‹ Le sommeil provoqué et les états analoguesChapitre 39 sur 46 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

PHENOMENES PSYCHIQUES, D ORIGINE HYPNOTIQUE, ATTRIBUÉS A DES CAUSES SUPPOSEES

Nous avons expliqué, dans le chapitre précédent, de v|uelle manière un homme raisonnable est conduit à attribuer à une puissance surnaturelle et extérieure à lai, certains faits réels qui sont son ouvrage et dont il ne se eroit pas l'auteur. Dans l'incapacité où il tombe de saisir avec conscience l'opération double de son esprit et les mouvements consécutifs à ses eiïorts musculaires, pendant des états analogues au sommeil, cet homme, insensiblement et avec une logique rigoureuse, est amené à imputer à un esprit des phénomènes dont il est le promoteur à son insu. C'est par des déductions semblables basées sur des faits mal interprétés, précisément parce qu'ils étaient dans un état de passiveté analogue à celui des spirites, que des fondateurs de religion, des philosophes, des magiciens et autres hommes passifs et impuissants à faire efiort pour se saisir comme cause volontaire de leurs sensations, de leurs idées et de leurs actes, conclurent à des êtres surhumains : Dieux, Anges, fjénies. Démons familiers, etc., agissant sur eux-mêmes.

DES POSSESSIONS ^o^

leur parlant et se servant d'eux, pour révéler à leurs semblables des choses vraies et utiles à leur bonheur daiiî^ ce monde et dans l'autre. De là, des livres sacrés, des traités philosophiques, des grimoires, etc. ; conséquence de leurs pensées qu'ils s'objectivèrent comme étant la parole des esprits qui les dictaient par leur intermédiaire. Mais il est un autre mode de révélation : c'est celui qui se fait par des hommes se croyant au pouvoir d'êtres surnaturels. Nous allons dire quelques mots de ces possédés que nous croyons sains d'esprit. Ils se présentent sous deux types : les uns prétendent être sous la puissance de bons esprits; les autres, sous l'influence de mauvais. Il est encore d'autres possédés ; mais ce sont des malades, nous ne nous en occuperons pour ainsi dire pas , nous ferons presque exclusivement des réflexions sur ceux qui tombent en somnambulisme ou dans des états analogues, lesquels, par conséquent, malgré des conceptions déhrantes, jouissent pourtant de leur raison.

Les possédés des bons esprits sont plus rares que les possédés des esprits malins. La raison en est qu'avec le sentiment de justice, placé au fond de la conscience de chacun, on est conduit plus naturellement à attribuera un être immoral l'esclavage de son corps et le vol de son âme. Ce sont principalement les extatiques religieux qui présentent cette espèce de possession. Ces possédés furent assez communs dans l'antiquité ; mais maintenant ils le sont beaucoup moins. A part quelques prophètes des Gévennes, se croyant au pouvoir du Saint-Esprit, nous n'en avons découvert qu'un seul de très remarquable dans l'époque moderne, c'est Michel Vintras, fondateur d'une Église : l'œuvre delà miséricorde. Par lui on peut juger des autres.

Ce n'est plus une puissance surnaturelle objectivée qui

fait des révélations ; c'est mieux : Yintras est le vase d'élection du prophète Elie ; il en est la seconde incarnation. Aussi, sa mission est-elle d'agir sur la nature et de prophétiser. Dans ses prédictions, dont nous avons eu un manuscrit entre les mains, l'on retrouve le genre sombre des prophètes bibliques. Ses adeptes, heureux d'appartenir au petit nombre qui ont eu la grâce de le connaître, ne l'approchent qu'avec un profond respect et ne le traitent, entre eux, que du nom de prophète. Cet homme, prototype du révélateur, est un véritable somnambule. Il est presque toujours pris de ses accès dans la première partie de la nuit ; tout le temps de leur durée, il reste isolé et, dès qu'il en est sorti, il ne se souvient plus de rien. Pour cette dernière raison, lorsqu'il est entendu par des disciples, dont quelques-uns veillent toujours sous le même toit afin de recueillir ce qu'il dira, on se hâte d'approcher et de transcrire ses discours. Il est à remarquer que cette tournure d'esprit, de se croire agissant par le souffle d'un être surnaturel bienveillant, que l'on a en soi, se rencontre, parfois, chez les somnambules très concentrés. C'est là, chez ces derniers, en outre des accès dans lequels ils tombent parfois, un autre point de rapport qui leur est commun avec des extatiques religieux ; et on les reconnaît tout d'abord en ce qu'une fois endormis, ils parlent à la troisième personne.

Mais ce n'est pas rien qu'avec des êtres bienfaisants que les hommes, pendant la détente de leur attention, se sont crus sous l'influence d'esprits supérieurs. Les idées préconçues de puissances bonnes et mauvaises dont on a peuplé le monde les ont, selon leur prédominance, portés à se croire, tantôt, mais rarement, sous la direction des premières ; et tantôt, et le plus souvent, sous la direction des secondes ; de là donc aussi les possessions par les êtres nuisibles: génie? mauvais, anges déchus, gnomes^

farfadets, esprits lutins, etc. Il nous reste de nombreux documents sur des possédés de ce dernier ordre, nommés sorciers, pauvres rhalheureux qui ont couvert les bûchers de la sainte inquisition et dont les types, les croyances populaires aidant, ne sont pas encore disparus parmi nous K

Les accès des sorciers arrivaient plus ou moins régulièrement dans le cours du sommeil. Pour être plus sûrs de les déterminer, ils se frottaient avec des pommades narcotiques avant de s'endormir. Il est probable que les accès produits étaient alors plutôt dus à la suggestion qu'ils s'en faisaient qu'aux onguents employés. On remarquait, avec effroi, que dans leurs rêves, ils étaient insensibles aux coups, aux piqûres, aux brûlures -; aussi fût-il admis, en procès de sorcellerie'^, que l'insensibilité est un signe de pacte avec le diable. Mais, ce qui confirmait alors les législateurs ignorants de cette époque dans les idées que ces rêveurs étaient de grands coupables , c'est que, revenus à eux, on en trouvait qui racontaie^^t les séances du sabbat, les danses lascives, les orgies et les scènes dégoûtantes auxquelles les démons les avaient convie:> et où ils s'étaient rendus à cheval sur un manche à balai. M y en eut qui affirmèrent avoir vu au sabbat des personnes de leur connaissance, ce qui n'était guère rassurant pour les malheureux dénoncés aux juges de ces temps d'ignorance ; d'autres s'accusèrent, avec bonne foi, d'avoir assassiné des personnes encore vivantes "•.

* En 1810, dans les écoles de Rome, on argumentait encore sérieusement pour savoir si les sorciers sont fojs ou possédés. (Voy. Des sciences occultes, par Salverte, p 295.)

2 Voy. Des sciences occultes, pur Salverte, p. 284.

3 Des sciences occnlles, par Salverte, p. 293. ^ Des sciences occultes, par Salverte, p. 290.

Cette naïveté de conviction, ces descriptions de choses impossibles, ces affirmations ridicules, ces aveux insensés ne sauvèrent pas pourtant les sorciers. A peine s'il s'éleva quelques voix pour dire timidement que ces gens-là étaient des hallucinés et on les brûla sans aucune miséricorde. Pour nous, la morale à tirer des confessions des sorciers, c'est qu'il ne faut pas toujours croire à des témoins qui se font égorger. Un seul caractère distingue les accès de ces rêveurs des accès somnambuiiques, c'est que le plus grand nombre se souvenait de leurs songes. La cause en est, en outre des impressions vives de leurs sensations remémorées, qu'ils se mettaient en état de partir au sabbat avec l'idée de se rappeler de leurs faits et gestes pour se défendre, dans le cas ou ils seraient traduits devant la justice sous le cou[) de laquelle ils n'étaient que trop ^

Ce qui confirmait encore dans la croyance à la possession des sorciers, après leurs témoignages et les signes physiologiques que l'on observait en eux; c'est que, lorsqu'ils étaient soumis aux plus violentes tortures, il s'en trouvait qui, tombant dans une situation d'esprit analogue à celle qu'ils avaient dans leurs accès, demeuraient tranquillesjusqu'au milieu des flammes et défiaient en riant leurs bourreaux-. Cette insensibilité et ce calme en face des tourments et de la mort avaient aussi été le partage des chrétiens qui mouraient pour leur croyance. Eh bien I malgré ce rapprochement qui devait amener des doutes sur l'état des sorciers et éclairer la justice sur leur compte ; on peut lire dans le fameux réquisitoire des inquisiteurs, par N. Eymeric. que les mêmes juges, qui attribuaient à une intervention divine l'insensibilité des martyrs de leur foi, imputaient à des sortilèges dont

^ Voy, Truilé du somnambulisme, par A. Bertrand, p. 81. 2 Des sciences occultes, par Salverle, p. 275.

usaient les sorciers accusés, l'insensibilité et l'impassibilité de ces derniers au milieu des tortures '.

Il est encore un pcùnt commun sous lequel il est utile d'examiner les possédés des bons comme des malins esprits : les uns et les autres se croyaient les organes d'êtres surhumains et ils pensaient presque tous avoir la mission d'agir sur les autres hommes et sur la nature. Aussi, si d'un cùté. au nom de celui qui était en eux, on a vu des extatiques religieux faisant des révélations, prophétisant el opérant des miracles pour confirmer la vérité de leurs paroles; si ces thaumaturges, pleins de foi, pratiquèrent l'affirmation avec une conviction profonde, conviction qu'ils transmirent à leur entourage et qui les rendit de véritables endormeurs sans le savoir; d'un autre côté, il en fut de même des sorciers. Ceux-ci, se croyant la mis:<ion de faire le mal par ordre de Satan, jetaient dos maléfices, prononçaient des imprécations, des menaces sous des formules obscures et avec des pratiques bizarres : pratiijues telles ipie l'envoûtement et le nœud de l'aiguillette, lesquelles avaient un sens aux yeux du vulgaire et aux leurs. L^t l'on croyait à la puissance milfaisanle de ces hommes; car ils opéraient de§ miracles en mal comme les extatiques religieux en opéraient en bien. Leurs chefs-d'œuvres furent nombreux et se sont prolongés jusqu'à nos jours.

Récemment encore, de Mirville a été l'historien des aventures du presbytère de Cideville où, par l'intermédiaire du berger Thorel, l'esprit diabolique de Voltaire a produit de si grands remue-ménages. C'est que, par la suggestion, les thaumaturges extatiques et les thaumaturges sorciers mettaient les personnes impressionnables dans un état de l'attention tel, qu'ils les amenaient à

* Des sciences occultes, par Salverlo, p. 275.

percevoir et à accepter ce qu'ils leur affirmaieat; de là, des croyances absurdes, des tourments moraux, des visions, des maladies imaginaires, desguérisons, etc., selon l'idée dont s'étaient frappés les individus mis en charme par eux. Ce principe de l'action du moral sur le physique, que nous trouvons employé empiriquement par les possédés, n'est plus aujourd'hui un secret pour personne. Il n'en était déjà plus un du temps de N. Venelle ^ où leshûchers fumaient encore sous la cendre. Il raconte que, pour produire les effets du malin esprit, il lui suffit une fois de plaisanter. Il promit, en riant, à un futur marié qu'il lui nouerait l'aiguillette. Celui-ci le crut, fut obsédé de cette menace et resta impuissant près d'un mois. De l'observation de mésaventures aussi plaisantes, et il y en eut heaucoup, il a toujours été possihle de conclure que les mille et une souffrances de ceux qui étaient sous puissance de sorciers étaient purement imaginaires ; mais le fanatisme a des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne pas entendre.

Les possédés à accès analogues aux accès somnambuliques dont nous nous occupons particulièrement dans ce chapitre, sont-ils des fous, ainsi qu'on est généralement porté à le penser ? Par cela seul qu'ils ont des accès pendant le sommeil et que le sommeil est consenti, réparateur, limité, physiologique en un mot, ils n'ont rien de commun par ce côté avec les véritables aliénés. C'est exclusivement par leurs rêves qu'ils ressemblent à ces derniers, rêves dontils ne peuvent se désillusionnerlorsqu'ils sont éveillés. Ils croient alors avoir réellement assisté aux se mes invraisemblables du sabbat.

Ce caractère de la folie, ou plutôt cette particularité de ne pouvoir plus se détromper des erreurs de certains

* Vijv. Gcnn-aUdn de l'homme. 1TG6.

songes n'est pas, chez les possédés et même chez quelques autres rêveurs, le signe certain, infaillible de l'aliénation mentale. N«^us avons la certitude que, si les rêves des dormeurs, par leur côté étrange, coïncident avec des scènes en harmonie avec les croyances et les préjugés de la société dont ils ont sucé les principes ; ces dormeurs, pour peu que leurs sensations centrifuges soient vives, sont devenus incapables de séparer les scènes purement psychiques de leurs songes, des scènes qu'ils supposent devoir se passer quelque part et à l'existence desquelles ils croient profondément. C'est qu'il n'y a plus alors, dans leur esprit, de solution de continuité évidente entre leurs pensées de la période passive et celles de la période active de la vie : ces pensées s'enchevêtrent et n'ont plus qu'une même couture. Au contraire, leurs créations imaginaires sont, pour eux et pour leur entourage, une preuve confirmative des croyances établies. Il en est, dans ces cas, des hommes qui prennent ainsi leurs rêves pour des vérités, comme il en est des somnambules éveillés qui ajoutent créance à leurs dons merveilleux. A-t-on jamais regardé, comme atteints d'aliénation mentale, les somnambules arlificiels convaincus, après réveil, d'avoir été saturés de fluide, ou inspirés d'un esprit, ou doués d'une lucidité extraordinaire? A-t-on rangé, au nombre des fous, les somnambulf^s ne doutant pas qu'il leur est possible de savoir ce qui a lieu sur le globe terrestre et sur les autres planètes du système solaire ? En ce que, de bonne foi, ils accordent leurs actes de la veille avec leurs rêveries transcendantes et attendent, avec certitude, le résultat de leurs ordonnances médicales et de leurs prédictions, ces rêveurs sont-ils fous? Non, parce que, sortis de leurs accès, ils partagent avec leur entourage une erreur commune dont ils ne peuvent, par conséquent, se défendre.

Notre opinion, à ce propos, ne repose pas seulement sur des déductions théoriques, elle s'appuie encore sur l'observation. Notre somnambule Loué \ nourri dans la croyance religieuse aux esprits et à leurs manifestations possibles et confirmé, du reste, dans cette conviction par notre affirmation, ne put s'empêcher d'admettre la réalité d'une apparition qu'il s'était suggérée ^. Cet homme qui, dans tout autre cas, s'était détrompé de ses visions, fut incapable de repousser cette dernière. Si ceux qu'il fréquentait et lui, avaient toujours cru à la possibilité des apparitions, comment, devenu acteur dans une scène de ce genre, ce rêveur ne l'aurait-il pas regardée comme vraie ; d'autant plus qu'il était du nombre de nos somnambules dont les songes présentaient, en souvenir, les caractères sensibles de la réalité objective ?

Si les somnambules et autres rêveurs semblables, prenant leurs songes pour des réalités, lorsqu'ils s'adaptent à leurs convictions et à celles des personnes qui les environnent, ne sont nullement fous; les possédés extatiques religieux ou sorciers, nous parlons de ceux qui étaient pris d'accès nocturnes avec isolement des sens et sensations remémorées très vives, ces possédés élaient-ils de véritables fous? Encore moins.

Les possédés, quels qu'ils soient : personnages pieux, d'un côté, sorciers, etc., de l'autre, étant des rêveurs à accès analogues au somnambulisme , malgré les erreurs où il tombent, sont aussi sains d'esprit après réveil que les somnambules. C'est notre entière conviction.

1 Voy. plus haut 2" partie, chap. iv.

2 Les possédés à accès nocturnes sont devenus rares. Les somnambules essentiels les ont remplacés. La nature des accès ol serves de nos jours est restée touj lurs la même, parce que le fond de l'humme ne change pas, mais la nature des rêves a changé avec les idées. La croyance à la possession étant moins vivace, on ne rencontre presque plus de possédés.

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El cependant, quant à ne parler (jue des sorciers : ces visionnaires avaient desconceplions délirantes dont ils demeuraient convain^îus, des idées fixes qu'ils conservaierït toujours et en vertu desquelles ils agissaient avec une impulsion irrésistible ; leurs convictions restaient môme inébranlables ; car ils avouaient leur participation au sabbat, leurs rapports avecles démons, soient qu'ils fussent soumis à la torture, soient qu'ils fussent attachés sur le bûcher.

C'est que, pour juger si des individus, dont on examine les actions, sont fous, il faut, comme nous l'avons dit, tenir compte du milieu où ils vivent, des idées qui y sont reçues et forment atmosphère autour d'eux. Dans les temps anciens, et principalement au moyen âge, la croyance en la possession était générale. Aussi, les sorciers apparaissaient nombreux dans celte dernière époque où l'Eglise, omnipotente et héritière des superstitions du passé, tenait les peuples en tutelle et avait le monopole des pensées. Celte vaste organisation aulocratique sur les esprits admeltant comme une vérité; non-seulement ce qui était révélé pendant l'état extatique des prophètes et des saints; mais aussi que, dans le même état, des hommes tombaient au pouvoir de Satan et devenaient ses organes ; il arrivait que ces erreurs rejaillissaient nécessairement sur la masse des fidèles et en étaient acceptées. En ces temps de barbarie, la science, sous l'autorité de l'Eglise., connaissait les caractères organiques et moraux, indices certains de la présence des démons dans le corps des possédés ; la justice, soumise à son droit canonique et à ses doctrines, rendait, preuves en main, des arrêts en faveur de ce singulier droit public; et enfin, le bras séculier, pour sauver l'œuvre de Dieu compromise et la société menacée, exécutait sans pitié les sentences judiciaires prononcées.

Du moment que le clergé, incapable de réfléchir, imposait ses idées, fruits des superstitions des âges; du moment que la science, la justice, le pouvoir temporel, tout ce qui formait l'élite de Ja société, s'inspirant du pouvoir spirituel, croyait naïvement à la sorcellerie ; comment de misérables rêveurs, imbus des préjugés répandus dansles masses, auraient-ils pu se défendre de croire à leurs conceptions délirantes, quand une pareille erreur était une erreur commune? Lorsqu'il a fallu plusieurs siècles de libre examen, de travaux scientifiques et de discussion pour détruire l'idée absurbe de la possession dans quelques classes de la société seulement; voudrait-on, qu'au milieu des ténèbres du moyen âge, des hommes du peuple se fussent débarrassés eux-mêmes de la conviction qu'ils avaient de leur possession, de leurs visions, en apparence réelles, et de leur pouvoir diabolique, souvent confirmé par des faits; qu'ils fussent plus sages que les sages de ce temps-là.

Si les possédés à accès, qui se croient une mission en bien ou en mal, ne sont pas plus fous que les somnambules artificiels convaincus aussi eux-même d'avoir des pouvoirs surnaturels: les spirites qui, à l'exemple des sorciers et même de quelques somnambules, se procurent volontairement des accès analogues au somnambulisme, acci*s avec visions dans le sens de leurs convictions et des idées reçues autour d'eux, ne sont pas non plus atteints d'aliénation mentale. 11 faudrait, pour que les uns elles autres pussent être déclarés aliénés, que leur état passif durât toujours, qu'ils fussent dans une détente habituelle de l'attention. On doit le dire, si les sorciers, si les spirites ne sont pas fous, ils sont en train de le devenir par refifet trop souvent répété del'éî.at où ils se plongent avec avidité. A force de tendre le ressort de leur attention, ce ressort finit par se relâcher ; l'état passif devient

continu, et de la folie physiologique ils passent dans la folie morbide.

Ce que nous venons trémcttre concerne les posséde's à accès, non aliénés. Il en est d'autres qui sont déjà de véritables malades et que nous ne pouvons passer sous silence. Nous les nommerons possédés passifs, par opposition aux précédents. L'impulsion d'agir, que les possédés actifs puisent dans un eflbrl volontaire delà veille, ceux-ci l'ont perdue; ils ne s'attribuent ni pouvoir, ni mission. L'église avait déjà su faire une différence entre ces deux classes dépossédés à accès; elle laissait brûler les sorciers et exorcisait les autres, comme étant non-seulement moins dangereux ; mais encore moins conscients de leurs actes.

Le type des possédés passifs a été retrouvé, dans ces derniers temps, à Morzines, en Savoie ^ Une constitution lymphatico-nerveuse, la cachexie scrofuleuse, l'anémie avec complication d'hystérie et d'hypocondrie; telles étaient les bases sur lesquelles s'étayaient ces possessions. L'épidémie se propagea, par imitation, preuve de la passiveté habituelle des malades. Ils étaient sujets à deux sortes d'accès arrivant à toute heure, et surtout pendant le jour, sous l'influence de la plus minime excitation. Dans les uns, ils croyaient parler sous le souffle du diable ; dans les autres, véritables attaques convulsives épileptiformes, ils s'agitaient en prononçant des paroles inintelligibles. Ces dernières crises arrivaient tout d'un coup ou succédaient aux premières. Dans leurs accès, les malades restaient plus ou moins isolés de tous les sens, leur peau était insensible et presque tous ne gardaient aucun souvenir de ce qu'ils avaient fait ou dit. La nature épidémique

* Voy. la relation du D"" Constans, Adrien Dolahaye, 1801, et les Annules médico-psychologiques^ année 1855, p. 400 : article du D' Kuhn.

:266 LES ETATS ANALOCrUES

des possessions, indice d'une grande passiveté d'esprit» l'absence de l'action de la volonté sur la venue des accès et leur invasion subite, l'heure inusite'e où arrivaient ces accès, et qui n'était, pas le temps du sommeil, prouvent que les possédés passifs sont des malades, même déjà sur la penle de l'aliénalion mentale.

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