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CONSIDERATIONS SUR SON MECANISME ET SES RÉSULTATS

La chose la plus essenllelle, la première entre toutes, (îans l'étude de ce que l'on appelle encore le Magnétisme anima!, est certainement celle qui concerne les moyens d'amener la formation des états hypnotiques. Si l'on pouvait toujours et à volonté influencer qui que ce soit, n'importe dans quel moment et dans quel lieu, et surtout s'il était possible de faire naître le somnambulisme ou un état approchant chez tout le monde, il est évident que ces états qui présentent des phénomènes psychiques et physiologiques très importants, et qui sont des conditions favorisant des modifications organiques auxquelles l'emploi des agents médicaux ne pouira jamais atteindre; il est évident que ces états s'imposeraient immédiatement dans la science officielle, malgré la répugnance que ses représentants manifestent encore pour leur examen.

C'est la description du prof^édé employé par moi, dans ces derniers temps, pour arriver à la solution du problème dont il s'agit ; c'est l'analyse des phases psychiques par lesquelles passe le sujet soumis à ce procédé, et enfin, c'est l'exposition des résultats définitifs, obtenus par son moyen, que je viens confier à la rédaction du Journal du Mag né tisme,cerldi[n que ce qui concerne les progrès de la science dont ce journal est l'organe, sera toujours reçu par elle avec faveur.

Il est maintenant incontestable que si, pendant qu'il est assis ou bien couché, ce qui vaut mieux, l'on fait diriger lesyeuxde quelqu'un, avec fixité, sur un objet bien apparent, il seproduit, chez le sujet de l'expérimentation, un mode d'être tout particulier de l'organisme, lequel se développe d'autant plus vite que l'objet à regarder attire*plus activement l'attention : tels sont, entre autres, les yeux de l'endormeur, surtout s'ils sont vifs, expresi^ifs et d'une imperturbable fixilé.

Voici les phénomènes qui prennent naissance, à la suite d'une application prolongée du sens de la vue du sujet à influencer sur un objet unique. Les yeux fonctionnant avec d'autant plus d'activité que l'attention se porte avec force et exclusivement à la vision d'un point apparent quelconque, et, en même temps, l'idée de la sensation visuelle naissante occupant l'esprit d'une manière continue, il arrive que les autres sens, délaissés par l'attention, parviennent peu à peu dans une espèce de repos causé par la dérivation de cette force du côté de l'organe de la vue, et qu'ils cessent de rester à l'affût des impressions qui leur sont spéciales : ainsi, l'oreille se prête moins à prendre connaissance des bruits ou ne s'y porte plus; ainsi, la sensibilité tactile diminue ou s'éteint, et il en est pareillement des autres sens. Et, cette dérivation de l'action nerveuse sur un organe seul en fonction aux dépens des autres, se fait de même sur les fonctions de l'organisme soumises à l'innervation du grand sympathique.

En même temps ; dès lors que pendant cette contemplation, les sens, autres que la vue, n'apportent plus au cerveau de matériaux sensibles à élaborer, cet organe de la pensée cesse non-seulement de créer des idées nouvelles, de susciter celles qui sont en dépôt dans la mémoire ; mais encore elle cesse de les associer les unes aux autres, et d'en faire la base du raisonnement et des divers actes intellectuels. Par suite del'affluK de l'attention sur une sensation unique, celle d'un objet de la vision, le cerveau devient inactif, et le corps tombe consécutivement dans l'inertie: il n'obéit plus à aucun ordre et reste immobile, comme pétrifié. Aussi, quand l'esprit de la personne soumise à l'hypnotisai ion est arrivé à ne plus ou presque plus varier ses états de conscience par un effort propre ; quand le corps ne recevant plus d'ordres, reste dans l'immobilité, l'état hypnotique commence. On le reconnaît surtout en ce qu« les mem-

bres subissent toutes les impulsions derendorineur, et restent dans toutes les positions qu'il leur donne.

Ceux qui se sont occupés de mettre quelqu'un dans le sommeil artificiel, ont dû constater aussi que si l'on présen.'e, à l'esprit du sujet endormi, une idée ayant rapport, soit à la di.iùnution, soit à l'exagération d'un acte organique, on cah.ie ou on excite l'organe par lequel cet acte se manifeste : ains\, si cette idée a rapport au sens du tact, on éteint la sensibilité oxaltée par la douleur, ou on la fait reparaître quand elle est amortie ou disparue ; si elle a rapport à l'appareil musculaire, on suractive la puissance des muscles ou on la paralyse ; si elle concerne une glande, on en fait ralentir les fonctions de sécrétion ou on les fait devenir plus actives. Cette érionciation d'un phénomène physiologique devant s'accomplir dans l'organisme d'un dormeur, prononcée à ses oreilles, suffit pour que ce phénomène ait lieu dans la mesure de l'idée imposée à son esprit. 11 subit l'affirmation sans résistance aucune, et la force nerveuse obéissant k la pensée, afflue, en quantité voulue et s^lon le sens exprimé, vers le point du corps dont on veut activer ou calmer les fonctions.

L'idée transmise par le geste ou dénonciation que l'on fait à un dormeur, pour que l'accomplissement d'un phénomène physiologique et à plu? forte raison psychique ait lieu dans son organisme, a été appelé: procédé suggestif, ou plus simplement: s ?«{7f/es //on Et ce moyen, pour modifier l'économie du dormeur en tout ou en partie, est devenu depuis déjà longtemps d'un emploi très étendu pour analyser les caractères du sommeil artificiel, pour étudier le fonctionnement associé ou séparé des organes, pour augmenter ou diminuer les propriétés physiologiques de ces derniers, et surtout dans les maladies, pour ramènera l'état normal les fonctions qui sont dérangées.

Eh bien! de ces deux actes psychiques décrits plus haut : direction exclusive de l'esprit du dormeur sur un seul ordre 1 d<i sensations, ou contemplation, d'un côté; et simultanément de l'autre, acceptation fatale, par le même dormeur, de l'affirmation de phénomènes hypnotiques offerts à son esprit, ou suggestion, découle le procédé employé maintenant par nous pour développer la production du sommeil artificiel. Pendant que la personne qui se soumet à notre action, et c'est toujours un malade, immobilise sesyeux sur les nôtres et, par là môme,

isole ses autres sens des impressions extérieures et même intérieures ; pendant que déjà son cerveau, devenant inerte, acquiert une plus grande faculté de recevoir notre suggestion, car on est déjà suggeslible même éveillé, nous lui affirmons en même temps de n'i songer qu'à dormir et guérir; nous lui annonçons les phénomènes initiaux du sommeil : Fengourdissement du corps, le besoin de dormir, la lourdeur des paupières, l'insensibilité générale, etc.; et, lorsque nous nous apercevons que les paupières de cette personne clignotent, s'alourdissent, que l'œil prend un aspect étonné, que la pupille oscille ou se dilate, nous prononçons le mot sacramentel : dormez. Et si, après cette injonction, les voiles palpébraux ne se ferment pas encore, nous répétons plusieurs fois la même kyrielle d'affirmations, s'il le faut ; puis en définitive, nos pouces par prévision placés de chaque côté des yeux, nous les appliquons sur les paupières supérieures que nous tenons abaissées, en continuant les mêmes suggestions. Presque toujours, chez les ouvriers, les paysans, chez les enfants et les anciens militaires, habitués les uns et les autres à l'obéissance passive, les yeux se ferment d'eux-mêmes aussitôt que nous énonçons le mot : dormez. Mais si, au bout d'une minute à peu près, nous n'obtenons pas le résultat attendu, nous remettons l'hypnotisation au lendemain. Il arrive rarement qu'après plusieurs séances, par un exercice quotidien, nos malades ne tombent en quelques secondes dans un degré quelconque du sommeil, et que très vite ils ne parviennent dans un état de sommeil toujours plus profond.

On le voit, il n'y a rien ici de nouveau sous le soleil. Au procédé connu des magnétiseurs depuis longtemps, nous adjoignons la suggestion déjà éclose dans la manière d'endormir de l'abbé Faria. Mais ce n'est pas tout. Sachant combien on se laisse aller avec facilité aux actes par imitation, et surtout combien Tonestporté au sommeil, lorsque l'esprit est calme et sans préoccupation, nous hypnotisons nos sujets ,au milieu de quinze à vingt autres, et tandis que ceux-ci attendent leur tour, chacun au moins une heure ou deux, ils se familiarisent, et ils en ont le temps, avec notre manière d'agir, se mettent plus à l'aise, causent à leurs voisins, s'habituent à leur entourage, s'intéressent à nos résultats, et s'oubliant eux-mêmes, ils subissent tout doucement et à leur insu un entraînement

qui les conduit, par imitation, à se laisser aller dans l'état de sommeil qui naît souà leurs yeux d'une façon presque continue. Et cela arrive d'autant mieux, qu'ils comprennent, par ce qu'ils voyent, combien ils ont intérêt de dormir, puisque le sommeil est peut-être la condition du rétablissement de leur santé.

Par notre procédé, qui se base sur la contemplation pas- \ sive à l'aide du regard, sur la suggestion verbale et l'ins-lj (in(;t d'imitation, nous avons influencé plus des neuf dixièmesyy de nos malades. Et nous pouvons dire que nous avons obtenu des guérisons même chez les sujets qui n'ont été que peu ou pas du tout impressionnés. Mais les guérisons et les améliorations sont survenues d'autant plus vite que les malades ont pu arriver dans un état de sommeil plus profond, et surtout dans le somnainbulisme. Cependant, en règle générale, du moment que des personnes ressentent déjà, par suggestion, soit au creux de l'estomac, soit au front, etc., une sensation de chaleur, la sensation la plus facile à se représenter, on peut exprimer l'es- / poir ou de les soulager, ou de leur redonner la santé, quoiqu'il y en ait quelques-unes par exception qui, ne ressentant nullement la chaleur à la suite de cette affirmation, n'en guérissent pas moins.

A propos des malades non influencés par nous cette année et les années précédentes, nous avons observé que le plus grand nombre d'entre eux devait cette résistance à ce qu'ils ne consentaient pas à dormir ou qu'ils étaient dans un état émotif au moment même de Thypnotisation.tel que : une préoccupation fortede l'esprit, comme celle d'être regardé, lacrainte de l'inconnu, une douleur trop vive, etc. Il est à croire que si ces personnes émotionnées eussent persistéà venir quelques jours de plus, elles eussent probablement dormi et même profondément. Nous avons remarqué souvent que les individus de cette catégorie, quand ils persévèrent, franchissent au moins et souvent les états hypnotiques inférieurs.

Si la fixité du regard, la concentration d'esprit, la suggestion de dormir, l'instinct d'imitation entraînent la formation de l'état hypnotique, à l'opposé, une distraction, la mobilité ou l'activité habituelle de la pensée, la variation des états de <:onscience en un mot, empêchent cet état de se manifester. Aussi, cette exception au sommeil, présentée par des per-

sonnes à la remorque d'idées autres que celles qu'on leur présente, est bien la preuve de la vérité de la théorie que nous venons d'exposer; car elle en est la contre partie psychique et par conséquent elle rentre dans la règle et la confirme.

Nous avons principalement remarqué, que les personnes qui ont un mouvement de clignotement des paupières pendant qu'elles nous regardent, sont parfois très difficilement influencées. L'abaissement répété des voiles palpébraux rompt sans doute la continuité du regard, distrait l'esprit et par là empêche l'attention de se concentrer. Des vieillards dont le cerveau est passif, des idiots, des maniaques, des hypocondriaques, des gens analysant leurs impressions ont aussi échappé à l'emploi de notre procédé. Il est certain que cette catégorie présentait des individus n'ayant plus le pouvoir de faire effort pour penser, ou ne se mettant pas dans les conditions du sommeil: soit parce qu'ils ne pouvaient pas abandonner pour un moment les idées fixes dont ils étaient obsédés, soit parce qu'ils avaient un caractère trop mobile ou trop indiffèrent.

Tel est, pour en revenir, le procédé qu'après bien des essais et des tâtonnements, je suis jusqu'alors arrivé à adopter en attendant mieux i.

D' A. A. LlÉBEAULT.

Extrait du Journal du Magnétisme, Juin 1881, p. 120.

1 Déjà maintenant je fais à peine regarder quelques instants mes yeux par les sujets à endormir et j'arrive par des suggestions plus cc" tinues, plus pressantes, à abréger encore davantage la formation -..., sommeil. Le professeur Bernheim n'endort plus que par la suggestion verbale et il arrive aussi très vite au résultat qu'il se propose.

(note du chapitre II)

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