‹ Le sommeil provoqué et les états analoguesChapitre 27 sur 46 · I.E SOMMEIL · texte numérisé non relu

I.E SOMMEIL

toutes nos actions raisonnables ; il ne se doute pas plus du piège où on l'a mis, que le fou halluciné se doute qu'il est le jouet de ses sensations remémorées, lorsqu'il les prend pour des sensations objectives réelles.

Ce qui est à remarquer dans les faits par suggestion qui sont exécutés plus tard à une époque éloignée du sommeil, c'est qu'avant leur accomplissement, lors même que l'attention du sujet est employée aux autres actes de la vie ordinaire, l'impulsion idéale transmise par suggestion semble continuer son cours à son insu , en vertu du mouvement acquis, jusqu'au moment où avec une précision mathématique; surgit en lui l'inspiralion d'agir ; tandis qu'il n'en est rien : c'est l'organisme vivant qui passe, l'idée suggérée reste fixe.

Lorsqu'on réfléchit, les actes futurs exécutés par suggestion, ne doivent nullement étonner; dans la vie ordinaire, nous accomplissons des faits d'une manière analogue ; seulement ils se développent fréquemment en sens inverse. D'abord, de la veille à la veille. Ne nous arrive-t-il pas, avec connaissance de cause, d'apprendre quelque chose par cœur pour le réciter à certains moments de la journée ? Puis, ce que l'on a retenu, on le laisse fixement dans la mémoire, on ne s'en occupe plus, jusqu'à ce que, par un effort, on doit le faire reparaître à la conscience. Dans un tel acte, n'y a-t-il pas une ébauche de ce qu'est la suggestion dont il s'agit ? Et, ensuite, de cette conservation des souvenirs à la détermination prise la veille pour la'mettre en exécution dans le sommeil, comme est celle de l'idée fixe de s'éveiller à heure précise, il y a un passage insensible à une suggestion plus vraie, à celle qui, par inver- .«»ion du phénomène, se manifeste du sommeil à la veille? Quand, pendant le repos, et sans qu'ils les aient suscitées volontairement, les images des songes s'offrent à l'esprit des dormeurs par un jeu automatique de l'intellect, par un

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mouvement intestin spécial; n'ya-t ilpasaussi là un retour des pensées du passé, retour confus, il est vrai ; mais se présentant à la conscience par suggestion de la veille au sommeil, n'y a-t-il pas une analogie frappante de vérité avec les fails qui nous occupent? Ces images « se produisent d'elles-mêmes, écrit M. Maury ', suivant une certaine loi due au mouvement inconscient du cerveau et qu'il s'agit de découvrir; elles dominent ainsi l'altention et la volonté... » Cette loi est toute trouvée, c'est celle de la suggestion; c'est-à-dire, la puissance qu'à la pensée fixe, à notre insu, fatalement, en dehors de l'attention et de la volonté active, de décrire comme une trajectoire dans l'organisme, de la veille au sommeil ou du sommeil à la veille, pour être cause finalement de phénomènes physiologiques très remarquables.

En dehors des expériences établies sur des somnambules, les faits de suggestion du sommeil à la veille, ceux, qui nous occupent plus particulièrement, se rencontrent du reste, à chaque pas. On en trouve les rudiments, principalement chez les enfants qui, éveillés, voient, entendent encordes personnages de leurs rêves avec tous les caractères de la vérité. Nousavons une fois éprouvé des impressions semblables, lorsque nous étions étudiant en médecine. Il nous arriva d'assister à un incendie après notre réveil, incendie qui était la continuation d'un songe. On trouve aussi des exemples de ce genre chez les personnes âgées. Une de nos clientes, qui craignait le tonnerre, rêva qu'il tombait près d'elle ; elle se réveilla sourde. Aucun médicament n'y fil. Son ouïe revint peu à peu, à mesure que l'effet suggestif de son rêve disparut. « On voit, écrit Charpignon '•^, certains individus conserver, au sortir

' Du sommeil, p. 38,

2 Éludes sur la médecine animique, p. 26, Germer-Baillièrd, 1864.

du sommeil, la douleur et la marque d'une blessure qu'ils ont cru recevoir. » Ces faits ne sont-ils pas tout-à-fait analogues à ce qui se passa sur une de nos somnambules à laquelle il nous arriva, après suggestion, de laisser au réveil les douleurs de la stigmatisation à l'endroit des cinq plaies du Christ ; douleurs qui se conservèrent comme chez les stigmatisés sans stigmates, et, aussi longtemps que nous le voulûmes. Personne n'ignore que les névroses sont souvent annoncées par des rêves bizarres : elles n'en sont alors que l'effet suggestif.

D'après Brière de Boismont ^ : « il y a des hallucinations qui commencent dans le sommeil et qui, se reproduisant pendant plusieurs nuits consécutives , finissent par être acceptées comme des réalités pendant le jour.

La veuve Schoul entend pendant trois nuits une

voix qui lui dit : tue ta fille. Elle résiste d'abord et chasse ces pensées en s'éveillant ; mais l'idée ne tarde pas à devenir fixe ; elle ne disparait plus avec la veille, et, quelques jours après, lamalheureuse mère imnîole son enfant. » A ces faits l'on peut encore ajouter celui de ce gendarme ^ qui, ayant vu de près une exécution capitale et en ayant été très ému, rêva, par suite, que le ministre avait décidé sa décapitation. Ce rêve se renouvela. Il finit par croire à cette idée ^ et il se sauva pour éviter une telle mort: ir était devenu fou. Dans ces deux derniers cas où une pensée

1 Traité des hallucinations, p. 274.

2 Annales méd.-psych., année 1863, p. 340.

3 Celle croyance à la réalilé d'une chose passée et fausse, venue dans le sommeil à la suite de rêves, le professeur Bernheim l'a inculquée dans l'esprit d'un grand nombre de dormeurs profonds. Chez beaucoup d'entre eux, dit-il, « on peut développer de véritables halucinalions rétroactives ; on peut leur suggéier qu'à un moment déterminé ils ont vu tel fait, commis tel acte, dont l'image créée dans leur cerveau apparaît comme un souvenir vivant qui les domine au point qu'il est pour eux une réalilé incontestable. » (De la suggestion, 2" édition, p. 232. Paris, 0. Doin, 8, place de l'Odéon.)

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accompagnée d'uno profonde émotion a reparu, pendant le ^ommeil, aveo une vivacité encore plus grande que pendant le jour , les dormeurs se sont suggéré de nouveau ce qu'ils ont rêvé comme étant une chose certaine et, une fois éveillés, il? y ont cru ; ainsi que les somnambules, sortis de leur état, croient ensuite aux hallucinations et à tout ce qu'on leur à mis dans la tête.

Aristote avait déjà constaté que le principe de beaucoup de nos actions a souvent son germe dans les rêves de la nuit. Partageant la même opinion, Maine de Byran s'écrie, à propos de quelques hommes de la grande Kévolution française : « Qui sait si des songes affreux, tels que

pouvait en faire un Néron, etc n'ont pas contribué

quelquefois à exaspérer, dans ces tigres féroces, l'aveugle passion du crime et à préparer pour le lendemain de nouvelles proscriptions, de nouveaux actes d'atrocité. » Ainsi, les aliénistes et les psychologues ont fourni leur contingent à la thèse que nous soutenons. Des ouvrages récents de médecins, comme ceux de Macario {Du Sommeil)^ Gharpignon [Études sur la médecine anémique) , et Padioleau [De la ynédecine morale), ces derniers couronnés par l'Académie, nous rapportent aussi des faits du mén>e genre invoqués par leurs auteurs pour soutenir l'opinion de l'influence du moral sur le physique.

C'est une femme qui voit, en songe, les objets confus et comme à travers un épais brouillard , laquelle à la suite reste atteinte d'amblyopie.

Une autre, à laquelle Macario donnait des soins, rêva qu'elle adressait la parole à un homme qui ne pouvait pas lui répondre ; à son réveil elle était aphone.

Teste, ministre de Louis-Philippe, rêva à la Conciergerie qu'il avait eu une attaque d'apoplexie; trois jours après son rêve, il mourut de cette affection.

Arnauld de Villeneuve se vit, en songe, mordu à la

jambe par un chien; quelques jours après, il se déclara un ulcère cancéreux au même point.

Galien parle d'un malade qui se vit une jambe de pierre en rêvant; quelques jours après, il y eut paralysie de cette jambe.

Le savant Conrad Gessner rêva qu'il était mordu au côté gauche par un serpent; peu de temps après il se déclara au même endroit un anthrax qui le fit mourir.

Cornélius Ruffus rêva qu'il avait perdu la vue; à son réveil il était amaurotique.

Macario raconte, de lui-même, qu'il rêvaavoirun violent mal de gorge. Quoique bien portant à son réveil, il n'en fut pas moins, quelques heures plus tard, atteint d'amygdalite.

Certes, nous sommes loin de croire, avec les auteurs qui les rapportent, que tous les faits dt^ maladie dont il vient d'être question puissent s'expliquer exclusivement par l'action puissante du moral sur le physique. Tout en sachant, avec eux, jusqu'à quel point la pensée concentrée dans le sommeil a d'influence sur l'organisme, nous ne pensons pas qu'elle puisse être la cause directe d'un anthrax ou d'un cancer en quelques jours; il devaity avoir dans quelques-uns des cas précités une diathèse prédisposante. Du reste, avant que h^s maladies ne se soient déjà déclarées, il y a souvent un travail morbide d'incubation qui, inconnu pendant la veille, peut, pendant le sommeil, devenir sensible dans les organes où il s'opère, et être, de là, le point de départ d'un songe. Les impressions tactiles internes, qui sont alors plus perceptibles, deviennent la cause de rêvasseries sur le siège d'un mal qui n'est pas encore appréciable à l'état de veille; et puis la sensation centripète qui en résulte ne peut avoir que l'influence de hâter, par un retour centrifuge, le développement d'une affection qui n'était qu'en germe.

DU SOMMEIL PROFOND loi

Les médecins peuvent puiser dans les rêves de précieuses indications ; non pas seulement pour la connaissance des maladies qui sont en voie de développement; mais aussi pour leurs cures. Ainsi, des somnambules ont la conviction qu'ils guériront avec des remèdes administrés à l'opposé des règles de l'art; en suivant leurs prescriptions réputées incendiaires, ils retournent rapidement à la santé. C'est que, quand la pensée tient le gouvernail, la thérapeutique des médicaments n'est plus rien. Aussi, dans notre pratique, outre les inspirations médicales des rêveurs, quelque absurdesqu'elles soient, nousavons encore, autant que possible, respecté les désirs formels et les préjugés scientifiques de nos malades, et nous n'avons jamais eu qu'à nous féliciter d'une telle tolérance. D'autres, avant nous, ont su agir de même. Dans un ouvrage de Teste ^, on trouve une observation curieuse de l'action de la pensée du rêveur sur son organisme. C'est à propos de la guérison du professeur de musique Adam, atteint d'une surdité due à une paralysie incomplète des nerfs acoustiques. Cet homme songea qu'il guérirait si on lui magnétisait les pieds dans un bain chaud. Teste, son médecin, pensant avec juste raison que la médication s'augmenterait d3 toute l'inQuence du rêve, n'eut garde de ne pas suivre cette indication précieuse ; dès le premier bain, le malade entendit les battements de sa montre à 0°',10 plus loin qu'avant, succès que ce médecin n'avait pu obtenir en quinze jours de manœuvres magnéti<jues.

* Manuel du magiiéliseur, 5* éd., p, 38'. — J.-B. Baillière, 1846.

DE LA PREVISION

Il est un autre mode de suggestion du sommeil à la veille dont TefTet a lieu longtemps après le réveil. On l'a appelé prévision, à cause de son apparence prophétique. C'est parce que les modifications organiques, etc., annoncées d'avance par les dormeurs, arrivent avec une ponctualité rare ; et que l'on n'a pas discerné, dans les choses prévues, le mécanisme d'une suggestion à long terme, que des observateurs superficiels ont cru à une faculté transcendante chez les somnambules. Il n'y a pas plus ici de merveilleux que dans tous les autres phénomènes étranges du sommeil. Prévoir ou pressentir un événement sur un autre ou sur soi; ce n'est pas avoir une prescience de ce qui sera, ce n'est pas deviner l'avenir; c'est, par une impulsion propre de sa pensée, développer dans son organisme, pour une époque ultérieure, ce que l'on s'est affirmé sciemment ou à son insu ; ou bien, c'est faire naître dans l'organisme des autres la pensée des changements prédits, en s'emparant de leur esprit et déterminant par là en eux, pour le moment futur indiqué, une réaction de leur attention dans le sens de l'idée qu'on leur a formulée.

Que les idées que l'on suggère à d'autres ou que l'on se suggère pour une époque ultérieure, prennent naissance dans le véritable sommeil ou dans les maladies nerveuses qui ne sont que des sommeils pathologiques, ce que nous

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démontrerons plus lard ; voire même, que ces idées naissent dans Fétat physiologique de recevoir l'affirmation où sont toujours certaines personnes; il y a dans tous les cas, suggestion des idées du moment présent pour qu'elles se manitestent sur l'économie dans un moment futur.

Ce que l'on prévoit devoir arriver à d'autres que soi n'a de chance de se développer qu'autant que ceux qui sont l'objet de la prévision, s'afïirment, sans pouvoir s'en empêcher, ce qu'on leur a inculqué devoir arriver.

Dans de tels cas, c'est la croyance entière des individus à ce qu'on leur assure, qui est la cause du résultat annoncé. Il est assezrare de trouver des gens qui, éveillés, soient dans une pareille disposition à croire. Cependant, d'après l'érudit Salverte ^ on avu des thaumaturges prononcer un arrêt de mort solennel contre quelqu'un et l'événement venir confirmer la menace. Si la mort donnait raison à l'arrêt fatal, c'est que celui qui était l'objet de cet arrêt restait, par suite, convaincu de ce qui lui était prédit ; il y croyait avec une conviction si profonde que l'organisme complètement ébranlé cessait ses fonctions. « Aux îles Sandwich, dit cet auteur, il existe une communauté religieuse qui prétend tenir du ciel le don de faire périr, par les prières qu'elle lui adresse, les ennemis dont elle veut se défaire. Si quelqu'un encourt sa haine, elle lui annonce qu'elle va commencer contre lui ses imprécations : et le plus souvent cette déclaration suffit pour faire mourir de frayeur ou déterminer au suicide, l'infortuné en but à l'anathème. » On le voit, ce qui, dirigé contre l'homme instruit, n'est que parole en l'air, devient contre le croyant une arme terrible. On trouve, dans l'ouvrage de A. Morin sur le magnétisme ^, la relation d'une

1 Des sciences occulles, p. 311, 3° édition.

2 Du magnélisme et des sciences occultes, p. 56. Germer-Baillière,

prophétie d'un genre moins sinistre faite dans ces derniers temps à Gideville, par un berger nommé Thorel, réputé sorcier. Cet homme annonça au maire de cette commune qui, en le rencontrant dans les champs, l'avait plaisanté sur ses pouvoirs diaboliques, que dès qu'il frapperait avec le poing sur sa cabane, un de ceux qui l'accompagnaient dans sa promenade et qu'on désigna d'avance, tomberait à terre. Ce qu'il avait prédit arriva: l'individu qui avait été menacé et qui croyait nécessairement à la puissance de Thorel, subissant la tyrannie de sa propre pensée, fit une chute dès qu'il entenditle bruit des coups de poing du berger. C'est à cette sorte de prévision qu'on peut rattacher des prophéties faites par nous et qui avaient aussi leur réalisation. Nous inscrivions nos prédictions dans un pli cacheté que l'on devait ouvrir à l'heure convenue; elles avaient rapport à des changements organiques ou à la mise à exécution, après réveil, d'actes bizarres que nous avions suggérés à nos dormeurs àl'insu de tout le monde. A l'ouverture du billet où Toa trouvait les faits accomplis coïncider juste avec notre écrit, on nous accusait de compérage ; mais l'étonnement et la bonne foi des somnambules dans leurs dénégations donnaient souvent matière à réfléchir.

La prévision, le plus souvent suivie d'effet, est celle que certaines personnes se font à elles-mêmes pendant le sommeil ou dans des états analogues. Des cas de ce genre ont été remarqués depuis longtemps, même par les médecins. Brière de Boismont rapporte ^ qu'en 16H2, une fille anglaise, Miss Lee, à la suite d'une vision qu'elle eut pendant la nuit, fut convaincue qu'elle mourrait le même jour, à midi; elle prit, en conséquence, ses dispositions, et malgré les soins de deux médecins venus

^ Traité des hallucinations, p. 405.

pour dissiper celle idée folie, elh succomba à l'heure qu'elle avait indiquée. Il y a dîs familles, dit le même savant aliéniste, où chacun prédit sa mort. Pour notre part, nous avons connu un curé qui appartenait à une semblable famille; il annonça aussi lui-môme le terme de son existence, et ne se trompa pas. Joseph Franck \ dit avoir rencontré un si grand nombre d'exemples d'hommes qui prédisaient ponctuellement leur maladie et leur mort prochaine, qu'il a été forcé de croire aux présages de l'âme ; il ne se doutait pas, sans doute, qu'un homme frappé d'une idée fixe, ébranle son organisme et le modifie dans le sens de celte idée.

Ce sont surtout les médecins soignant les maladies mentales qui ont eu l'occasion de vérifier les prévisions des malheureux confiés à leurs soins, et qui ont acquis la même conviction que le célèbre J. Franck. C'est que les fous, dont l'esprit est parfois si concentré, s'affirment la mortavectanl d'énergie, qu'ils impriment à leur organisme une rép3rcussion morbide dont le résultat final est forcément exact. Quand, dans notre pratique médicale, nous rencontrions des malades guérissables atteints de maladies graves, et répétant sans cesse: je suis perdu, je n'en reviendrai pas, je serai mort pour tel jour, nous étions à peu près sûr de les perdre. Il nous est toujours resté dans la mémoire, le souvenir de la mort d'un homme, déjà âgé , devenu mélancolique depuis la perte qu'il avait faite de sa femme. Cet homme, guéri d'une fiuxion de poitrine, continuait à dire sans cesse que le terme de sa vie approchait. Après notre dernière visite, il nous répliqua avec ironie: oui, je vais mieux, mais vous ne me verrez plus. Ce jour même il prit toutes ses dispositions et indiqua l'heure de sa mort. Par la pensée bien arrêtée de

* Pathologie médicale, p. 405.

mourir, il avait épuisé sa force nerveuse pour le moment prévu. C'est ainsi qu'un jeune virtuose, atteint de consomption, et auquel Lauvergne ^ donnait ses soins, prédit le jour el l'heure de son trépas. On ne meurt pas seulement, on devient aussi malade par prévision.

Les maladies par prévision sont plus communes qu'on ne le suppose. Elles se présentent ordinairement avec des formes bizarres, arrivent à des heures précises et sans fractions, procèdent par accès réglés dans leur marche, sont rebelles aux remèdes, finissent tout d'un coup; bref, s'écartent, dans leurs manifestations, du cadre des maladies avec lesquelles elles ont des rapports de similitude, parce qu'elles sont l'effet de la pensée. Un de nos malades qui, d'habitude, menait une vie très affairée, s'annonçait, tous les ans, l'époque où iiiomberaii en jachère ei en sortirait (c'était là le nom qu'il avait donné à sa maladie). Tout arrivait à point, et, pendant ce temps, il demeurait dans son ht mangeant et buvant bien; saufqu'il était dans une inertie complète, incapable d'efforts de volonté. Nous avons, sur cet homme, pu bien observer un accès de cette maladie immortalisée par Molière : elle commença à un moment déterminé par lui d'avance, et elle finit au bout de lOOjours, ainsi qu'il l'avait prédit. Les affections morbides, arrivant à la suite d'une prévision née pendant la veille, sont assez rares; c'est parmi les hommes névropathiques, les fous, les hypocondriaques qu'on les rencontre.

On est plus à même, lorsqu'on s'occupe d'endormir, de trouver de ces maladies venues lors du sommeil par cause morale, maladies annoncées par les somnambules sur eux-mêmes, si surtout l'on garde la funeste habitude de s'en rapportera eux. Laisse-t-on alors errer leur esprit

* Du 80'tAmeil, par Macario.

à l'avenlure, il arrive souvent, s'ils sont déjà soutirants, qu'ils s'annoncent une prolongation de leur maladie ou des complications graves; et, s'ils se portent bien, qu'ils sont capables de prévoir la déclaration infaillible de symptômes morbides; il suffît, dans l'un ou l'autre cas, qu'ils se soient aliirmé ces choses. Les auteurs rapportent, comme succédant au sommeil profond, un grand nombre de modifications organiques, utiles ou nuisibles, résultats obligés d'affirmations spontanées de la part des dormeurs. Le plus ordinairement, ils se suggèrent des troubles du système nerveux, ce système étant le plus directement impressionnable. On voit survenir des paralysies, des contractures, des douleurs, des accidents réglés, des attaques nerveuses de tout genre ; ou bien, des symptômes d'une production encore facile, tels que: des évacuations de sérosité, de bile, de sang, ou, de la vergeture aux joues, de l'infiltration des paupières, ainsi que l'a constaté A. Bertrand : des bronchites avec irritation et sécrétion de la muqueuse pulmonaire, comme nous avons eu l'occasion d'en observer un cas, etc. etc. Il est à remarquer que ces désordres se déclarent presque toujours aux époques prévues.

Tous les accidents maladifs prédits par les dormeurs, du moment qu'ils viennent par la pensée, sont aisés à guérir. On les fait partir, pendant le sommeil, de la même façon qu'ils sont venus : par suggestion. C'est ainsi que A. Bertrand, voyant dépérir une somnambule qui s'était annoncé la mort pour un jour déterminé d'avance, s'avisa de lui affirmer avec autorité que ce qu'elle prévoyait n'aurait pas lieu; depuis lors, cette victime d'une idée fixe débilitante vit renaître ses forces épuisées. Gharpignon, par une affirmation contraire à celle que s'était faite une somnambule, empêcha le retour d'une fièvre quotidienne à accès répétés matin et soir, et qui, selon la

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prophétie delà dormeuse, devait durer vingt-quatre jours. Il suffit même, pour arriver à couper le mal dans sa racine, de distraire vivement ces singuliers malades au momentdeleursaccèspour que ces accès ne se déclarent pas ^ De cette manière, l'on détourne la plus grande partie de l'attention qui était destinée à la formation des accidents maladifs. L'on a vu des sujets, atteints d'affections intermittentes, que l'on avait trompés en avançant l'aiguille de leur pendule; on les a vu être tellement contents de ne pas avoir senti venir l'accès qu'ils attendaient, que cette révulsion émotive suffisait pour les débarrasser à jamais de leur mal. Si l'on s'était douté de la puissance de la suggestion comme moyen préventif, des malheurs auraient sans doute déjà été évités et entre autres le suivant: Une fille en somnambulisme ^ annonça à son curé qu'elle irait se noyer dans la Loire et que rien ne pourrait l'en empêcher. Deux mois après, ce funeste dessein éclosdans un rêve, fut mis à exécution. Il aurait fallu, pour prévenir le suicide de cette fille, lui suggérer pendant le sommeil l'idée fixe négative de ce qu'elle s'était mis dans l'esprit; ce qu'avaient fait, ainsi qu'il est dit plus haut, A. Bertrand et Gharpignon , l'un : pour dissiper une conception folle; et l'autre, pour couper des accès de fièvre créés par la pensée.

Il faut bien se pénétrer de ce principe : ce qui vient suggestivement par la pensée dans l'état de repos, s'en va de même dans cet état : ce qui s'y manifeste avec célérité part vite, et ce qui s'y développe avec lenteur ne peut toujours guérir avec autant de promptitude. Par exemple : des plaies comme celle des stigmatisés, ou bien une affection organique, demandant, pour leur

* Physiologie du magnétisme^ par Gharpignon, p. l/)9. 2 Physiologie du magnélisme, p. 299.

guérison, une tension d'esprit plus prolongée et plus fréquemment répétée que pour la disparition d'une simple douleur névralgique. Il est même des douleurs nerveuses, venues par suggestion, qui disparaissent à mesure que s'efface Tempreinte mémorielle dont elles sont la sensation centrifuge répercutée.

Nous avons observé la réalisation d'un certain nombre d'accidents prévus par des dormeurs. Une de nos somnambules, qui s'était prédite une fluxion de poitrine treize jours à l'avance, n'eût, après cette longue incubation, qu'une simple bronchite ; mais enfin ce fut une expression symptomatique de ce qu'elle s'élait affirmé. Bien que nous eussions fait- mettre cette femme dans de bonnes conditions hygiéniques, l'irritation prévue des voies aériennes ne s'en manifesta pas moins. Nous avons vu cette môme somnambule s'annoncer des accès d'éclampsic à des heures sans fraction , ainsi que son horloge les marquait. Ce qui nous a le plus surpris de sa part, c'est que, cinq jours après son accouchement^ elle nous assura que dans six jours, à deux heures de l'aprèsmidi, son enfant aurait une hémorrhagie nasale de quelques gouttes. Il se produisit, en effet, chez cette dernière, au jour indiqué, un léger saignement de nez ; mais il eut lieu à 10 heures du matin. Cette coïncidence, s'il n'y a que cela, entre la prévision et le fait, est étrange. Pendant son somnambulisme, cette femme aurait-elle revu, dans son esprit, l'empreinte mémorielle d'une suggestion qu'elle se serait faite antérieurement à ses couches, à propos de l'enfant qu'elle portait alors dans ses flancs ?

Làoù les prévisions des dormeurs échouent, c'est dans les cas où l'empreinte idéale par suggestion est sans consistance. Chez un somnambule affaibli et, par conséquent sans mémoire vive, l'ébranlement communiqué par contrecoup aux organes ne tarde pas à se ralentir, puis à se

perdre. Sur les meilleurs somnambules, il y a même des fonctions que l'on ne peut aucunement modifier par l'affirmation. Deux de nos somnambules qui s'étaient annoncé le jour de leur accouchement, se trompèrent ; nous avons vu mieux : ayant plusieurs fois, par erreur, suggéré leurs règles à des femmes enceintes, nos affirmations furent heureusement sans résultats. Les adhérences du placenta avec la membrane caduque rendent quelque peu raison chez elles, de l'absence d'hémorrhagie.

D'après ce qui précède, il est facile de s'apercevoir que les faits de prévision des dormeurs, pour eux-mêmes, de quelque manière qu'ils se manifestent, sont en principe refi"et d'une affirmation du même genre que celle des hypnotiseurs forçant des somnambules, après leur réveil, d'accomplir des actions bizarres, d'être en butte à des hallucinations, d'éprouver des besoins naturels pressants, etc. Dans l'une et l'autre occurrence, ily a, chez les sujets, inscience complète de la cause suggestive, qu'elle vienne du sujet ou que la suggestion lui soit imposée, et c'est toujours la pensée formatrice des événements qui continue l'impulsion latente, et les fait éclore au moment désigné.

Il est une autre sorte de prévision, ordinairement à court terme, que l'on a remarquée principalement sur les somnambules ; elle est la plus rare et dérive de la faculté qu'ont ces rêveurs de reconnaître des traces encore imperceptibles de maladies, en accumulant leur attention vers des organes où ils ne ressentaient rien auparavant. Ils peuvent alors deviner en eux, par ce qu'ils éprouvent, le développement d'uni} affection pour un avenir prochain. Cabanis a fait mention de cette prévision et en a, en même temps, donné une explication rationnelle. fl est des malades, remarque ce physiologiste \ qui sont

1 BappurL du phusiquc et du moral, t. II, p. 35.

en étal d'apercevoir en eux-mêmes, « dans le temps de leur paroxysme, ou certaines crises qui se préparent et dont la terminaison prouve bientôt la justesse de leurs sensations, ou d'autres modifications organiques, attestées par celle du pouls et et par des signes encore plus certains. » Par ce mot, paroxysme, cet éminent auteur avait même déterminé, on le voit, que c'est dans un état de surexcitation que la prévision par sensation a son germe.

Depuis longtemps, la prévision, bien que la cause n'en ait pas toujours été bien comprise, a pourtant pénétré dans le domaine de la science positive, et a été regardée comme un des phénomènes le mieux établi. Non-seulement Cabanis, qui a expliqué certains faits de prévision, et A. Bertrand ' qui, le premier que nous sachions, en a bien interprété certains autres comme dérivant de l'empire de la pensée des dormeurs sur leur organisation ; mais encore un grand nombre d'écrivains distingués les ont signalés. Sans compter les modernes, avant eu.\, Arrêtée, A. Bénivenius, Gaspar, Francus, JanilschM. Alberti, Quellenetz, Sauvages, Cavalier, Desères, etc., en avaient déjà parlé dans leurs écrits ^.

Il est encore une classe de faits à la réalité desquels nous ne sommes plus éloigné de croire. Ces faits, par cela même qu'ils sont annoncés d'avance, trouvent ici leur place, quoiqu'ils s'expliquent autrement que ceux dont il vient d'être question. On lit, dans la pathologie médicale deJ. Franck, que dans les premières nuits de sa grossesse, une noble Lithuanienne, âgée de 20 ans, se réveilla en poussant un cri terrible ; elle raconta à son époux qu'elle avait vu, en rêvant, dans les caveaux d'une église, une femme assise dans une tombe ouverte et allaitantdeux

• Trailc du somyuimbulistne, p. 123 et suiv.

2 Voy. Traili' du somnambulisme , par A. Bertrand. Paris, Denlu, 1823, p. 12G et suivantes.

enfants. Cette femme lui avait dit : Ne t'effraye pas, car j e suis ton image; le lendemain du jour oùtu auraseudeuxfîls, tu viendras dormir à ma place. Cette jeune personne, depuis lorS;tombadans une mélancolie profonde. Elle accoucha de deux enfants mâles, comme elle l'avaitprédit, et mourut quelques joursaprèsson accouchemeut. Dans notre orgueil de médecin, nous avons éprouvé d'abord, à la lecture de ce passage, une envie de critiquer amèrement la bonne foi crédule du médecin allemand ; mais notre bon génie nous a soufflé à l'oreille les paroles de ce Grec : Frappe, mais écoute. Malgré notre premier mouvement, nous avons cherché à contrôler ce fait par des expériences, et bien nous en a pris. Ce n'est pas la prévision delà mort qui nous a paru absurde et a attiré notre attention ; c'est la divination de la naissance de deux enfants mâles par leur mère, quelques jours après la fécondation. Une femme enceinte peut-elle savoir, dans le sommeil, je ne dirai pas le nombre, mais le sexe des produits de sa conception ? Telle est la question que nousnoussommes proposé de résoudre, Une chance heureuse nous a fourni trois somnambules enceintes que nous avons endormies souvent. Nous n'avons eu garde de manquer de leur demander, pendant leur sommeil, quel était le sexe de leur fœtus. Elles nous ont offert cette particularité, que toutes trois ne se sont pas trompées et ne se sont jamais démenties dans leurs apparentes prédictions. Est-ce là un effet du hasard? En prenant pour moyenne de la durée de la grossesse, l'époque de 9 mois, et, lesommetde l'échelle de 0 à 9, pour'ie jour de l'accouchement ; une de ces femmes s'est déclarée enceinte d'une fille, 1 mois et 4 jours après la fécondation ; et les deux autres, à 2 mois 21 jours, et à 7 mois lo jours de grossesse, se sont annoncées chacune un garçon. Toutes les trois, dans les sommeils suivants, ont toujours soutenu leurs dires avec une conviction pro-

fonde, ce que l'eVénement est venu confirmer pour chacune d'elles.

Si, comme il est probable., les femmes en somnambulisme réussissent à reconnaître le sexe des fœtus qui sont renfermés dans leur sein, ce ne doit être que parce qu'elles parviennent à traduire une pensée insciente en pensée consciente. Ces deux sortes de pensées, ont pour foyer commun le cerveau.- Il n'y a rien d'élonnant, en raison de ce siège identique, que l'attention ne puisse, dans le sommeil, rendre consciente une idée dont le nerf grand sympathique est le point de départ aussi bien qu'une idée dont les sens sont la source de leur côté. S'il nous est impc>ssible, surtout dans la veille, de rendre saisissables à la conscience les pensées profondes dont la merveilleuse structure du corps est l'expression ; c'est (ju'elles se manifestent d'une manière si égale, si monotone dans leur continuité, qu'on ne peut trouver en elles de diflérence appréciable et, par suite, les saisir, les interpréter, les traduire. Si nous n'avions jamais entendu qu'un son continu, aurions-nous idée du son? Si nos yeux n'avaient jamais perçu qu'une couleur, aurions-nous connaissance des couleurs ? Et quand nous appliquons la main sur un corps, sans la remuer ensuite, avons-nous idée, l'impression tactile étant toujours la même, de cerfaines qualités de ce corps ? La condition, pour être sûr qu'une couleur existe, c'est d'en voir d'autres; qu'un son a lieu, c'est qu'il soit int(.Trompu ou qu'on entende d'autres sons; enfin la condition pour juger de quelques propriétés d'un corps dont l'impression au toucher est permanente, c'est de remuer les doigts pour en sentir la dureté, les anfractuosités ou les autres formes. Ce que nous émettons ressort aussi de la théorie de Socrate qui, en se grattant les jambes après qu'on lui eut ôlé ses fers, disait à ses disciples que : sans la douleur qu'il venait de

ressentir, il n'aurait pas une idée si vraie de la démangeaison qu'il éprouvait. Donc, perceptions de couleurs variées, de sons interrompus ou différents d'intensité, d'impressions tactiles de dureté, de formes des corps, de douleur, de chatouillement ; voilà les conditions essentielles des idées conscientes que l'on peut acquérir sur chaque objet des sens. Sans ces conditions de- variabilité, les perceptions continues que l'on éprouverait seraient toujours les mêmes.

Ce que nous supposons ici devoir être la cause de l'inconscience des sensations et des idées, c'est un peu ce qui est la cause pourquoi, dans la vie organique, l'on n'a pas conscience des phénomènes internes faiblement différenciés, tels que : sensations, mouvements, etc.; et, à plus forte raison des pensées inscientes, permanentes, qui réagissent avec tant de régularité dans les profondeurs des tissus. Mais, dans le sommeil profond, il peut bien ne pas toujours y avoir la même uniformité dans les impressions, les pensées et les actes ayant rapport aux fondions végétatives; dès lors que, par un effort d'attention, il est possible d'y percevoir localement des sensations et des mouvements inconscients auparavant, de ralentir ou d'accélérer les mouvements de certains muscles à fibres lisses, de faire dilater ou de faire contracter les tuniques des vaisseaux capillaires sanguins, d'activer ou de modérer les sécrétions des glandes et de stimuler la vitalité des tissus ou de la diminuer au point de produire des plaies ulcéreuses et même la mort. Des phénomènes tels que les précédents prouvant, sans réplique, la puissance qu'à l'attention de réagir parfois sur les parties de l'économie où président des pensées inscientes de tous les instants, et d'en rendre les phénomènes variables : il n'y a rien d'étonnant qu'une force, qui s'accumule avec tant de puissance sur la partie du système nerveux où la plu-

part des sensations intérieures sont perçues, ne se porte, avec la môme abondance et la môme énergie, dans la partie du cerveau où ces sensations s'impriment et où les pensées inconscientes, fruits de ces sensations, s'élaborent en mt'^me temps. Rien d'étonnant alors que l'attention consciente ne saisisse des ditîérences, pt dans les sensations internes qui ne nous étaient pas révélées jusque-là, et dans les mouvements ou ordres transmis qui les accompagnent, et enfin dans toutes les pensées cérébrales qui, nécessairement, sont à la base de ces derniers phénomènes. Si surtout, dans le sommeil profond, Talflux de l'attention sur les organes intérieurs et le cerveau doit être susceptible d'y surprendre une pensée ou l'expression d'une pensée ; c'est bien dans ce qui appartient à une fonction comme celle de gestation, fonction d'une existence accidentelle. L'attention concentrée, à cause des différences qui s'offrent à elles, et dans le centre cérébral de la mère, et dans les modifications organiques concernant le fœtus, y trouve leslinéaments nets d'une idée inconsciente concernant l'être nouveau en voie de développement dans l'organisme, et elle traduit cette idée en idée consciente. Car, ainsi que nous l'avons dit, l'attention faisant percevoir dans l'état de repos, des sensations qui n'ont jamais été senties sciemment jusqu'alors, pourquoi n'aiderait-elle pas à lire dans le cerveau maternel, à propos du fœtus, une pensée dont la mère n'avait jamais eu conscience dans l'état de veille comme est celle qui est relative au sexe de l'enfant qu'elle porte dans son sein ?

EDDCATIOX ANTERIEURE

En s'accumulant sur les idées et en même temps sur les sens,raltention, pendant le sommeil, est cause de plus de sensibilité, d'une remémoration plus puissante et de plus de profondeur dans l'intelligence. C'est elle qui, en suscitant des idées émotives, est la condition de passions et de sentiments plus développés que de coutume; c'est elle encore, à l'aide de l'idée, qui stimule les besoins et réveille les appétits outre mesure. Grâce à l'impulsion de cette force dans cet état, les fonctions les plus reculées de l'organisme, celles qui paraissent les plus indépendantes, sont susceptibles d'être excitées et modifiées ; elle va même saisir en elles des sensations, des mouvements et, par-dessus tout, des pensées. C'est celte force enfin qui, réagissant aussi sur une idée, donne une impulsion irrésistible aux sensations centrifuges, aux déterminations, aux actes intellectuels, aux modifications organiques, etc , pour que ces phénomènes surgissent, chez les somnambules, insciemment et fatalement après réveil, aux heures et aux jours désignés d'avance.

La puissance de la pensée étant connue comme levier, dans l'être et le devenir de l'organisme, nous noussommes demandé si, pendant le sommeil, après avoir reçu l'élincelle de la suggestion, des femmes enceintes, dont la vie est intimement unie à celles de leurs fœtus, sont capables alors de leur transmettre des idées fixes pour la vie extra-

utérine ; idées fixes se répercutant, ou en formes corporelles, ou en finesse des sens, ou en qualité de cœur, ou en aptitudes intelleclurlles, ou en tendances inslinctives,etc.?Si, dansl-étatde repos et par la pensée suggérée, l'on peut développer sur les autres et sur soi-même, pour l'avenir, des modifications organiques, des idées fixes, etc., n'est-il pas possible aux femmes, dans le même état et par le même moyen, de développer à peu près semblables choses sur les êtres qui sont en voie de formation dans leur sein ?

Sous un point de vue moins spécialisé, un enfant perdu, de Frarière ', a lancé, dans ces derniers temps, cette question dans le domaine de la science ; non pas qu'il en soit le Christophe Colomb ou qu'il l'ait résolue affirmativement ; maisil a cherché à démontrer avec une conviction entière, en «'appuyant sur quelques faits et des considérations générales, que la pensée de la mère, lors de la gestation, a une énorme influence sur l'avenir physique et moral de l'enfant qu'elle porte dans son sein et la conclusion de son livre, c'est que la femme tout le temps de sa grossesse, doit nourrir son esprit d'aliments intellectuels de choix, et le diriger vers la culture des arts ou vers des occupations nobles et dignes. Tout en acceptant, comme bien venues, l'argumentation et les conclusions établies dans le livre intitulé : Influences maternelles, et en y prenant des faits, nous nous sommes mis en quête de nouveaux documents ; et, appuyé sur les uns et les autres, nous avons cherché s'il n'y a pas de conditions essentielles favorables au principe de l'éducation antérieure. Ces conditions nous ont paru se présenter surtout dans des états analogues au sommeil profond. - Aussi, avons-nous été porté à expérimenter sur

' Influences malernelle-'', nouvelle édition. Didier, 1862. 2 Voy. plus loin, même paragraphe.

trois somnambules enceintes, espe'rant obtenir des preuves, plus directes et plus irréfragables, de l'influence de la pensée de la mère sur le produit de sa conception, afin de confirmer directement les nombreux faits plus ou moins avérés qui, jusqu'alors, ont entretenu l'opinion vulgaire, rajeunie par de Prarière. Les hommes compétents ont fort mal répondu à lïnitiative prise par cet auteur. Gomme à tant d'autres, qui ont pressenti d'utiles découvertes, il lui a été donné des railleries au lieu d'encouragements. C'est qu'il est plus facile de faire de l'esprit à tort et à travers que de juger sainement et avec hardiesse. Seuls, quelques écrivains ' soucieux du vrai et n'ayant pas, par position, à ménager les préjugés scientifiques ou l'omnipotence des Académies, ont approuvé un livre qui, sous le rapport de l'initiative, est une courageuse sortie hors des rangs.

Avant d'aborder l'examen des faits, il est bon de jeter un coup d'œil dans ce qui est du domaine de l'hérédité ; car la question qui nous occupe y a ses racines. C'est bien dans l'hérédité qu'on trouvera les véritables éléments portant à croire que l'éducation antérieure, fût-elle une chimère, il y a pourtant des raisons d'en faire le sujet d'une étude sérieuse.

L'hérédité se présente sous deux aspects: l'un, à peu près invariable; et l'autre, variable. Ce qui est invariable dans les êtres, découle de l'idée première qui a présidé à leur formation et se continue, au moins pendant une longue suite d'âges, d'une manière permanente, dans les séries individuelles de chaque espèce. Il y a autour de cette idée comme une force centripète éminemment conservatrice du type primitif. Cette force ramène à ce type, tout ce qui, par accident, s'en écarte et qui transmis, aurait pour effet, soit la variation à l'infini des caractères

1 Victor Meunier, J.-J., Proudiion, G. Sand, etc.

spécifiques, soit des changements incompatibles avec la vie des individus, et serait, par conséquent, destructif des races. C'est en vertu de cette convergence uniforme vers la pensée primitive que, depuis le premier être jusqu'au dernier d'une espr^ce, on trouve presque toujours la même conformation organique, la même composition intime des tissus essentiels : os, muscles, nerfs, vaisseaux, etc., sauf des différences de volume, de formes. C'est grâce aussi à ce retour vers le plan primordial que les sourds, les aveugles, les boiteux, etc., engendrent des enfants pourvus de tous leurs sens et de tous leurs membres. A cette loi, il n'y a guère d'exceptions \ et ces exceptions n'infirment que peu cette loi d'immuabilité héréditaire dans les espèces; elles démontrent que ce qui est stable dans la nature, tend à de légers changements, et que celle-ci ne fait pas de saut.

S'il y a donc à perfectionner les hommes, par l'action de la pensée de la mère sur le fœtus qu'elle nourrit dans ses flancs, ce n'est certes pas en tentant la réforme de ce qui est l'expression d'une pensée transmise sur l'organisme d'une manière à peu près héréditairement invariable ; c'est

1 Nous en transcrivons ici quelques-unes, extraites du travail de Pr. Lucas. [Traité de i hérédité naturelle, t. II, p, 493 et suiv. ; J.-B. Baillière, 1860.) Blumemljach rapporte, qu'en Angleterre, où l'on raccourcit la queue aux chevaux, leursdescendanls naissent souvent avec une queue plus courte. Le même savant relate encore que des chiens, ayant eu la queue ou les oreilles coupées, ont procréé des petits dont ces appendices étaient diminués de longueur. Cuvier rapporte qu'à la ménagerie de Paris, une louve, accouplée avec un chien braque dont on avait enlevé la queue, y mit bas deux métis ressemblant sous ce rapport à leur père Grognier cite le cas d'une chienne, sans appendice caudale, et dont les produits femelles étaieut dépourvus de ce prolongement comme leur mère. Mekel a vu une dilTormité des doigts produite par un panaris, chez une femme, se transmettre aux deux enfants qu'elle eut depuis. Blumenbach rapporte encore un fait de transmission semblable du père a\ix enfants. On a mè.Tie trouvé des juifs naissant circoncis.

Lli SOMMKIL. 5*

^n cherchant à interpréter la nature là où, dans rintérêt -de la conservation de l'espèce, elle obéit à une tendance centrifuge; là où elle est sujette à des changements, ainsi qu'il arrive pour les goûts, les appétits, les sentiments, les passions, les instincts, les aptitudes, le volume et la forme des organes, etc. ; toutes choses qui varient à l'infini. Pour se conserver, les êtres tendent par la pensée, à leur su ou à leur insu, à s'harmoniser au moral et au physique avec les climats, les produits du sol, les lieux, le milieu social, la civilisation, etc. ; de là ces types si différents et si nombreux s'imitant eux-mêmes de générations en générations. Ce sont, nous ne dirons pas les mêmes conditions extérieures; mais les mêmes moyens de réaction idéale dont se sert la nature vis-à-vis de ces conditions, que nous devons employer pour créer les divergences héréditaires par influence maternelle; or, ces moyens sont trouvés: ils se résument dans l'action de l'attention sur des idées imagées ou affectives, surtout pendant le sommeil et les états analogues.

La science officielle n'a jamais accepté que, parla pensée consciente, on put modifier les êtres héréditairement dans ce qui se perpétue des caractères constants des races ; et, en cela, elle a à peu près raison. Elle est presque aussi dogmatique pour les caractères qui sont variables en eux. Cependant, à propos de ces derniers, quelques savants : Cardan, Hoffacker, Huffeland, Esquirol, Burdach, E. Seguin, Boesch, Da Gama Machado, Girou de Bussareingues, etc., ont entrevu que des causes émotives, telles que : l'ébriété, des passions gaies ou tristes, ont, lors du coït, un contre-coup sur le produit de la conception. Ils admettent que l'état moral où se trouvent le père et la mère à l'instant de la copulation, influe pour l'avenir sur les cara 'tères, les aptitudes, la santé de l'être nouvellement conçu. Ainsi, les parents sont-ils dans l'ivresse, les

enfants auront la môme obtusion de la sensibilité et de l'intelligence; sont-ils dans une crise de larmes ou de remords; dans un moment de mauvaise humeur, leurs enfants conserveront -toujours un fond de tristesse ou un caractère bilieux. « Les passions ou les affections morales sous rinQuence desquelles s'exerce le coït, dit Pr. Lucas *, auquel nous empruntons ce qui précède, peuvent transpirer dans le nouvel être, et se réveiller chez lui en impressions natives, par une réminiscence héréditaire de Tàme. » Si l'on va jusqu'à croire que l'état émotif où se trouvent les parents, dans le court passage de la copulation, rejaillit sur la santé, les aptitudes, le caractère, etc., des enfants alors conçus; c'est que l'on admet implicitement l'action delà pensée du père et de la mère sur l'être qu'ils ont procréé ; car, pas d'émotions sans idées qui les^ produisent. Et si, un éclair de la pensée réveillant un trouble affectif pendant l'acte de la fécondation est empreint, incarné dans le nouvel être, à combien plus forte raison doit-on conclure qu'une mère impressionnable, par des pensées renouvelées l'espace de plusieurs mois, peut avoir d'influence sur les qualités ou les défauts futurs du produit de sa conception. Et si, en outre, cette mère mise dans le sommeil profond est inQuencée alors par la suggestion, lincubation morale sera encore plus grande sur son fœtus que dans les moments les plus favorables delà veille; la suggestion aura, en un instant, un pareil effet que celui qu'admettent les auteurs précités, lors de l'acte de l'accouplement des sexes, état avec lequel le somnambulisme à une certaine analogie, ce que nous prouverons plus loin.

La manière de s'oir des savants, auxquels nous en avons appelé, est pour nous toute rationnelle, même sans-

' Tr-iiié de l'hcrc lilé nnlurcllc, \. II, p. 504.

l'appui de preuves directes. Du moment que nous savons déjà qu'une idée fixée dans l'esprit d'un dormeur va imprimer son signe sur l'organisme, et cela fatalement à une époque ultérieure plus ou moins éloignée , le bandeau est levé, tout s'explique. Il n'y a plus rien d'irrationnel à accepter la croyance qu'une idée des parents, à l'instant delà fécondation, soit transmise au fœtus et reste latente en lui pour le porter plus tard, dans la vie extra-utérine, à diriger involontairement ses actes vers le sens de l'idée imposée en premier lieu. Tendances passionnelles, dispositions intelligentes , habitudes, goûts des parents, formes particulières du corps : tout ce qui est dominé par une idée, passe ainsi à l'état de fixité dans les produits qu'ils ont conçus. Les fils ne peuvent plus se détourner des idées, fruits de l'expérience léguée par les ancêtres, tant que leur raison ne s'est pas encore développée.

On n'a pas tort de placer toutes ces tendances inscientes au nombre des instincts. Qu'entend-on par instincts? Ne sont-ce pas exclusivement ces pensées des ascendants gravées dans la mémoire, pensées répercussivement transmises par représentation mentale lors du coït et d'autres états organiques et qui, produits des connaissances acquises, se continuent héréditairement en idées fixes, d'une manière latente et inconsciente, pour guider leurs descendants avant que leur intelligence ait acquis du développement? Ce sont ces idées transmises, on ne sait pas encore trop comment, qui sont la cause pourquoi, par exemple : <( les animaux ^ discernent les aliments qui leur sont propres, au moyen d'un flair, d'un pressentiment qui ne doit rien à l'éducation, mais qui est inné. Il faut qu'ils portent en eux les images des choses qui leur conviennent, qu'ils reconnaissent ces choses comme leur étant destinées,

' De l'âme, par E. Cournaull, p. 218. Larange, 185o.

DU SOMMEIL PROFOND i73

sitôt qu'ils les aperçoivent au dehors. L'homme trouve aussi en lui ces signalements, mais à un degré beaucoup plus faible. ' » A notre insu et surtout avant que nous ne fassions usage de 1-a raison, cette pensée d'emprunt veille à la place de l'intellect, par prescience; absolument comme une idée fixe suggérée à un dormeur reparaît en lui dans un avenir lointain, sous forme d'une vision fantastiqite ; ou le pousse à accomplir des actes raisonnes antérieurement par autrui, actes qu'il exécute longtemps après, en automate, et sans se douter qu'ils lui ont été dictés. Qu'on explique différemment pourquoi:-» le canneton s'achemine vers l'eau malgré les cris d'une mère adoptive d'une espèce différente ; » pourquoi « la petite tortue, tout humide encore des fluides de l'œuf dont elle s'échappe à peine, se dirige sur-le-champ vers la mer, en prend le chemin, le suit sans détour, le reprend vingt fois, même à de grandes dislances et de quelque côté qu'on lui tourne la tête ^? » Ces considérations incidentes émises, nous pouvons rentrer dans le vif de notre thèse et aborder les faits à l'appui. Ceux que nous rapportons sont pris parmi les mammifères et l'homme.

1° De Frarière '• tient pour certain que les bons chiens de chasse sont ceux dont les mères ont été en activité pendant leur gestation ; il cite une observation à l'appui.

2*^ Le père du môme auteur ^ a remarqué que les chiens, nés

' « Ou ne peut pas, dit Cuvier, se faire d'idée claire de l'iustinct, qu'en admettant que les animaux ont, dans leur sensorium, des image» ou sensations innées et constantes, qui les déterminent à agir comme les sensations ordinaires et accidentelles les déterminent communément. »

■2 Rapport du physique et du moral, par Cabanis, t. II, p. 264.

3 C'est Texpérience acquise qui fait disparaître les instincts, aussi se conservent-ils d'autant plus dans les espèces qu'elles sont moins intelligentes ou qu'elles acquièrent des connaissances avec lenteur.

* Influences maternelleSy p. 102.

•'• Id. p. 109.

d^me mère enchaînée pendant la gestation, sont moins doux que ceux qui. sont venus au monde lorsqu'elle était libre.

30 D'après Van Helmont et Haller ', lajunient, après avoir engendré un mulet, si elle est ensuite saillie par un cheval, est capable alors de donner le jour à un produit qui tient de l'âne. Ce lait est connu des Arabes. Avant de se défaire d'une jument qui leur donnait de beaux poulains, s'ils craignent sa concurrence pour l'avenir, ils lui font perdre cette qualité précieuse en la faisant saillir par un âne.

4° Home rapporte ^ qu'une jument mit au monde un mulet venant d'un couagga ; le mulet fut tacheté comme son père. Aux trois générations suivantes, cette jument, fécondée par des étalons arabes , eut des poulains tachetés comme le couagga.

0° D'après Meckel^, une truie, fécondée par un sanglier, mit bas plusieurs métis dont quelques-uns portaient le pelage brun du père. Le sanglier mourut. Longtemps après sa mort, la même truie s'accoupla différentes fois avec des verrats domestiques et, à chaque portée, on eut la surprise de voir reparaître sur une partie des petits, des lambeaux de la robe foncée du sanglier.

6» D'après Starck ''^ il y a des retours analogues chez les chiens. On a vu des femelles de ces animaux couvertes par des mâles d'une race différente et étrangère, qui, toutes les fois qu'elles étaient ensuite couvertes par d'autres chiens, mettaient bas à chaque portée, parmi les petits de la race du dernier père qui les avait fécondées, un petit appartenant à la race du premier qui les avait approchées.

70 Les poulains ^ provenant de parents dressés au manège naissent, selon Burdach, avec de semblables aptitudes.

8° Selon le même physiologiste •', plus les chiens couchants ont été dressés à aller à l'eau, plus leurs petits témoignent de penchant à s'y jeter.

9° Au rapport de Sigaud de Lafond ", une chienne fut éreintée

^ TraiU de l'hérédité nalureîle, p. 58, t. II. par M. Pr. Lucasv.

2 Id., t. U, p. 59.

3 /d., t. II, p. .59.

* Traité de Vhérédiié naturelle, l. II, p. 3<i ^' Id., t. II, p. 483.

« fd., t. II, p. 4S.5.

' Id., t. JI, p. 501.

pendant l'accoiiplemenl, à la suite d'un coup violent sur la colonne vertébrale. Elle en resta plusieurs jours paralysée du Irain de derrière. Des huit petits qu'elle mil au monde, tous, à l'exception d'un seul, étaient contrefaits; ils avaient la partie postérieure du corps ou défectueuse ou mal conformée

10" Une personne de ma connaissance a un fils dont la racine du nez est marquée d'une lentille brune. Elle attribue cette tache à une émotion quelle éprouva au commencement de sa grossesse, à l'aspect d'un homme qu'elle n'avait pas vu depuis quinze ans, et qu'elle reconnut soudain à un signe toutà fait semblable et siégeant à la même place où se trouve la lentille de son fils.

lt<» Je connais un vigneron dont la tète ressemble, à s'y méprendre, à celle du patron de son village, telle qu'elle est représentée dans l'église. Tout le temps de sa grossesse, sa mère avait eu dans l'idée que son enfant aurait une tête pareille à celle que l'image du saint présentait à ses yeux.

l"2o Malebranche et tout Paris avec lui, ont vu un enfant venant de naître qui avait très-peu de front et les marques^ d'une mitre sur ses épaules. Sa mère avait été frappée de la vue d'un tableau de Saint Pie, où cet évèque était représenté avec la face tournée vers le ciel et peinte en raccourci ; c'est-à-dire avec un front court ^

13'' Le même auleurcite encore le fait d'un jeune homme, né fou, et dont le corps était rompu dans les mêmes endroits où l'on rompait les criminels. Pendant sa grossesse, la mère de ce malheureux avait été profondément émue des coups donnés à un misérable condamné -.

14*^ Montaigne parle d'une fille ^ qui fut présentée au roi Charles, de Bohême, laquelle naquit toute velue, parce que sa mère avait au pied de son lit une image de saint Jean- Raptisle.

15" Jaf.'ques IV, d'Ecosse ', ne pouvait voir une épée nue sans se trouver mal, parce que, pendant quelle en était enceinte, Marie Stuart aurait éprouvé une indélébile empreinte psychique envoyant percer le malheureux Rizzio jusque dans ses bras.

' Œuvre de Malebranche, t l, p. 125. Paris, CharfeuUer.

^ Essais^ chap. xx, t. L

* Influences ninlervrlles, p. îl.

16° Une femme enceinte * tourmentée de manger des écrevisses,en dévora une si grande quantité qu'elle en eut la diarrhée. La petite fille dont elle devint mère naquit avec un goût si décidé pour ces crustacés qu'elle, les mangeait tout crus.

17° Ampère raconta un jour au général Noizet^, qu'un jeune homme, désirant vivement se marier avec une personne qu'il aimait et qui ne consentait au mariage qu'à la condition qu'il ne priserait plus, promit de renoncer à sa poudre favorite. Mais ce ne fut pas sans éprouver, dans les premiers moments de son mariage, un extrême désir de prendre du tabac. Sa femme devint alors enceinte et elle accoucha d'une fille qui, plus tard, vers trois à quatre ans, avait une tendance invincible pour cette poudre narcotique ; elle se jetait sur toutes les tabatières.

18° En 18H, Chardel a vu, à la foire de Saint-Cloud ^, sur une fille âgée de six à sept ans, un singulier effet de l'action de l'esprit de la mère ; cette fille portait écrit autour de la prunelle de ses beaux yeux bleus, les mots : Napoléon empereur.

19° De Frarière a vu, en Italie'', une jeune fille qui était toujours obligée de porter constamment un fichu très épais sur ses épaules pour y cacher les formes en relief d'une chauvesouris ; rien n'y manquait : poils gris noirs, griffes et museau. Une chauve-souris attirée par la lumière dans une salle de bal, alla s'abattre sur les épaules de la mère de cette jeune fille, pendant qu'elle en était nouvellement enceinte; par suite l'impression de terreur que cette dame éprouva fut si forte qu'elle s'évanouit.

20° Le même auteur a rencontré, en Suisse ^, un très joli enfant qui n'avait pas de mains, par l'effet de l'impression que sa mère ressentit, lorsquelle en était enceinte, à la vue d'un vieux militaire qui avait eu les deux mains gelées en Russie. Celte impression avait été tellement forte qu'elle était tombée évanouie.

21° Un brave officier anglais ^, très audacieux à la chasse du

* Éphémer. g ernn., déc. m, an IX et X, obs. 33.

* Mémoire sur le somnambulisme, p. 40.

^ Psijckolog le physiologique, noie, p. 350.

* Influences rnaletnelles, p. 17.

•■' Id., p. 19.

DU SOMMKIL PROFOND 1

tigre et de l'éléphant, avait extri^mement pour de tous les petits chiens ; sa mère avait été niordue lors de son intéressante position, par un de ces favoris des dames.

22" On a vu un je.une pâtre ', d'une aptitude extraordinaire sur le calcul, qui ne devait le développement de sa faculté déductive, qu'à ce que sa mère, pendant une certaine époque de sa grossesse, s'occupa de compter les bénéfices présents et futurs de ses spéculations de ménage.

23° De Frarière a coniui une dame ^ dont les enfants avaient hérité des prédispositions artistiques en harmonie avec ses goûts pendant qu'elle était enceinte.

24° V. Hugo attribue son génie poétique ^' aux impressions ressenties par sa mère, pendant un long voyage, dans des lieux extrêmement pittoresques, voyage qu'elle fit précisément lorsqu'elle le portait dans son sein

2o° On peut lire, dans l'Abeille médicale '',V^riic]e d'un médecin d'Amiens, sur une fille de 14 ans, dont la peau, marquée de petites taches brunes, recouverte de duvet, présente be«?ucoup d'analogie avec celle du tigre. Etant enceinte, la mère de cette jeune fille avait éprouvé, à la vue d'un tigre, un ébranlement nerveux profond^.

Les faits que nous venons de relater ont été pris aux sources qui nous ont paru les plus certaines. Il n'est pas difTicile de leur opposer des objections, même à ceux que nous rapportons nous-mêmes. N'y a-t-il pas eu des rapports de coïncidence entre les faits remarqués et les pensées auxquelles on les auraient attribués ? Les histoires que l'on a récitées aux écrivains sont-elles réellement vraies ? Ont-ils bien vu ce qu'ils ont avancé et n'ont-ils pas, légèrement, ajouté foi aux racontages de gens non initiés à la science, gens toujours crédules et abondant

* Infîwnces rnalernelles, p. 24.

2 Id., p. 2o.

^ Id., p. 47 .

4 Année 1863, i;' 46, p. 368.

* 11 y a une vingtaine dannées, j'ai ou l'occasion de voir de mes yeux cette fille, à la foire de Nancy : sa peau rappelait réelloraeut celle du tiîçre.

dans le sens des préjugés ? Nous prions le lecteur de demeurer dans ces dispo«ilions de doute si favorables à la découverte delà vérité, à la condition, qu'après nous avoir lu, il expérinientera, comme nous avons tenté d'expérimenter ; en attendant, qu'il retienne sa langue.

Les faits cités par nous, se rapportent à des mammifères et en particulier à Thomme. Dans leurs expériences, les physiologistes ont coutume de conclure, à l'égard de l'espèce humaine, par ce qui se passe dans les espèces les plus élevées dans l'échelle zoologique; et ils admettent que les déductions qu'ils tirent pour l'homme de ces expériences sont approximativement vraies. Lors donc que les observations prises parmi ces deux sortes d'êtres, déjà si différents, coïncident entre elles, ils les regardent comme l'expression de la vérité.

Les considérations suivantes découlent des faits qui ont rapport à des mammifères.

Les idées qui ont préoccupé les mères pendant leur gestation, qu'elles soient causes de sensations répercutées et en même temps accompagnées d'émotions hostiles ou ennuyeuses, ont lapropriétéd'êtretransportéesen dispositions mentales de ces mères à leurs petits (voyez obs. 1, 2,7,8). Un mâle, d'une variété ou d'une espèce toute différente de mammifères, ayant couvert d'abord une femelle d'une autre variété ou d'une autre espèce, il arrive que cette dernière, bien que fécondée plus tard par des animaux qui lui ressemblent complètement, imprime^ par remémoration, dans ses futurs nouveaux-nés, des marques appartenant au mâle qui l'a saillie à l'époque la plus éloignée. Ces modifications rejaillissent parfois sur plusieurs parturitions subséquentes (voyez obs. 3, 4, 5, 6). Et remarquons-le, si les petits ressemblent à un père qui n'est pas le leuret qui, longtemps avant le véritable, s'était accouplé avec leur mère ; cet étrange phénomène ne peut être al-

Iribué qu'au contre-coup d'une réaction morale, à une représentation imagée et émotive du précédent objet de l'amour de cette mère. Si un tel résultat était dil à une iniluence séminale a^itérieur, comme il arrive aux poules qui ont une seconde couvée, quoique dans l'intervalle elles aient été privées des approches d'un coq ; on aurait déjà vu les animaux dont il est question : chiennes, cavales, truies, avoir à une ou à plusieurs reprises, des petits, après la seule approche du mâle remontant au-delà de la première litée ; mais ce prodige est encore à trouver dans la classe des mammifères. Pour expliquer de pareilles fantaisies dans la reproduction, nous sommes obligé d'admettre'une véritable action de la pensée de la mère sur ses produits.

Enfin, une idée émotive qui, pendant l'accouplement, est accompagnée d'une lésion temporaire chez la femelle, est traduite dans ses petits par une modification morbide du même genre : ce qu'elle a ressenti, elle l'a imprimé dans sa progéniture (voyez obs. 9).

Voici maintenant les considérations que nous tirons des autres faits, rapportés plus haut, et qui sont relatifs à l'homme. Beaucoup d'entre ces faits présentent, quanta leur mode de formation, de l'identité avec ceux que nous venons de signaler chez les animaux, et cet accord est déjà une preuve portant à induire, que la pensée des mères a réellement une répercussion véritable sur l'avenir physique et moral de leurs fœtus.

Une idée de désir sensuel, idée permanente dans l'esprit du père, lors de l'acte conjugal, se transporte de lui à l'enfant procréé (voyez obs. 17). Ce fait corrobore l'opinion de certains physiologistes qui pensent qu'au moment de la copulation; non-seulement la mère ; mais le père, photographient dans leurs produits le reflet des pensées qui les préoccupent alors le plus.

Les linéaments écrits d'une pensée sont exactement reproduits sur l'iris d'une jeune fille, par action mentale de la mère sur son fœtus (voyez obs, i8). Pareil fait devrait être regardé comme un conte ridicule, si l'auteur qui le rapporte n'était honorablement connu, et au moins, par son instruction, d'une perspicacité à déjouer, en ce cas, la fraude d'un charlatan. Ce qui conduit à supposer que l'invraisemblable peut iciétre vrai, c'est que chez les mystiques, le désir exprimé de souffrir en réalité, comme le Christ, recrée sur leur corps les cinq plaies qu'ils se représentent en souvenir.

Dans trois cas, une préoccupation idéale durable (preuve que la pensée moule le corps), a donné aux enfants une ressemblance calquée sur l'image de trois tableaux représentant des saints (voyez obs. 11, 12, 14) ; une autre fois, elle a transmis l'aptitude à combiner les nombres (voyez obs. 22) ; et enfin, dans deux derniers cas , elle a favorisé des dispositions artistiques et même le génie poétique (voy. obs. 23, 24).

Dans huit observations, l'on remarque d'abord qu'une femme, prise d'une idée avec violent désir d'un aliment, a donné le même désir permanent à son enfant (voyez obs. 16) ; que deux autres, par la pensée, ont fait revivre sur leurs fœtus la particularité imagée qui, avec surprise a frappé leurs yeux (vo3^ez obs. 10, 13) ; que d'autres enfin, se représentant l'image d'un objet avec crainte ou frayeur, ont reproduit sur leurs enfants la forme de ce qui a frappé leurs sens (voyez obs. 19, 20, 25) ; ou ont transmis à leur progéniture une disposition à la frayeur de l'objet ou de l'être aperçu (voyez obs. 15,21). C'est, à notre avis, quand l'émotion a accompagné l'affirmation mentale d'une idée, dans un état analogue au sommeil, que la pensée de la mère est transmise dans le système nerveux et traduite le plus sûrement dans l'organisation du fœtus, si surtout elle

éprouve cette émotion dans les temps les plus rapprochés de la conception.

Il est clair que: dès lors qu'une idée, pendxnt l'excitation du coït, se traduit par un contre-coup sur presque tous les petits d'une femelle (voyez obs. 9j ; dès lors que l'envie d'un père pour un objet, à l'instant de la fécondation, (voy. obs. 16, 17) rejaillit pour rester empreinte en idée fixe dans le nouvel être et éclore en lui dans la vie extra-utérine; il est clair qu'une pensée, même passagère; mais vivement éprouvée, que ce soit dans le sommeil ou non, par une m^re lorsqu'elle est dans les jours les plus rapprochés de l'acte fécondant, peut bien être souvent cause d'un semblable effet surles produitsde la conception.

Une seule fois, ilyaeu parla pensée (voyez obs. 20), modification à ce qui a rapport à la forme à peu près immuable de l'hérédité, et cet important résultat delà représentation mentale répercutée, a eu lieu dans un moment de vive émotion de la mère.

Des remarques précédentes, il découle des considérations importantes et d'un intérêt majeur. Les préoccupations d'esprit des parents ont rejailli sur les produits de leur conception en caractères tranchés, soit sur le moral par la transmission d'idées fixes, soit sur le physique par des idées-images répenmtées, dans trois circonstances différentes : 1° lors de l'acte très court de la copulation ; et 2° et 3°, lors de la grossesse : ou à la suite d'un appel subit de l'attention accumulée sur une idée émotive ; ou par une incubation lente et continue de cette force sur une idée prédominante.

P Huffeland, Girou, Spurzheim, Hoffacker, Burdach, Pr, Lucas, admettent formellement que la prépondérance héréditaire appartient à celui des deux sexes qui déploit le plus d'énergie dans le rapprochement vénérien. Comme dans cet acie, c'est la pensée qui gouverne ; cela équivaut

LE s .MI ::.. G

' iH'2 LE SOMMEIL PROVOQUE

à dire que cette prépondérance découle du parent dont l'excitation d'esprit est la plus énergique. Le fait, observé par Sigaud de Lafond (voyez obs. 9 ), de cette chienne éreintée dans son accouplement, et qui mis bas sept petits ayant le train de derrière contrefait ; et celui dont Ampère fit part au général Noizet, concernant un jeune homme (voyez obs. 17) qui, obsédé d'une violente envie de priser, à l'époque de ses premières amours, transmit à sa fille l'idée fixe du même désir sensuel, vient confirmer l'opinion que nous émettons. Évidemment, dans ces deux cas, c'est de toutes les pensées des conjoints la plus prédominante, la plus fixe qui, plus tard, reparaît en saillie dans le nouvel être. Il y a là une indication pour faire admettre que le produit de la conception conserve, avant tous autres, les signes moraux et physiques du contre-coup de la pensée du })lus ardent des deux parents au moment de l'union sexuelle ; à ce moment où toutes les forces, en donnant la vie au fœtus, par une représentation mentale vive, se concentrent sur cet embryon naissant, on ne sait trop comment, et impriment en lui la marque de ses idées prédominantes et de ses formes futures.

Logiquement, le mouvement de l'action cérébrale des deux parents sur la vésicule dePurkinje est tout à fait comparable à celui de la sensation centrifuge qui, dés qu'elle est exprimée au cerveau, se répercute presque instantanément en impression dans les organes sensibles. Ici, c'est la tache nerveuse germinative de l'œuf fécondé qui garde les empreintes idéales reçues, comme le cerveau les conserve à la suite d'une perception ; et ces empreintes indélébiles sont les types d'après lesquels se forment les éléments constitutifs du nouvel èlre, éléments entretenus aussi par les pensées de la mère tout le temps de sa grossesse. Dans ce rapprochement nécessaire à la propagation

des espèces, l'être qui s'y ahandonne est entièrement à son objet, il ne songe à rien autre; insensible, isole' du monde extérieur, il est comme dans une véritable espèce de contemplation extatique, et la preuve, nous l'empruntons aux physiologistes. La grenouille en chaleur demeure indifférente aux piqûres, aux brûlures, à l'arrachement des membres sans interrompre la fécondation (Spallanzini). Le crapaud accouplé se laisse enlever les chairs et couper les cuisses sans se détacher de la femelle qu'il embrasse (Spallanzini, Magendie). Le coq de bruyère perd l'ouïe et la vue de tout autre objet que celui de son amour : il est insensible au bruit du fusil du chasseur; il reste, après comme avant le coup qui l'a manqué, les deux ailes pendantes, la queue étalée, et tout le corps frémissant, sur la branche isolée où il se tient perché et répète son cri de joie (Valmont-Balmore). Dans le rut, les chiens ne se plaignent pas des coups les plus violents ^. L'absorption psychique, qui assure la propagation des races animales, ainsi que nous venons de le voir dansée petit aperçu, a aussi sa répétion parmi les amants de l'espèce humaine ; et celte courte folie, à ne considérer que l'insensibilité, l'isolement, la concentration de l'esprit, n'est-elle pas frappante de vérité avec ces mêmes caractères que nous a révélés le rêve somnambulique ?

2° Ce n'est pas tout la même analogie, dans l'êtnt psychique, se rencontre aussi dans les deux autres circonstances qui ont favorisé la transmission aux enfants, des pensées qui ont vivement préoccupé les mères après l'acte de la fécondation. Lorsque, dans sa gestation, les sensations idéalisées par la mère ont été transmises et comme gravées dans le moral et lephysique de l'enfant qui est né ensuite;

* Voy., pour ces détails, le Trailé de l'hérédité, par Lucas, t. II, p. 267.

on a remarqué que la formation de ces empreintes fœtales coïncidait le plus souvent avec un état de surexcitation émotionnelle subite de l'esprit; espèce d'accès explosif ressemblant, à la fois, à l'orgasme vénérien et au somnambulisme, au nioins pour les caractères que nous en avons fait ressortir un peu plus haut.

En effet, si l'on compare un mouvement violent d'émotion avec la surexcitation du coït et avec la préoccupation du rêveur profond, on y remarque les mêmes éléments principaux : l'insensibilité, l'isolement du monde extérieur et l'arrêt de l'attention accumulée sur une idée. N'y a-t-il pas chez les animaux et l'homme, de ces moments où, la peur et d'autres sentiments s'emparent d'eux, les isolent et les pétrifient à la vue d'un danger imminent ou d'un objet qui les surprend ou les attire? Celui qui est saisi d'épouvante, par exemple, ne songe plus à fuir ni à se défendre ; il n'entend plus rien ; ne voit plus que ce qui absorbe son esprit ; son corps en catalepsie trahit l'arrêt de sa pensée. On a trouvé des animaux qui, en proie à une idée fixe, cause de leur frayeur, restaient dans la plus complète immobilité. On a pu saisir, à la main, des oiseaux paralysés à la vue d'un rapace ; on a remarqué des souris demeurer comme anéanties en face d'un chat, et se laisser happer par lui sans être capables d'exécuter le moindre mouvement pour se sauver. Sous ce rapport, l'homme même ne le cède pas aux bêtes ; le seul bruit de la queue d'un crotale, caché dans l'herbe, le glace d'effroi et l'immobilise.

Si, pendant l'acte de la génération où la pensée est en arrêt et les sens isolés, les parents impriment leurs pensées les plus vives sur les produits de leur conception ; il n'est pas étonnant que dans des accès de concentration psychique et, par conséquent, d'isolement semblable à celui du rapprochement sexuel, accès de même nature

DU SOMMKIL PROFOND 185

émutiveqiie ceux que nous venons de signaler chez l'homme et les animau>; ; il n'est pas étonnant, disons-nous, que dans le moment de ces accès, arrivant dans la période des neuf mois de la grossesse, les mères n'aient alors la propriété de communiquer aussi, par la pensée, à leurs fœlus, le caractère de ce qui, en ces accès, a fixé le plus leur atlention. Les faits à l'appui de l'action de la pensée des femmes sur le moral et le physique de leurs futurs produits, lors d'un accès court et subit de paroxysme mental, sont assez nombreux ;voy. obs. 10, 12, 13, 15,16, 19, :20) ; et il est probable que la plupart d'entre eux ont pris leur point de départ au commencement de la grossesse, dans la période où l'ambryon, informe, gélatineux, commence à apparaître dans ses membranes.

3° Dans d'autres cas, la préoccupation continue de l'esprit sur des idées irritantes ou agréables ou sur des objets qui ont frappé leur vue, a été cause, chez des femelles d'animaux, de modifications de caractère, d'aptitudes et de pelage dans leur progéniture. Chez les femmes, des occupations intellectuelles, artistiques, ont développé dans leurs enfants des aptitudes scientifiques, poétiques et musicales ^voyez obs. 14, :ii2, 24); la viie souvent répétée d'un objet a transmis sa représentation dans les produits conçus (voyez obs. Il, 14j ; et même une pensée se serait écrite en linéaments indélébiles dans l'œil de l'un d'eux (voyez obs. 18). Il est probable que ces femmes tombaient dans une espèce de charme semi-extatique, état favorable pour imprimer dans le fœtus les idées qu'elles s'étaient affirmées, et que le sentiment du beau et le sentiment religieux ont accompagné ces idées,

Maintenant que, connaissant la puissance de la pensée des dormeurs sur leur organisme, nous avons établi des expériences pour confirmer l'induction qui nous a conduit à inférer la possibilité qu'a une mère mise en som-

nambulisme , d'avoir par suggestion , sur son fœtus, la même action que sur elle-même, nous avons eu grandement raison ; car voilà que des faits de réaction de la pensée de la mère sur son enfant, faits d'une certitude laissant d'abord en apparence à désirer, et que nous invoquons, présentent, à notre examen, un caractère saillant qui en démontre la réalité: c'est qu'ils se sont manifestés dans des conditions semblables à celles du sommeil où le dormeur imprime dans son organisme ce que son esprit a conçu. Une telle coïncidence, une telle similitude dans les résultats de deux opérations psychiques difTérentes d'aspect, mais analogues au fond, est déjà une démonstration de la vérité du principe que nous dégageons. 11 ne nous reste plus qu'à, attendre les résultats de nos expériences sur des dormeuses, pour rendre plus sûr ce qui est déjà presque certain à nos yeux ^ Malheureusement, sur les trois cas où nous avons suggéré à des somnambules enceintes les qualités qu'elles désiraient pour leurs enfants, deux de ces derniers ont passé de vie à trépas. Nous en sommes d'autant plus affligé que pour chacun nous avions affirmé à leurs mères, à plusieurs reprises, des aptitudes tout à fait spéciales. Il nous reste une petite fille pleine de force, née le 26 mars 1862. Sa mère ne désira pour elle, à partir du second mois de sa grossesse, que la sagesse, l'intelligence et la beauté. C'était trop ^. Nous aurions voulu moins et une qualité tranchée. Ce qu'il adviendra de nos affirmations, nul ne le sait encore.

Toujours est-il que c'est en employant la suggestion sur une femme enceinte et en état de sommeil, que l'on établira sûrement la réalité de la thèse que nous soutenons. Notre expérience des efl^ets de la pensée sur l'orga-

^ Voy. plus haut, même paragraphe.

2 En effel, celle fille devenue grande, n'aprésenlé ni qualités ni défauts saillauls.

nisme chez les somnambules, la loi de l'hérédité variable, loi due à des actions psychiques par affirmation, la ressemblance entre l'état de somnambulisme et l'état où se sont formés, par influences morales, ces singuliers faits que nous avons rapportés, nous entraînent déjà, sauf expériences confirmalives, à croire que l'éducation antérieure est une vérité dans ses effets et non un rêve généreux ; car un rêve ne repose pas sur des bases si fondées.

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DISPARITION DU SENTIMENT DE FATIGUE ET MÉCANISME DE LA REPARA- TION DES FORCES PENDANT LE SOMMEIL.

La force nerveuse se reproduit continuellement au moyen de l'apport des fonctions de nutrition, fonctions ayant lieu sous l'influence permanente du grand sympathique qui, lui-même, reçoit son excitation du cerveau par l'intermédiaire de la moelle. La nutrition, à l'aide de laquelle les forces se renouvellent, a pour moteur premier, nous l'avons déjà reconnu, des pensées inscientes partant de l'encéphale et se manifestant sur l'organisme à tous les instants de la vie ; c'est par l'influx de ces pensées sur la nutrition que les nouvelles forces se constituent ; c'est par le même influx, que ces forces se reportent au cerveau pour s'ajouter aux anciennes et se répandre sans cesse, sous l'action de cet organe, dans toutes les parties de l'économie où elles sont nécessaires. Etant admis que l'apport de la nutrition est toujours égal, la réparation des forces est plus grande pendant le sommeil que pen-

dant la veille ; parce que. dans le sommeil, par suite du détour révulsif de la pensée en arrêt, il ne se fait plus que peu de pertes nerveuses du coté des sens émoussés, des muscles et du centre cérébal a peu près inactifs ; il s'en fait aussi moins du côté de certaines opérationsorganiques, telles que: la respiration, la circulation, les sécrétions, etc., opérations qui sont de beaucoup ralenties.

Mais il est un autre effet réparateur du sommeil qui découle directement du sentiment de fatigue. Lorsqu'on s'endort, Tattention s'accumule sur l'idée de prendre du repos ; celle de ce besoin se présentant naturellement à l'esprit à l'exclusion de toute autre. La pensée fixe de repjoser les parties fatiguées du corps se substitue, alors, à celle de la sensation pénible que Ton y éprouvait, et bientôt cette sensation, n'étant plus alimentée, disparait de la conscience; l'attention, accumulée vers les organes irrités, recevant une impulsion en sens contraire vers le cerveau, se remet en équilibre dans les tissus et tout sentiment de lassitude disparaît ^

La théorie précédente de la disparition de la sensation de fatigue, pendant le sommeil, est confirmée par l'expérience directe. Il nousest arrivé d'affirmer, à des dormeurs somnambules exténués, le bien-être que l'on éprouve d'ordinaire après une bonne nuit, et, en quelques instants, l'effet désiré eut lieu ; il se passa, dans ces cas, la même modification que lorsque nous suggérions la disparition de leurs douleurs à des somnambules, chez lesquels l'attention détournée de l'organe lésé n'apportait plus alors de perceptions pénibles au foyer de la conscience ; faute d'affluence de cette force dans les tissus, les souffrances n'étant plus nourries par elle, cessaient. Nous avons aussi appris, par expérience, que plus ont est endormi, à part

^ Voy. pour plus amples explications, Z" parlie. chap. m.

(fuelques exceptions, plus l'action mentale par suggestion a un eflet réparateur sur l'économie; parce qu'étant alors maître d'une plus grande quantité d'attention, plus il est possible de ran^ener vite cette force à l'équilibre et de l'y maintenir longtemps. Dans le sommeil ordinaire, l'intluence mentale est moins rapide chez les dormeurs, vu que l'esprit est le plus souvent moins concentré ; mais la prolongation delà pensée fixe de reposer, qui dure parfois une nuitentière, compense et au-delà l'action du même genre instantanément si puissante dans le sommeil profond.

Il découle de ce qui précède que, si l'on rencontre des hommes qui n'ont besoin que d'un repos très court dans le sommeil naturel, c'est qu'il esta croire qu'ils dorment avec profondeur ; et qu'alors, par la concentration de leur pensée, ils obtiennent en peu de temps l'équilibre réparateur qui n'est amené chez d'autres qu'après un repos très prolongé. Et s'il yen a qui, en s'éveillant, sont tout harassés, plus mal à l'aise qu'avant de s'endormir ; c'est que, pendant le temps employé au sommeil, leur attention s'est arrêtée sur des idées débilitantes ou qu'ils ont été sous le poids de rêves pénibles. En ce dernier cas, la pensée, cause habituelle du rétablissement de l'harmonie de la force nerveuse pendant la vie passive, a rompu encore davantage l'équilibre de cette force. Nous avons maintes fois remarqué le contre-coup nuisible et peu ordinaire qu'elle a dans le sommeil artificiel, et, la cause mentale en étant découverte, nous avons été atfermi, indirectement, dans l'explication que nous donnons de l'intluence réparatrice du repos delà nuit par la nature bienfaisante de la pensée fixe qui domine ea cet état.

Il est encore d'autres faits, qui, bien que n'appartenant pas à la période du sommeil, apportent de la valeur à la théorie émise par nous. Tout le monde sait que, même

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dans la veille, le moral a de Finfliience sur le physique, surtout lorsque la pensée est renforcée par l'émotion ou la passion. Quand l'esprit est bercé d'idées agréables, le corps se fortifie; dès qu'il est assailli d'idées tristes, le corps se débilite : la pensée, dans le premier cas, harmonise la distribution de la force nerveuse; dans le second, elle la dissocie.

Et pourquoi l'attention accumulée et immobilisée sur l'idée de reposer, n'aurait-elle pas sur les organes fatigués l'intluence que nous lui avons reconnue; quand, dans l'état de sommeil provoqué, à l'aide de la suggestion ; c'està-dire, d'une réaction de la pensée sur des idées spécialisées, elle calme ou surexcite tour à tour : l'énergie musculaire, les sens, la mémoire, l'intelligence et les fonctions soumises aux nerfs ganglionnaires? Si, par la pensée, cette force diminuée ou augmentée du côté des tissus a tant de puissance sur eux; non-seulement comme agent de sédation et d'excitation; mais encore comme agent pondérateur ; c'est qu'entre elle et l'organisme qui en dépend, le rapport est aussi exact que l'est, dans une pendule, la marche du temps avec le timbre qui sonne les heures ou l'aiguille qui les marque; sous l'action magique de la pensée, le corps se modifie comme une cire molle ; il est l'esclave, elle est la m aîtresse.

D'après ce que nous venons de dire, on doit entrevoir la solidarité qui existe entre les fonctions de relation et les fonctions végétatives. Tandis que, dans le sommeil ordinaire, sous l'influence de la pensée insciente, la nutrition continue à réparer les forces perdues, la pensée consciente (dont les organes par lesquels elle se manifeste sont plus ou moins irrités), appelle l'attention au cerveau sur l'idée fixe de la disparition de la fatigue ; et il résulte de là, d'une part, une dépense de force en moins vers les sens, les muscles, le cerveau et certaines fonctions orga-

niques; et de l'aiilre, un retour à l'équilibre de la force nerveuse désharmonisée dont le sentiment de fatigue est le signe. Ces deux sortes d*^ pensées, conscientes »'t inconscientes, divergeant sur les deux divisions du système nerveux, convergent, chacune dans leurs attributions, à la conservation de l'existence. L'une, en se fixant au cerveau, épargne par cela même de nouvelles pertes de force, et, avec ce qu'elle reçoit, ramène à l'harmonie les forces dissociées; Toutre continue, à l'aide de la nutrition, à foire élaborer de nouvelles provisions de ces forces qui viennent se condenser dans l'organe cérébral. Si, par l'action de la pensée, dans l'état de repos, il y a moins de dépense de l'influx nerveux ; s'il y a retour de cet irjUux à sa juste répartition dans l'économie ; s'il y a, par l'effet de la nutrition, création continue de nouvelles provisions nerveuses; te sommeil, si simple dans ses moyens et si prodigue dans ses effets, est réellement l'état de l'organisme le plus réparateur, et il mérite à double titre d'être appelé le meilleur des remèdes.

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