CLASSIFICATION DES DEGRES DU SOMMEIL PROVOQUÉ
Quels que soient les moyens employés par nous pour faire naître le sommeil provoqué, moyens qui se résolvent tous dans ridée suggérée de dormir, ce sommeil, à son plus haut degré, est caractérisé par l'impuissance, chez les sujets endormis, défaire des e (Tort s d'attention et de volonté, d'avoir enfin de l'iniliative, soit pour éprouver des sensations et les fixer au cerveau, soit pour se remémorer, soit pour élaborer des pensées, des jugements, des raisonnements, soit pour transmettre des ordres aux organes du mouvement.
Alors les sujets sont pour ainsi dire isolés d'eux-mêmes et du monde extérieur, sauf pourtant que, dans un sens étroit et seulement à l'égard <le leur hypnotiseur, ils ont gardé des rapports «positifs et intellectuels. Cette particularité exceptionnelle, qui P' rmet d'agir sur eux, provient de ce qu'ils se sont endormis dans l'idée conservée de la personne de ce dernier, continuant par une transition insensible de la veille au -ommeil, à le sentir, à le voir, à l'entendre, etc. Aussi les sujets endormis et isolés ainsi de ce qui les entoure, étant restés en rapport avec leur hypnotiseur seul et en étant interpellés, lui répondent-ils et reçoivent-ils de lui en automates les suggestions, les ordres qui leur sont donnés par signe ou par la parole. De cette façon, ils ne sont plus que son instrument et lui apparliennent tout entiers.
C'est sur cette inaptitude qui s'est développée chez les
hypnotisés, et qui est caractérisée par rimpiiissance où ils sont de reprendre leur pouvoir perdu d'attention et de volonté pour créer leurs mouvements, leurs sensations, leurs idées, leurs conceptions, etc., que nous avons fondé notre classification du sommeil, parce que nous avons constaté, depuis nos débuts dans l'hypnolisalion, que les personnes que l'on veut mettre dans celte sorle d'état passif, sont bien loin d'atteindre tous les degrés d'incapacité que nous venons de signaler.
Comme dans le sommeil provoqué, l'esprit des dormeurs est plus ou moins engourdi par la cause que nous venons de signaler et que, par suite de cet engourdissement, les organes des mouvements, des sens, de l'intelligence, devenus plus dociles, sont disposés à recevoir, par suggestion, le contre-coup de la pensée, on constate, dans ce sommeil, depuis l'état le plus simple de l'inertie du cerveau pensant et des organes qui en dépendent jusqu'à leur état d'inertie le plus complet et le plus profond ; on constate des degrés qui se distinguent par des signes différents. Et ces signes marquent comparativement dans chacun de ces degrés la progression graduée de l'inertie de l'esprit. Nous allons les faire connaître. Ils sont nécessairement les effets de l'impuissance plus ou moins grande des dormeurs à faire effort d'attention et de volonté pour redevenir actifs comme ils l'étaient avant de dormir, ou pour résister aux suggestions de leur hypnotiseur. Nous avons reconnu ces signes dans les phénomènes qui sont relatifs aux mouvements, aux sens et à la mémoire. La sensibilité à la douleur, laquelle diminue progressivement à mesure que l'on dort avec plus de profondeur, ne nous a pas présenté de démarcation assez nette dans ses différentes manières d'être, pour que, dans notre classification, nous nous appuyions sur les phénomènes importants de cette sensibilité. Quelles que soient ses imperfections, la classification que nous publions reposant sur ce qu'il y a de plus irréductible dans les états passifs JKjpnotlques^ Timpuissance à faire effort, elle est légitime et s'impose.
Nous y établissons deux sortes de sommeil : A, le sommeil léger ; li, le sommeil profond ou somnambulique.
A. Dans le sommeil léger, il y a quatre degrés.
DEORES DU SOxMMEIL 291
1" Somnolence.
Ce degré se distingue par des signes varial)Ies cl souvent peu précis. Tantôt les hf/pnot/sés présentent de Vassoupissement, de la torpeur, tantôt de lafatiQue locale ou générale, de la. pesanteur de tête, de la difficulté à soulever les paupières, etc. mais jamais de catalepsie, etc. On remarque d'ordinaire, quand ces signes sont bien marqués, que les dormeurs mettent de la lenteur à revenir à l'état normal, môme malgré la suggestion qui leur en est faite. En 1888, 6,06 0/0 de nos sujets ont présenté ces signes.
2» Sommeil léger proprement dit.
On retrouve toujours, dans ce degré de sommeil, quelquesuns des caractères du degré précédent. En plus, la catalepsie commence à /j apparaître. Les membres ne restent dans la position qui leur est donnée que parce que l'inertie de l'esprit des dormeurs est déjà grande, et qu'ils ne songent déjà plus, pour cette raison, à les déplacer. Mais pourtant, il leur est encore possible de modifier l'attitude de ces membres. Car, si on leur dit, si c'est le bras qui est dans l'extension cataleptique : essayez de mouvoir le bras, vous ne le pouvez pas; ils y arrivent encore. // y a donc déjà, dans ce def/ré, production de catalepsie, un commencement d'automatisme. 17,48 0/0 de nos dormeurs parviennent à ce sommeil.
3" Sommeil léger plus profond.
Outre l'engourdissement et l'attitude fixe et cataleptique du degré précédent, dans ce sommeil les sujets présententdeVaptitudeàexécuter des moucements automatiques malgré leur volonté. Si, par exemple, on fait tourner leurs bras l'un autour de lautre et qu'on leur dise : vos bras continuent à se mouvoir (quelquefois il suffit que cette suggestion, sans être exprimée verbalement, soit comprise des sujets par l'impulsion donnée aux membres), alors les bras ne peuvent cesser leurs mouvements, les dormeurs n ont plus assez de volonté pour arrêter V automatisme rotatoire suggéré. Dans l'année indiquée j)lus haut, 35,89 0/0 de nos hypnotisés se classent dans cette forme du sommeil provoqué.
4° Sommeil léger intermédiaire.
En plus des signes précédents qu'ils présentent, les individus mis dans ce degré, et cataleptisés, n'ont pas seulement perdu le pouvoir de résister aux mouvements des membres qui leur sont imposés; mais d'autres pouvoirs appartenant au sens de l'ouïe et à la mémoire leur font partiellement défaut. Ils ont d'abord cessé d'être aptes à porte" leur attention sur toute autre chose ou toute autre personne que leur hypnotiseur ; s'étant endormis dans l'idée de sa personne, ils n'entendent que lui seul ; et ensuite, pour la même raison, ils n'ont gardé que le souvenir de ce qui s est passé entre eux et lui. Dans la même année 7,22 0/0 de nos dormeurs ont présenté les caractères de ce degré de sommeil qui marque une transition très nette vers le degré suivant.
B. Dans le sommeil profond ou somnambulique, il y a deux degrés
1° Sommeil somnambuliqdë ordinaire.
Cette forme de somneil renferme les degrés antérieurs ; mais en plus que dans le degré précédent où les sujets ne se rappellent que ce qui s'est passé entre l'hypnotiseur et eux, dans celui-ci, ils ne se souoiennent au réveil absolument de rien. L'amnésie est complète. Dans ce degré, les sujets sont déjà susceptibles d'éprouver pendant leur sommeil des hallucinations plus ou moins vives, si on leur en fait la suggestion, hallucinations qui s'effacent au réveil. N'ayant déjà plus de ressort pour se mettre d'eux-mêmes en rapport avec le monde extérieur, ils sont, à un haut point, devenus soumis à la volonté de l'être seul avec lequel ils sont, dans leur sommeil, restés en communication. 24,94 0/0 de nos hypnotisés sont arrivés à cet état de sommeil.
2° Sommeil somnambulique profond.
Enfin, il est des hypnotisés chez lesquels se présentent tous les caractères des degrés que nous venons de décrire. Et en plus de ce quialieu dans le somnambulisme odinaire leur tact est devenu, au moins pour quelque temps, éteint pour ce qui