‹ Le sommeil provoqué et les états analoguesChapitre 28 sur 46 · DU REVEIL · texte numérisé non relu

DU REVEIL

Bien connaître ce qu'est l'entrée dans le sommeil, c'est avoir les données principales de ce que doit être le réveil. Or, voici ce qui arrive lorsqu'on s'endort. L'attention, sans qu'on en saisisse facilement le mode fonctionnel, afflue peu à peu, avec le consentement du dormeur, sur l'idée fixe de reposer; elle exécute un mouvement centripète d'jiccumulation convergeant surtout des organes de rela-

tion au cerveau ; elle abandonne d'abord les sens fermés^ le goût et la vue, puis l'odorat, l'ouïe et enfin le tact ; il arrive, en même temps, que le système musculaire ne reçoit plus d'ordre et tombe de toute nécessité en résolution ; des fonctions organiques même diminuent d'énergie. Pendant le sommeil, la concentration de la pensée a donc finalement pour expression caractéristique, outre le ralentissement des fonctions organiques innervées parle grand sympathique, l'isolement plus ou moins complet des sens et l'inertie des muscles.

Cette opération intellectuelle, qui conduit à dormir, est favorisée parla faiblesse et la fatigue dont les effets sont d'amortir les sens; elle l'est encore par des causes qui empêchent l'attention d'être continuellement active , tels sont: le bercement, un bruit monotone, etc.; voire même elle l'est, par l'habitude raisonnée qu'a le dormeur de mettre ses sens à l'abri de ce qui est susceptible de les exciter, habitude présupposant chez lui la connaissance que, pour se recueillir dans la pensée de reposer, il ne faut pas que l'attention soit distraite.

Eh bien! si l'inertie progressive des sens et des muscles, par l'eff^et du retrait de l'attention qui va s'accumuler, loin de ces organes, sur l'idée fixe de reposer ; si cette inertie est le secret de l'entrée dans le sommeil, c'est aussi, mais d'une manière inverse, le secret du réveil. S'éveiller, c'est, en principe, faire retourner vers les parties sensibles du corps, l'attention mise en arrêt sur l'idée de reposer pour qu'elle recommence à être active vers ces parties ; c'est, par un mouvement centrifuge, ramener du cerveau où elle était captivée, c'est ramener cette force vers les organes des sens où, redevenue libre, elle est de nouveau cause de sensibilité et de mouvement: ce qu'il s'agit de démontrer.

Il est reconnu qu'à mesure que l'on avance dans le

DU SOMMEIL PROFOND i9li^

sommeil, les rêves deviennent de mieux en mieux dessinés, plus suivis et au moins plus conscients. A l'activité plus grande de la pensée, correspond même parfois consécutivement quelques contractions musculoires. 11 est aussi admis, qu'en même temps que l'esprit sort peu à peu de son inaction, les sens parviennent parallèlement à récupérer leurs fonctions. Les organes sensibles qui , lors de l'entrée en sommeil, deviennent obtus les premiers, sortent les derniers de leur isolement au réveil; tandis queles derniers émoussés reviennent les premiers à l'activité, étant de tous les plus excitables. On sait encore qu'il est un moment consécutif, qui n'est déjà plus le sommeil, où il est possible de continuer à saisir cette transition psychique s'exécutant au rebours de ce qu'elle s'est faite, au début de la période de repos. Certains dormeurs paraissant éveillés , ne le sont qu'cà demi ; ils voient trouble, entendent dur, ont la peau engourdie et, en même temps , leur pensée paresseuse coordonne mal les mouvements; ils chancellent s'ils marchent, et sont maladroits des mains s'ils veulent s'en servir. Pour peu qu'on les observe, on peut entrevoir facilement chez eux la filiation graduelle du retour progressif des sensations. Une personne fort âgée, de nos connaissances, restait ordinairement assise une demi-heure sur son lit avant d'être bien réveillée; elle sentait et entendait qu'elle ne voyait pas encore. Même dans certaines affections, celles que l'on doit appeler les maladies du sommeil, parce qu'elles sont l'expression exagérée de cet état, la solution vers la guérison se fait par la disparition des symptômes en sens inverse de leur développement. Rien donc de plus avéré: que le sommeil soit physiologique ou morbide, il s'en va comme il s'en vient ; seulement la succession des phénomènes de sortie de cet état a lieu à l'opposé de la succession des phénomènes d'entrée.

19i LE SOMMEIL PROVOQUE

Tel est le fait brut du réveil ainsi qu'il est entrevu dans la science. Or, puisque les signes en sont les mêmes que ceux de rentrée en sommeil, sauf qu'ils sont renversés dans l'ordre de leur développement ; et puisque la pensés est la cause efficiente et directe de ces derniers ; il s'en «uit que la pensée est aussi la cause directe de la cessation •du repos des organes, seulement son action s'est intervertie. Si l'on s'endort par une opération croissante de concentration de l'esprit, on se réveille donc nécessairement par une opération décroissante de même nature ; ce ne sont pas moins les règles de la logique qui le démontrent que des faits positifs, observés au réveil, chez les dormeurs profonds.

L'action de la pensée qui préside au réveil n'a pas son point de départ dans une qualité propre au sommeil ; cet état où l'attention est en grande partie fixée sur une idée ne permet à peu près aucune initiative, aucun effort propre devokmté; le dormeur, passif d'esprit de même qu'il l'est de corps, peut continuer le mouvement passif donné à sa pensée ;mais il ne peut le faire naître de lui-même. Il est dans la situation de recevoir l'impulsion de faire automatiquement acte d'intelligence ; mais il n'est plus dans celle de susciter activement des idées avec connaissance de cause.

Aussi, cette impuissance actuelle de faire effort de volonté, est le caractère irréductible de ce sommeil. C'est, pendant la veille et en s'endormant, que l'effort d'esprit fait par lui pour s'éveiller prend son origine. Ce qui, d'abord, démontre que le réveil est l'effet d'une action psychique, abstraction faite du moment utiUsé pour le susciter, c'est le moyen employé pour ramener les dormeurs profonds à la vie active. Les magnétiseurs, sans exception, annoncent toujours d'avance à leurs somnambules, soit par le geste, soit par la parole, qu'ils vont les réveiller ; et

ceux-ci s'éveillent à l'idée qu'on leur en donne, de même qu'ils se sont endormis, par airirmalion. lorsque leur consentement au sommeil a été secondé par l'injonction : dormez.

Ce phénomène est un des mieux établis et des plus incontestables. Par le réveil que l'on suggère au somnambule artificiel, on ne fait que déterminer, dans la période de repos, ce que ce sujet fait dliabitude spontanément dans le sommeil ordinaire. Et. en effet, si, comme nous l'avons fait, on lui dit en l'endormant : vous reposerez cinq minutes, vingt minutes ou plus; il sortira de son état à l'instant indiqué et d'après l'idée qui lui aura été imposée. Pourquoi le réveil suggéré à quelqu'un, avant qu'il ne dorme, et qui se manifeste ponctuellement à l'époque fixée, n'arriverait-il pas toujours par* une suggestion propre que l'on se ferait à soi-même, lorsqu'on se prépare à se livrer au repos habituel ?

Nous avons établi, un peu différemment, d'autres expériences sur des somnambules, et ces expériences sont venues confirmer celles qui précèdent. Nous laissions nos dormeurs se livrer au sommeil d'eux-mêmes ; seulement ils désignaient d'avance l'heure où ils sortiraient de cet état : leur réveil arrivait encore au moment précisé. Nous ne craignons pas de l'affirmer, si l'on tente de répéter nos essais , le sujet, pour peu qu'il dorme profondément, ne manquera jamais d'obéir à sa pensée ; c'est que devenu passif dans son sommeil, il subit l'effet de la suggestion de la veille, comme pendant son somnambulisme il subit celle de son endormeur. Mais ce que l'on obtient sur des dormeurs artificiels a lieu journellement chez les dormeurs ordinaires. Il n'est presque personne qui ne sache, par expérience, que lorsqu'on est fortement préoccupé de se lever à une heure insolite de la nuit, le réveil a lieu au nombre de coups de la sonnerie d'une pendule correspon-

Page 1