PENDULE MAGNETIQUE, BAGUETTE DIVINATOIRE, TABLES TOURNANTES
L'homme n'est pas toujours le maître de diriger son attention consciente à son gré. Dans le sommeil surtout, cette force, en se repliant vers le cerveau, se dédouble pour agir de deux manières différentes ^ Pendant que, d'un côté elle se fixe inconsciemment sur une idée; de l'autre, elle suscite des souvenirs, plus ou moins confusément, réveille des sensations et, dans le sommeil le plus profond même, elle préside parfois encore â la réception de quelques impressions des sens. Du reste, ce dédoublement de l'action de l'attention dans les opérations intellectuelles a déjà lieu pendant la veille; de même alors, ces opérations, sur deux plans opposés, ne se présentent pas toujours à la fois toutes les deux à la conscience ; il en est souvent une d'inconsciente. Si, par exemple, en même temps que l'on s'applique àunouvrage manuel, on a: non-seulement connaissance nette de ce que l'on fait ;
^ Voy. 1" partie, chap. m et iv, § 2.
DES TAHLKS TOURNANTES 2iï
mais encore de ce que l'on entend et de ce que l'on réplique; alors il arrive, au contraire, dans des cas où Ton applique fortement son esprit, qu'un des deux éléments du travail double de la pensée disparaît h la conscience comme pendant le sommeil.
Un des plus curieux phénomènes de ce dernier genre a lieu, lorsqu'on dirige les yeux avec fixité sur un objet quel'ontientsuspenduà l'aide des doigts ouqueTon touche seulement, il survient, à force de regarder cet objet que l'on a idée de voir s'ébranler, que, s'il se meut (et c'est nécessairement sous l'influence de sa propre pensée et de l'impulsion musculaire): le mouvement en est attribué presque toujours à une cause différente de la véritable, parce qu'il estinconsciemment communiqué. Une personne impressionnable a-t-elle le désir de voir tourner un corps suspendu à un fil qu'elle tient entre le pouce et l'index? En attachant ses regards sur cet objet, cet objet subira, en effet, une rotation dans le sens du désir qu'elle aura exprimé, et sans qu'elle croie y avoir contribué. Cette personne ne s'étant pas sentie agissante en faisant son expérience, s'étonnera du mouvement produit et, pour peu qu'elle soit initiée à la science de Mesmer, elle l'attribuera à une émanation fluidique.il n'en est rien. Ce phénomène si simple tient à ce que, à mesure que l'attention accumulée se dirige sur l'idée d'observer le corps que l'on maintient suspendu, cette force se dédouble. Tandis qu'à l'aide d'une partie de cette force, l'on observe si le pendule va remuer ; l'autre partie se met à la remorque de l'idée fixe que l'on a dans l'esprit : les doigts obéissentinsciemmentà cette idée et impriment uneimpulsion au fil suspenseur dans le sens désiré.
On peut expliquer de même le mouvement de la baguette devinatoire. C'est une petite fourche, ordinairement en bois de coudrier, et dont les deux branches sont
plus longues que la lige d'où elles sortent. Les bras étant mis en supination, on fait passer les rameaux de cette fourche sous la face palmaire des doigts de chaque main, à l'exception des auriculaires qui en reçoivent les extrémités sur leur surface dorsale. Pour achever de s'en servir, on écarte légèrement les mains l'une de Tautre et l'on se met en marche en regardant avec fixité le bout •de la baguette d'où partent les deux rameaux, bout dont ■on a eu soin de diriger la pointe vers le ciel. Dans une telle disposition des choses, il faut déjà prendre des précautions pour que cet instrument si simple ne tourne pas; •car si l'on s'avise d'écarter les poignets en serrant un peu les doigts, il réagit par son élasticité et s'ébranle du •côté de l'expérimentateur. Dès qu'à force de regarder le point de repaire de son milieu, elles ont massé sur lui leur attention, il n'est pas étonnant que les personnes qui se servent de cet objet n'aient plus conscience de l'impulsion qu'elles lui donnent en même temps sans s'en douter. L'illusion, pour elles, devient plus qu'une certitude, si •elles songent à vouloir arrêter le mouvement imprimé en «errant les mains : la magique baguette n'en va que plus vite.
Cet instrument, d'une primitive simplicité, a été remis en honneur par le comte Tristan et les magnéliseurs ; il <late de la plus haute antiquité et on l'a retrouvé de nos jours jusque parmi les peuplades nègres. Il sert à découvrir les sources, les objets perdus et les trésors. Lorsqu'il se met à tourner vite, ses partisans civilisés croient à une attraction de leur fluide émis de la baguette vers les liquides, les métaux, etc. ; et ses fidèles sauvages croient à rinterventi(m d'un esprit bienfaisant par son intermédiaire.
De l'explication du mouvement de la baguette divinatoire à celle de la rotation des tables, il n'y a pas de tran-