
Puisijue le somnambule isolé, dont l'attention est accumulée et inerte sur l'idée de reposer, possède encore assez, de cette force dans les sens et le cerveau pour s'aperve- Voir de ce qui se passe autuur de lui, on a là une preuve de l'action double de l'esprit dans le sommeil. Cette vérité, on la rend encore plus frappante en mettant en catalepsie les bras d'un dormeur avec lequel on entretient conversation; dans ce cas, pendant qu'une partie de son attention est en activité, l'autre partie reste immo-
' Traité du somnanibitlisine, p. 4I,noti'.
bilisée sur l'idée de tenir les bras étendus sans qu'il paraisse s'en douter. Si l'attention dédoublée semblera son pôle actif, ne pas pouvoir être en mouvement sur deux ordres différents d'idées à la fois, elle peut du moins, tandis qu'elle est active dans une occupation intellectuelle; elle peut même, à son pôle passif, être en arrêt insciemment sur plusieurs idées de diverses natures. C'est ainsi qu'en dormant, lorsque d'un côté l'on rêve, l'on tient fort bien, de l'autre et en même temps, plusieurs membres en catalepsie ; l'on garde aussi toujours les sphincters de la vessie et de l'anus fermés et l'on conserve encore d'autres idées : telles que celles de s'éveiller à une heure fixe, d'élaborer un travail intellectuel, etc.
Il est donc certain que dans le sommeil, l'attention étant plus que dédoublée, plusieurs idées fixes, au pôle passif, peuvent régner ensemble, en permanence et comme insciemment dans l'esprit, lorsqu'il agit avec une certaine activité dans une autre direction. Plusieurs de ces actes dédoublés que fait le dormeur, on les accomplit même à tout instant dans laveille, mais plus consciemment. Ainsi, en cheminant pour arriver quelque part, l'on s'occupe fort bien de toutes sortes de choses différentes, sans cesser un moment de faire un pas dans la direction de l'idée fixe qui est celle du but que l'on se propose d'atteindre. Si maintenant, dans les fonctions psychiques ordinaires du cerveau, on trouve un dédoublement de l'action de la pensée; pourquoi répugnerait-il d'admettre que les actes de la vie nutritive, comme ceux de la vie de relation, se font, pa-rallèlement à ces derniers, sous une impulsion intelligente venant du centre cérébral ? Dans l'état de sommeil, l'attention agissant activement et passivement à la fois dans diMJX ordres différents d'idées, pourquoi, au sommet de l'être, son action ne serait-elle pas déjà partagée pour faire naître, simultanément, des pensées conscientes ser-
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vaut aux fonctions de relation et des pensées inscientes servant aux fonctions de nutrition?
Une partie de li'ur attention étant en arrêt au cerveau pendant que l'autre partie y est en activité, il n'y a plus rien d'étonnant que les dormeurs soient doués d'initiative. Si les dormeurs étaient longtemps dans une absorption complète de l'attention sur une idée : c'est-à-dire, en idée fixe absolue, ce qui doit être rare; non-seulement on ne constaterait pas clie/ eux divers mouvements de la pensée ; mais encore il ne serait guère possible qu'ils devinssent capables de faire des efforts spontanés, à moins que les actes intellectuels qu'ils produiraient ne fussent le fruit d'une suggestion de la veille au sommeil ; ce que j'ai vu chez une femme endormie qui m'adressait des questions sans que je lui en donnasse l'idée. Gomme je déterminais en elle l'état de sommeil profond pour la guérir et qu'elle se préoccupait beaucoup de sa maladie, ses demandes n'étaient que la continuation des pensées qu'elle nourrissait auparavant; ce que sont, du reste, les rêves somnambuliques essentiels.
Mais, le plus souvent, le sommeil profond est loin d'atteindre son plus haut degré, et il y a parmi un grand nombre de dormeurs artificiels une persistance ohscure des sensations, origine de rêveries; et même, il surgit en eux des idées, qui semblent spontanées. Chez les moins endormis, il naît des rêves analogues à ceux des dormeurs ordinaires; ces rêves ont les mêmes points de départ et n'en diffèrent que par leur trame, qui est conduite dans un cercle plus étroit d'idées et, par conséquent, avec une logique mieux suivie. J'ai rencontré parfois des somnambules assez concentrés, lesquels, en dehors de leur idée fixe de dormir et avant que j'eusse donné l'impulsion à leur pensée, ont présenté des marques d'initiative qui, pour plusieurs, étaient le résultat d'une sensa-
lion. Deux, dans le nombre, me demandèrent: le premier^ que je lui abaissasse les bras mis en extension, parce qu'il y ressentait de la fatigue; et, le second, que je lui décroisasse les jambes, pour la même raison. On en trouve qui se mouchent, parlent de leur mal, toussent, mettent, en un mol, leur pensée au service de leurs sensations; ils font parfois ces actes spontanément, mais ils arrivent à les exécuter aussi à la suite d'une suggestion remontant aux sommeils précédents. Les dormeurs profonds qui ont, d'eux-mêmes, la puissance de solliciter des idées sont les plus rares. A. Bertrand parle d'un somnambule qui» cessant tout d'un coup de répondre à son interlocuteur, s'écria avec l'accent de la plus vive émotion : La voilà 1 la voilà I Évidemment ces exclamations ne pouvaient être que l'expression d'une spontanéité d'idée.
De ce qui précède, il résulte que, pendant le sommeil profond, l'attention s'étant repliée sur une ou plusieurs idées et étant devenue inerte en proportion de son accumulation, les sens en grande partie abandonnés par cette force ne transmettent plus les impressions assez vivement à la conscience pour qu'il s'en suive des actions réflexes ^ De plus, par l'effet de cet abandon, certaines fonctions végétatives liées sympathiquement aux sensations diminuent ou cessent. Mais bien que, dans cet état, les sensations ne soient pas trahies par un mouvement involontaire et que les fonctions des organes des sens paraissent anéanties, il est manifeste qu'il se produit encore des sensations, faibles il est vrai, et qu'elles s'impriment dans lamémoire sous formes d'idées-images ; si, sur le moment, les dormeurs ne peuvent en donner la preuve, c'est qu'ils ont perdu alors le pouvoir de faire un effort de volonté.
' C'e.»l là une preuve que les actions réflexes inséparables des sensatioi sont, ainsi (jue ces dernières, leur condition principale dans le cerveau.
C'est aussi précisément parce qu; ces individus, en idée fixe, conservent de raltenlion libre dans les domaines des sens el du cerveau, qu'il } a à la fois, chez eux, deux actions différentes de cette force qui agit, et en s'arrêtant, d'un côté, dans un ou plusieurs, buts sur une ou plusieursidées mémorielles; et en se mouvant, d'un autre, sur- des séries d'idées qui aboutissent à un but unique. C'est encore pour la même raison, lorsque l'attention n'est pas immobilisée en grande quantité sur des idées fixes, qu'à l'aide de celle qui reste libre dans l'esprit et les sens des dormeurs, il naît quelquefois en eux des rêveries, suite d'un mouvement automatique de cette force sur des sensations ou des idées.
Ces considérations m'ont conduit indirectement à croire qucsi,làoii il y a actions réflexes par les sens, on retrouve comme condition de ces actions, l'attention, la sensation et l'empreinte mémorielle: c'est-à-dire, les éléments primordiaux et formateurs de la pensée, dans les organes innervés parle grand sympathique où ont lieu continuellement des phénomènes réflexes, il doit exister aussi les trois mêmes éléments. Et, comme une action intelligente venant du cerveau domine toutes les opérations même les plus inconscientes du système de la vie de relation où se produisent les actions réflexes, pourquoi, à notre insu, dans le système de la vie organique où l'on rencontre aussi'des mouvements réflexes et, par conséquent, les mêmes bases de la pensée, ne descendrait-il pas du centre cérébral et parallèlement une autre action intelligente ; mais immuable et permanente, présidant pour sa part à l'entretien du corps? Car, du moment que, pendant le sommeil on discerne dans les actes delà pensée ordinaire deux modes de manifestation intelligente, l'un conscient et l'autre i/iconsciont en apparence, quoique tout aussi réel ; pourquoi, de même, ne partirait-il pas toujours de l'encéphale deux manières
d'agir de l'atLention sur des idées ; le premier, conscient que Ton sait servir aux actes extérieurs de relation ; et le second inconscient, qui doit servir aux actes intérieurs de la nutrition, de la circulation, etc.
EFFETS DE L ATTENTION ACCUMULEE SUR CHAQUE SENS EN PARTICU- LIER ET SUR LE SYSTÈME MUSCULAIRE.
Si les dormeurs profonds semblent parfaitement isolés, c'est que chez eux, la plus grande partie de l'attention libre qui permet aux sensations d'être perçues pendant la veille, s'est accumulée vers le cerveau après s'être retirée des sens. Il est résulté de ce mouvement de concentration, qu'en outre de la sensibilité très affaiblie chez lui, le somnambule a aussi perdu la faculté de pouvoir faire effort par lui-même pour changer de pensée. Il est alors devenu inactif d'esprit et, par suite, inerte de corps ; car c'est l'inertie du premier qui a entraîné celle du second.
Mais il est, danscecas, un moyen dont il a déjà été parlé brièvement et qui résulte de la continuation du rapport qui s'est prolongé, de la veille au sommeil, entre l'endormeur et le somnambule, moyen par lequel il est possible, en offrant des idées à l'attention en arrêt de ce dernier, de la déplacer et de faire qu'elle aille s'exercer en masse n'importe sur quel sens ou sur quelle partie de l'économie qu'on lui désigne. J'ai nommé la suggestion. Par elle, le dormeur, d'immobile comme le dieu Terme, devient un automate que l'on peut modifier et faire manœuvrer à son gré. L'insensibilité des sens d(»it faire supposer que si la
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plus grande parlie delà somme d'altenlion distribuée à chacun d'eux s'est fixée au cerveau sur une idée, cette force accumulée doit apporter plus d'excitation, et, nécessairement, de propriétés au sens sur lequel on la dirigera exclusivement. Cette induction théorique csl confirmée par les faits et elle a même pris racine dans la science. Cabanis avait déjà entrevu qu'il y a des manifestations physiologiques qui sont dues à un déplacement de la force nerveuse accumulée. « La sensibilité, dit-iP, se comporte à la manière d'un fluide dont la quantité totale est déterminée, et qui, toutes les fois qu'il se jette en plus grande abondance dans un de ses canaux, diminue proportionnellement dans les autres. » Ailleurs, cet auteur est même plus explicite. On lit dans son ouvrage'^, à propos des organes de la génération qui acquièrent plus d'excitabilité pendant le repos de la nuit : « Les images produites dans le cerveau doivent nécessairement agir avec plus de force, pendant le sommeil, sur les organes dont elles peuvent stimuler les fonctions, parce que les illusions n'en sont plus, comme pendant la veille, corrigées ou contenues par les sensations directes et par la réalité des objets. » Cela équivaut réellementà dire que dans le sommeil, l'intluence de la pensée sur les fonctions de reproduction est d'autant plus effective qu'elle est exprimée à l'aide d'une plus grande quantité de l'attention soustraite aux sens En ces derniers temps M. Durand (de Gros) dit Philips "^ l'un des champions les plus hardis et les plus inlelligentsdelascieiice hypnotique, allantencoreplusloin, a le premier formulé avec netteté la théorie vraie que, pendant l'état hypotaxique (c'est pour moi le charme), il
^ Rapport du physique et du moral, t. I, p. 132- V. Masson, 1855. •-' Id., t II, p. 307.
>* Cours thcorique et pratique de Draidisine, [). 3i. J.-B, Baillière el lils, 18G0.
y a une abondance de force portée an cerveau qu'il est possible de déplacer à volonté et de concentrer sur quelle fonction que ce soit.
Prouver donc que, dans le sommeil, on peut appeler l'attention accumulée au cerveau sur un seul sens, ce que Ton reconnaît à sa surexcitation, c'est démontrer la même chose pour chacun des antres organes de sensations ; mais s'il est une question où Fabondance des preuves n'est jamais de trop, c'est celle-ci, précisément, parce qu'elle touche aux sciences occultes ; aussi, ne me suis-je pas contenté de conclure aux autres sens en parlant de ce qui est évident pour l'un d'eux, j'ai cherché à étendre sur la plupart le cercle de mes expériences, tant, à ce sujet, je suis convaincu des difficultés qu'il y a de faire accepter l'opinion scientifique que je reprends en sous- œuvre. Mes expériences ont été faites sur plusieurs sujets, et entre autres, sur un sourd-muet digne de confiance. J'ai mis le plus grand soin à comparer, chez le même somnambule, les sensations du même organe pendant et après le sommeil.
Le goût et l'odorat sont, de tous les sens, ceux, après la suggestion, dont il m'a été le moins facile d'apprécier la linesse acquise pendant le somnambulisme et, cela, faute d'avoir un bon point de repère. J'ai rencontré des dormeurs qui trouvent à la même eau restée dans les mêmes conditions de température, une saveur saline différente de celle qu'ils lui trouvaient avant de s'endormir. Cette délicatesse de palais se comprend. Je connais particulièrement une personne qui, éveillée, ne se trompe jamais entre l'eau de deux sources sortant du même calcaire et qui, pourtant, n'offre de diflerence à nulle autre. Je n'ai pu, chez elle, attribuer cette remarquable faculté qu'à une surexcitation du goût analogue à celle des dormeurs, et^ ensuite, qu'à ce qu'une de ces sources venant d'une
plus grande profondeur que l'autre, contient plus de matières minérales. Pourquoi, lorsqu'il y est porté, le somnambule, dont la faculté gustative estdevenue plus subtile, ne remar(juerait-t-il pas une saveur là où il n'en avait pas trouvé auparavant, dès que des personnes arrivent, à l'état de veille, à une perfection du goût aussi frappante que celle dont j'ai été le témoin ?
Mais c'est déjà pour l'odorat qu'il y a des preuves que ce sens devient parfois d'une délicatesse extrême. Un magnétisteur instruit m'a raconté qu'ayant une fois mis en communicalion avec une somnambule une personne qui venait d'entrer dans l'appartement où il faisait ses expériences, la dormeuse annonça que cette personne venait de loucher un mort. C'était vrai, elle sortait d'ensevelir un enfant, ce que les assistants ignoraient. C'est aussi par Todorat et ensuite par la petitesse du mouchoir qu'on lui mit entre les mains, qu'un officier d'état-major, endormi chez Faria, devina, devant la société qui s'y trouvait, que ce mouchoir venait d'un enfant atteint de consomption, sans qu'avant le sommeil, après avoir examiné cet objet, cet officier eût éprouvé quelque chose de particulier. Les sensations olfactives qu'éprouvèrent ces deux dormeurs eurent leur germe dans une sensation éprouvée autrefois par eux à l'approche d'un mort ou d'un malade tombé dans le marasme ; rien d'étonnant que, grâce à leur attention accumulée sur l'organe de l'odorat, ils aient pu déceler des odeurs insaissisables à tous autres et dont ils avaient déjà la connaissajice. Du moment qu'il y a des affections que Ion connaît aux émanations qui s'échapprnt des malades : l'ozène, le scorbut, certaines stomatites, les abcès des voies digesUves, les affections gastriques, le choléra, le cancer ulcéré, la phtisie, etc., et l'on sent même la mort, selon l'expression vulgaire ; il n'y a plus à être surpris qu'un objet a} ant appartenu à des mourants
OU à des morls ne révèle aux somnambules dont i'odorat est surexcité, soit l'affection, soit le sort de ces malheureux. C'est probablement à une odeur caractéristique spéciale, plutôt qu'à l'aspect des traits, qu'une dormeuse de profession cà laquelle on apporta une petite fille en ma présence, déclara qu'elle la voyait non loin de sa fin ; je ne désespérais pourtant pas de cette enfant qui succomba le lendemain sans que personne s'y attendit.
C'est sur la vue que j'ai fait les expériences les plus positives ; c'est que, pour ce sens, il est plus facile de les établir avec précision que pour les autres. Voici comment je m'y prenais : je m'approchais de mes dormeurs avec un livre que je tenais ouvert devant leur yeux et j'allais vers eux avec une extrême lenteur. Dès qu'ils pouvaient en déchiffrer les caractères, je mesurais la distance qu'il y avait entre les globes oculaires et les mots qu'ils 'avaient lus ; puis, dès qu'ils étaient sortis du sommeil, je recommençais la même expérience. Selon les caractères, mon sourd-muet endormi, épelait de 0™,33 à 0"\50 plus loin que pendant la veille, ce qu'il indiquait en formant les signes dactylologiques des lettres. Une femme qui, à l'état ordinaire, lisait à O^jGo, en somnambulisme énonçait les mots du même livre à 0'",80de distance. On pourrait, peutêtre, se servir d'expériences faites ainsi sur les yeux pour établir de combien, chez chacun, l'attention est renforcée là où elle s'accumule pendant le sommeil et juger même de combien elle est augmentée pour rendre la sensation remémorée aussi vive que la sensation perçue. Car si, en ce dernier cas, une personne qui, lisant à 0'",15 plus loin, ainsi que la somnambule dont je viens de parler, pouvait avoir, dans le même sommeil, des hallucinations de la vue "prises par elle pour la réalité ; on serait en droit de conclure que, pour former ces sensations centrifuges, il lui fandrait au moins, approximativement, une accumulation
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d'attention vers les yeux de plus d'un sixième en sus de celle que recevaient ces organes pendant la veille.
Ce qui précède démontre la certitude des faits de surexcitation de l'appareil visuel déjà observés sur des dormeurs. D'après \. Bertrand ', Encontre -, Macario ^, Archambault et Mcsnet ', il n'y a même plus de doute à avoir sur la possibilité qu'ont lessomnambules délire et d'écrire dans les ténèbres, lorsqu'ils ont les yeux ouverts. Ce phénomène a lieu, non pas seulement parce qu'ils ont les pupillesplusdilaléesquedecoutume et qu'il entre ainsi davantage de lumière dans le champ de la vision; mais parce qu'ils reçoivent, en outre , une dose accumulée de la force d'attention sur les nerfs optiques. Mon sourd-muet, qui avait la vue aiïaiblie, se mettait en charme pour se livrer à son travail, retrouver des ot)jets perdus ou se guider dans sa chambre dès qu'il faisait nuit. Pourquoi, dans le sommeil, lorsque l'attention s'accumule vers les yeux et les rend d'une sensibilité exquise, les objets ne seraient-ils pas alors aperçus avec facilité pendant la nuit, du moment que l'on peut encore prendre des empreintes photographiques, même dans l'obscurité la plus profonde? Si, dans la nuit la plus sombre, il y a assez de fluide lumineux pour permettre aux images de se fixer sur une substance sensible à la lumière, c'est une raison pour qu'il y en ait aussi suffisamment, afin que les objets se dessinent au fond de l'œil de quelques somnambules et que l'image de ces objets y soit recueillie.
Pour ma part, je ne suis pas éloigné de croire que l'on puisse voir les yeux fermés et même lire ; car les voiles palpébraux laissent fort bien passer les rayons lumineux,
' Trailc du somnambulisme, p. 18.
-' Journal âe médecine de Bordeaux.
3 Du Sommeil, p. 123.
* Observ'dioa d'une somnambule.