‹ Le somnambulisme provoquéChapitre 20 sur 47 · I2R I^.TAT DE LA MI^MOIRR · texte numérisé non relu

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ferai plus loin ; aussi je laisse de coté pour le moment, c^tte question, sur laquelle j'aurai à revenir tout à l'heure.

Le nombre assez restreint des sujets sur lesquels ont porte mes observations ne me permet pas de généraliser d'une façon absolue les conclusions que je pourrais tirer des faits précédents et je n'oserais pas affirmer que, dans tous les cas, le souvenir des suggestions faites à l'état de veille est aboli et ne peut être retrouvé que dans le sommeil hypnotique; mais ce qui est certain, c'est que pour ce qui me concerne, je Fai toujours observé depuis que mon attention a été attirée sur ces phénomènes.

Il y a cependant des exceptions. Elles se produisent dans les conditions suivantes :

Une première catégorie d'exceptions se rencontre quand les suggestions (qu'elles soient faites à Tétat de sommeil ou à l'état de veille, peu importe), quand les suggestions, dis-je, doivent avoir leur réalisation, non immédiatement, mais à longue échéance.

En voici quelques exemples.

Je dis à M"« A... E... (suggestion faite à l'état de veille) : Cette après-midi, vous dormirez

cinq minutes toutes les heures. La sugg 'stion se réalise et le lendemain elle se rappelle très bien qu'elle a été surprise toutes les heures par le sommeil et que chaque fois elle a dormi cinq minutes, comme Ta constaté du reste son amie, qui travaillait dans la même pièce qu'elle.

On dit à un sujet : Vous viendrez me trouver tel jour, à telle heure; il vient à l'heure dite et se souvient parfaitement après de sa visite.

Pour les rêves suggérés, il en est de même.

On suggère à M"*^ A... E... que, la nuit suivante, elle rêvera qu'elle pêche à la ligne et qu'elle prend beaucoup de poisson. Le rêve a lieu comme il avait été dit, et le lendemain matin, elle se rappelle fort bien tout ce qu'elle a rêvé et nous raconte les incidents et les détails de la pêche qui lui a été suggérée.

Il semble que la perte du souvenir ne s'étende qu'à un certain laps de temps (plus ou moins long et à déterminer) après l'intimation de la suggestion.

Je passe maintenant à un autre côté de la question. La mémoire est-elle surexcitée dans le somnambulisme provoqué ?

Cette surexcitation a été observée, comme on sait, dans le somnambulisme naturel, et je ne

Beaunis. q

1 30 i:T\T !)!•: i.\ mémoire

m'arrêterai pas à répéter les exemples qui se trouvent partout, tel que celui de cette servante de curé qui parlait hébreu dans ses accès de somnambulisme.

Dans le sommeil hypnotique, il est incontestable que cette surexcitation existe et j'en ai cité déjà un cas; on a vu que les sujets, pendant le sommeil provoqué, se rappellent avec une très grande précision des détails de leur existence qui leur échappent complètement à l'état de veille. Mais il faut faire une distinction.

Dans la mémoire, il y a deux choses; il y a d'abord la facilité avec laquelle une impression quelconque se fixe dans le cerveau et il y a ensuite la facilité avec laquelle cette impression^ une fois fixée, revient à la conscience ou autre» ment dit, ce que les Anglais appellent la recollection. Cette seconde aptitude est évidemment augmentée dans le sommeil hypnotique. Pour la première, je ne saurais être aussi affirmatif.

J'ai essayé plusieurs fois des expériences sur quelques somnambules pour décider la question et en particulier sur j\F" A... E..., Louise D..., et sur M'"® K... Je leur lisais, pendant le sommeil provoqué, une série de chiffres ou de lettres que je leur faisais répéter soit pendant le

sommeil, soit après le réveil, en leur suggérant de les retenir, et je n'ai jamais obtenu de résultats dignes d'être mentionnés.

La mémoire (fixation des impressions) ne m'a pas paru être différente de ce qu'elle était à l'état de veille.

Peut-être en multipliant les exercices, en agissant par des suggestions énergiques et répétées, arriverait-on à un résultat favorable, et je me propose, si j'en rencontre l'occasion, de reprendre ces expériences ; mais elles demandent beaucoup de temps et de patience de la part des deux personnes en jeu, et bien des obstacles s'opposent à ce qu'elles soient continuées avec la suite et la précision nécessaires dans une matière aussi délicate.

Mais s'il est difficile d'accroître la mémoire d'une façon générale, c'est-à-dire de faire qu'un sujet dont la mémoire est habituellement lente et paresseuse retienne facilement une série de chiffres, une page de prose, une tirade poétique, on peut, avec la plus grande facilité, la surexciter localement y si je puis m'cxprimer ainsi, c'està-dire en portant, par suggestion, l'attention du sujet sur un point déterminé; on pourra, par exemple, donner à un sujet une idée fixe^ celle

d'une Icllrc, d'un mot, d'un air de musique, de façon qu'il ne puisse parler, écrire, chanter que d'après l'idée fixe qui lui aura été suggérée. Il y a là, dans Tordre intellectuel, quelque chose de comparable à la contracture qu'on peut déterminer dans un muscle par suggestion ou mieux encore à ces mouvements automatiques que le sujet ne peut arrêter dès qu'on les lui a suggérés.

On sait, depuis les recherches de Braid et Durand de Gros (D"" Philips) (i), et on en trouve des exemples nombreux dans les mémoires de Ch. Richet, Bernheim, Liégeois, etc., avec quelle facilité on peut déterminer par suggestion des pertes partielles ou totales de la mémoire.

Uamnésie provoquée est un des chapitres les plus curieux et les mieux étudiés de l'hypnotisme. Aussi ne m'y arrêterai-je pas. Ces faits sont bien connus aujourd'hui. C'est ainsi qu'on peut faire oublier à un sujet les voyelles, les consonnes, telle voyelle ou telle consonne détermi-

(i) Philips, Électro-dynamisme vital ou les relations physiologiques de l'esprit et de la matière. Paris, i855, in-8». — Cours théorique et pratique de Braidisme ou hypnotisme nerveux, Paris, 1860.

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née, les nombres, Tempêcher de compter jusqu'à un chiffre donné, lui enlever la notion des substantifs, des noms, Je son propre nom, lui faire oublier des périodes entières de son existence, abolir en lui la notion de la personnalité, provoquer même, comme Ta fait M. Liégeois, la perte totale de la mémoire. Les amnésies partielles peuvent porter sur les plus petits détails, sur les faits les plus insignifiants, comme sur les notions les plus complexes et les plus abstraites.

L'hypnotisme permet de reproduire à volonté et instantément toutes les formes des troubles de la parole qui ont été si bien étudiées dans CCS derniers temps (i), et on peut les reproduire avec une variété que la cliniqne ne connaît pas et qui n'a d'autre limite que la volonté de rhypnotiseur.

Si Ton admet que tous nos souvenirs ont leurs conditions d'existence dans des cellules nerveu^içs et dans des groupes de cellules, et il est difficile de ne pas en venir là, on pourrait dire qu'on paralyse par suggestion telle ou telle

(i) Voy. Kussmaul, Les Troubles de la parole. Tv^A. par A. Rueft', avec une préface de Benj.Ball. Paris, 1884.

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cellule ou tel on tel groupe cellulaire comme on paralyse un muscle ou un membre.

Pour terminer ce qui concerne la mémoire, il me reste à parler de cettj mémoire inconsciente^ comme l'appelle Ch. Richet, grâce à laquelle un acte suggéré pendant le sommeil s'accomplit au moment fixé par Thypnotiseur, alors qu'à son réveil le sujet ne se souvient de rien. On trouvera des exemples de ces suggestions à longue échéance dans les mémoires de Ch. Richet, Bernheim, Liégeois, etc., et je pourrais y ajouter mes observations personnelles. M. Liégeois a fait une suggestion à cent jours de distance, et elle se réalisa avec une précision mathématique (i). « Ce qu'il y a de remarquable, dit Ch. Richet, c'est cette conscience absolue qui fait que, même à une très longue distance de temps, un souvenir persiste, quoique la personne qui se souvient ne sache pas qu'elle se souvienne;... c'est un souvenir ignoré, »

Il en est bien de même, à un certain point de vue, dans l'état ordinaire. Les connaissances acquises, les faits, les images, les idées existent

(i) J'ai vu se réaliser à jour fixe une suggestion qut j'avais faite 172 jours auparavant (voir V Appendice).

dans notre cerveau, et nous n'en avons nullement conscience pendant des mois, des années, parfois même des périodes entières de notre existence. On prononcera devant nous le nom d'une personne que nous aurons connue étant enfant, d'un camarade de collège, par exemple, et après quarante ans, ce nom qui nous revient à l'esprit réveille en nous toute une série de faits, d'images, d'idées qui dormaient dans notre souvenir, qui n'y avaient jamais reparu depuis et ne s'y seraient peut-être jamais développées si ce nom n'avait frappé notre oreille.

Mais il y a, entre cette mémoire inconsciente ordinaire et la mémoire inconsciente de l'hypnotisé, une différence capitale.

Toutes nos connaissances, toutes nos acquisitions qui dorment ainsi dans notre cerveau jt^ewvent^ à un moment donné, être retrouvées et reparaître. Nous avons oublié un nom; nous le cherchons en vain quoique nous l'ayons sur les lèvres, il nous échappe obstinément; puis à un moment donné, il nous revient, il nous saute à l'esprit, ramené par uneconsonnance, une association d'idées ou par toute autre cause dont nous n'avons parfois pas même conscience.

Chez l'hypnotisé, il n'en est pas de même. Je

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lui suggère pendant son sommeil que dans dix jours, à cinq heures, p.ir exemple, il ouvrira un livre déterminé à la page 25 ; Tidée d'ouvrir le livre à cette page existe dans son esprit; elle y existe tellement puissante qu'à l'heure dite il ne pourra pas faire autrement que de l'ouvrir; et cependant cette idée ne peut lui revenir avant l'époque fixée; il a beau savoir qu'une suggestion lui a été faite en le prévenant d'avance, on peut lui mettre devant les yeux le livre en question ouvert à la page 25, Tidée reste dans le cerveau sans se développer, inerte jusqu'au moment déterminé devance; mais alors elle surgit instantanémen'. dans l'esprit et fatalement , se réalise en acte. On dirait un mécanisme disposé pour produire à heure fixe un mouvement comme un mécanisme d'horlogerie. Il y a là un caractère essentiel, distinctif. La suggestion faite ne se réalise qu'à Vlieure dite et 7îe peut se réaliser avant, même quand les associations qui devraient la réveiller avant ont lieu. On ne trouve aucun fait analogue dans Tétat ordinaire. Ces faits sont évidemment bien embarrassants, et il est bien difficile d'en donner une interpré-i tation satisfaisante.

Mais ces faits ne sont pas les seuls.

Tous les observateurs qui se sont occupés de cette question ont constaté avec quelle précision se fait chez les somnambules, l'appréciation du temps. Vous dites à un sujet : Vous dormirez cinq minutes, dix minutes, une demi-heure, et le sommeil dure exactement le temps prescrit. Dans les suggestions à longue échéance, cette appréciation du temps est encore plus remarquable. Je transcrirai à ce propos un passage de Paul Janet (i).

« Ce qui m'étonne dans ces faits, ce n'est pas de voir imprégnée et persistant dans le souvenir une image dont on n'a pas conscience; les faits de mémoire inconsciente et automatique sont aujourd'hui trop nombreux et trop constatés pour être l'objet d'un doute.

« J'admets, en outre, que ces souvenirs ignorés, comme les appelle M. Ch. Richet, puissent se réveiller à une époque quelconque, suivant telle ou telle circonstance.

« Je comprendrais encore le retour, même à une époque fixe, de ces images et des actes qui en sont la suite, si l'opérateur les associait à l'apparition d'une sensation vive; par exemple : « Le jour où vous verrez M. un tel, vous l'em-

(i) PaulJanet, Revue poîitigue et littéraire ii6 a.oùt 1884).

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brasserez », la vue de M. un tel devant servir de stimulant au réveil de l'idée.

« Mais ce que je ne comprends absolument pas, c'est le réveil à jour fixe, sans autre point de rattache que la numération du temps, par exemple dans l7'ei:^e Jours. Treize jours ne représentent pas une sensation, c'est une abstraction. Pour rendre compte de ces faits, il faut supposer une faculté inconsciente de mesurer le temps. Or, c'est là une faculté inconnue; ici la filière des analogies est complètement rompue. Tout s'expliquait jusque-là par les lois de l'association des idées, des images et des mouvements; mais nous faisons ici un saut brusque. Aucune association ne peut ici expliquer le fait de compter treize jours sans le savoir. Nous sommes sur la pente des facultés mystérieuses du magnétisme animal. La théorie suggestive proprement dite est ici en défaut (i). »

J'aurais plusieurs remarques à faire à propos de ce passage.

La première et la plus générale, c'est que l'impossibilité de comprendre ou d'expliquer un fait ne prouve rien contre la réalité de

(i) Page 201.

ce fait. Que de phénomènes de tout ordre en sont encore à attendre leur explication ! Or, le phénomène sur lequel M. Paul Janet fait des réserves qui équivalent presque à une négation, appartient aux faits les mieux démontrés et les plus connus de Thypnotismc, faits qu'on peut reproduire avec la plus grande facilité.

Une remarque plus importante est la suivante : Treize jours, dit M. Paul Janet, ne représentent pas une sensation ; cest une abstraction. Cette opinion ne me semble pas pouvoir être admise. Un jour n'est pas une abstraction, tant s'en faut. Cette idée représente une série d'impressions déterminées, produites par les agents extérieurs (lumière, température, état hygrométrique, etc.) sur notre organisme et qui amènent dans cet organisme des réactions de divers ordres. Un jour est donc, en réalité, non pas une sensation, mais une succession de sensations et de réactions inconscientes. A la périodicité des jours, des semaines, des mois, des saisons, correspondent des variations organiques périodiques qui, dans certaines conditions, peuvent acquérir assez d'intensité pour constituer une sorte de « faculté inconsciente de mesurer le temps », quoique le mol faculté soit un

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peu trop philf)sophique pour caractériser une aptitude orf^anique de cette nature.

Bien que cette question ait été jusqu'ici fort peu étudiée par les physiologistes, l'observation des faits sullit.

Les animaux ne connaissent-ils pas exactement l'heure à laquelle on leur donne habituellement leur nourriture et, s'il y a un retard, ne montrent-ils pas, par leur impatience et leur agitation, quMls en ont parfaitement conscience?

Chez l'homme civilisé, dans la vie artificielle et compliquée que nous nous sommes créée, cette aptitude n'est plus apparente, mais n'en est-il pas de même de beaucoup d'autres? Quel rôle inférieur jouent, par exemple, chez nous, les sensations olfactives, et cependant les sauvages, les Indiens du Pérou, par exemple, reconnaissent dans la nuit par Todorat, la présence d'un étranger à une distance considérable. Du reste, chez l'homme civilisé lui-même, cette faculté inconsciente de mesurer le temps existe encore à Tétat latent et peut reparaître dans certains cas; tel est le réveil volontaire à heure fixe qui, malgré les doutes de l'auteur, est un fait bien constaté et qu'il est impossible de nier. Pourquoi un accès de fièvre revient-il à la

même heure tous les jours, tous les deux jours, toutes les semaines, et cela n'indique-t-il pas que la mesure du temps n'est pas une abstraction, mais qu'elle a ses racines et ses conditions dans la vie même de Torganisme ? Chez les somnambules chez lesquels les sensations et les impressions peuvent acquérir un degré remarquable de finesse et d'acuité, ne se peut-il pas que cette aptitude, à peine ébauchée à l'état ordinaire, prenne sous l'influence de la suggestion une intensité et une précision inconnues ? Ceci n'est pas une explication, mais grâce à ces considérations, le phénomène ne perd-il pas un peu le caractère mystérieux qu'on serait tenté de lui attribuer?

En terminant ce qui concerne la mémoire dans le somnambulisme provoqué, je ne puis m'empêcher de faire une remarque, spécialement en ce qui concerne les amnésies partielles.

Jusqu'ici, la plupart des expériences faites sur des hypnotisés ont porté sur des personnes d'une intelligence plus ou moins développée, mais d'une instruction ordinaire ou au-dessous de l'ordinaire. Il serait intéressant d'étudier la question sur des personnes d'une intelligence

supérieure ou ayant une apùiuJc spéciale, par exemple un artiste, un maihématicen, un philosophe. Qu'arnverait-il si on suggérait a un philosoplie hypnotisé qu'il a oublié l'.dce de causalité, à un mathématicien la notion de profondeur, à un artiste l'idée du beau? Quels raisonnements, quels calculs, quelles œuvres obtiendrait-on dans ces conditions?

Je ne veux pas entreprendre ici l'étude complète des suggestions. Cette étude, pour tout ce qui concerne les phénomènes pris en euxmêmes, a été faite et très bien faite par les divers auteurs qui se sont occupés de l'hypnotisme (i).

Aussi n'insisterai-je ici que sur les faits moins connus ou sur ceux qui ont un intérêt psychologique particulier.

Il est surtout trois questions qui, à ce point de vue, méritent une étude approfondie, celle des suggestions à l'état de veille, celle des hallucinations provoquées et celle de la résistance aux suggestions, à laquelle se rattache celle de la volonté et de la spontanéité dans le sommeil somnambulique.

Mais avant d'aborder ces trois questions capi-

(i) Voyez Cullerre, Magnétisme et Hypnotisme. Paris, i885.

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laïcs, je dirai quelques mots de divers points particuliers de Thisioire des suggestions.

On sait ce qu'on entend par sugf^estions par atliliidcy phénomène découvert par Braid et qui depuis a été reproduit nombre de fois, car c'est un de ceux qui impressionnent le plus vivement quand on le voit pour la première fois. Si l'on donne, par exemple, au sujet hypnotisé l'attitude de la prière, on lui suggère, sans qu'une parole soit prononcée, l'idée de prière, et on provoque des hallucinations ou des actes en rapport avec cette idée. Il y a donc une liaison intime entre un mouvement, même communiqué, et les pensées et les sentiments dont ce mouvement est l'expression.

J'ai pu constater un fait d'un autre genre, mais dans le même ordre d'idées ; un résultat analogue peut être obtenu par la simple articulation des mots.

M"® A... E... étant endormie, je lui dis :

— A votre réveil, vous direz à votre amie M«^e H... A... :

— Je voudrais bien maniier des cerises.

— Je la réveille au bout d'un certain temps et peu après je la vois s'approcher de son amie et

lui parler bas à l'oreille. Alors m'adressant à elle.

— Vous venez de dire à M'"® H... A... que vous voudriez bien manger des cerises.

— Gomment le savez-vous? dit-elle tout étonnée.

— Je le sais.

— Le lendemain, M""® H... A... me dit qu'avant de rentrer chez elle, M"® A... E... avait acheté des cerises, car, disait-elle, elle avait une envie folle d'en manger.

Je ne lui avais suggéré que l'articulation de la phrase : le désir était venu à la suite, preuve de plus de la liaison étroite qui existe dans le cerveau entre l'idée ou plutôt un sentiment, le désir, et les mots qui servent à l'exprimer. Tout se tient : le mot, Tidée, le sentiment ; la cohérence est intime entre ces trois choses, comme si toutes les trois avaient leur substratum dans le même centre nerveux. L'expression du désir se confond avec le désir lui-même.

Mais pourquoi cette confusion se fait-elle chez l'hypnotisé ? A l'état ordinaire, je pourrai répéter vingt fois cette phrase : « Je voudrais bien manger des cerises », sans que le désir m'en vienne réellement; je puis prendre une

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plume à la inain sans avoir le désir d'écrire. La liaison entre le désir et l'expression motrice qui le réalise dliabitude n'est donc pas aussi intiinc que dans l'état somnambulique. 11 semble que quelque chose vienne enrayer l'association ou la transmission nerveuse qui rattache l'expression du désir au désir lui-même, autrement dit le centre moteur au centre sensoriel; il y a là comme une influence d'arrêt qui s'exerce à Tétat normal et qui ne s'exerce plus à l'état somnambulique.

Il faut cependant faire quelques remarques sur ce sujet.

D'abord dans le cas que je suppose, en prononçant certains mots ou en me plaçant dans une attitude déterminée, j'ai le sentiment que je fais une expérience et que ces paroles, celte attitude ne correspondent en réalité à aucun désir, à aucun sentiment particulier; c'est un essai que je fais et je sais parfaitement que je fais un essai. Or, qui dit « essayer » dit aussi « ne pas croire d'avance », de sorte qu'en dernière analyse, cela revient à dire que je me mets volontairement dans un état psychologique peu favorable à la manifestation du désir et du sentiment en question. Si, en effet, je cherche à vérifier un

fait quelconque, je commence par me mettre en garde contre toutes les causes d'erreur, c'est-àdire par douter. Le septicisme est la première qualité de l'expérimentateur.

Je ferai encore une autre remarque.

A rétat ordinaire, le désir précède l'expression de ce désir et les actes moteurs par lesquels on le réalise, c'est là la marche habituelle du processus cérébral ; la transmission nerveuse se fait des centres émotifs au centres moteurs. Mais la transmission en sens inverse est tout fait à exceptionnelle. Cependant je n'affirmerais pas qu'elle ne peut se faire à létat ordinaire de veille. Je suis convaincu que si l'on disait à une dévote : « Mettez-vous à genoux », l'association entre cette altitude et l'idée de prier ferait monter bientôt la prière à ses lèvres, et si cette phrase « je voudrais manger des cerises », était répétée dans certaines conditions, par exemple un jour de chaleur, et après une longue marche en plein soleil, je ne répondrais pas que le désir réel ne finît par arriver bien vite. On pourra me dire, il est vrai, que, dans de telles conditions, il ne serait même pas nécessaire que les paroles fussent prononcées. Il y a donc, à l'état normal, une liaison intime entre un senti-

ment, une passion, et les actes moteurs qui les réalisent ordinairement; mais, d'habitude, cette liaison se fait du sentiment au mouvement et seulement dans des cas exceptionnels du mouvement au sentiment. Or c'est un fait général d'innervation que les transmissions nerveuses les plus fréquemment exécutées sont aussi celles qui se produisent avec le plus de facilité et qui sont le plus difficilement enrayées, tandis que, quand ces transmissions ne se font que très rarement, le moindre obstacle peut les arrêtrer. Quels sont maintenant ces obstacles? Quelles sont ces influences d'arrêt? Il est difficile de le préciser, mais il est très probable qu'il faut les chereher dans les sensations de toute nature qui, de la périphérie sensitive, aboutissent aux centres nerveux.

Je ne saurais aller plus loin dans l'analyse de ces faits, qui rentrent dans la physiologie générale de rinnervation et dans l'étude des actions d'arrêt; j'aurai peut-être occasion d'y revenir plus tard.

Quoi qu'il en soit, chez Thypnotisé chez lequel toutes les sensations sont abolies, à l'exception de celles sur lesquelles porte la suggestion, toutes les causes étrangères qui peuvent

agir comme influence d'arrêt ont disparu et le champ reste absolument libre à l'activité du groupe cérébral localisé sur lequel on a concentré toute la puissance nerveuse du sujet. Cette activité est enfermée dans un cercle limité par la volonté de l'hypnotiseur, miais, dans ce cercle limité, elle évolue avec une facilité et avec une rapidité plus grandes qu'à Tétat ordinaire ; rien d'étonnant alors à ce que Faction réciproque des centres moteurs et des centres émotifs s'exerce dans toute sa plénitude, soit dans un sens, soit dans l'autre.

Les rêves peuvent être suggérés avec la plus grande facilité pendant le sommeil hypnotique, et ces rêves qui se réalisent pendant le sommeil naturel ont la vivacité et la netteté des objets réels. Il m'a semblé, d'après ce que racontent les sujets, que ces rêves suggérés étaient plus nets, plus réels que les rêves ordinaires; ils sont aussi plus réguliers, moins incohérents; leurs péripéties s'enchaînent mieux, et cela se conçoit puisqu'en les suggérant on leur assigne en général une certaine logique ; mais il serait aisé, si l'on en avait la fantaisie, de suggérer aux sujets hypnotisables les rêves les plus bizarres et les plus fantastiques. Plusieurs fois déjà, des sujets

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m'ont demande de leur donner tel ou tel rêve pendant leur sommeil naturel, et toujours le rcve s'est réalisé ponctuellement.

Un fait plus important et dont l'utilité est plus directe, c'est qu'on peut suggérer au sujet ïabsence de rêves et procurer ainsi à une personne tourmentée par des rêves fatigants ou par des cauchemars, le sommeil le plus tranquille et le repos le plus absolu de la pensée.

La suggestion hypnotique peut porter non seulement sur des sensations et sur des actes, elle aune influence plus haute; elle peut agir sur les passions, les sentiments, le caractère. On peut rendre à volonté un sujet triste, gai, colère, etc. : on peut modifier à son gré et instantanément son caractère moral.

J'ai assisté chez mon collègue, le D"" Bcrnheim, à une expérience des plus intéressantes à ce point de vue sur une jeune somnambule de son service d'hôpital. En une heure, nous la fîmes passer par toutes les variétés possibles de passions et d'aptitudes intellectuelles : orgueil, colère, affection, douceur, esprit, amour, jalousie, etc. ; nous lui fîmes parcourir toute la gamme des sentiments et de Tintelligence; nous la rendîmes tour à tour gaie, sérieuse, légère,

travailleuse, bavarde, spirituelle, dévote, etc., et, à chaque suggestion nouvelle, c'était une nouvelle scène du plus grand intérêt psychologique.

En un mot, on peut jouer de l'âme humaine comme on joue d'un instrument et, quelque étrange que puisse paraître la comparaison, tous ceux qui assisteront à un spectacle semblable en reconnaîiront la justesse.

Un fait moins connu et plus important, c'est qu'on peut obtenir ainsi par suggestion non seulement des modifications temporaires, mais des mo(X\^c3iùon^ persistantes du caractère.

M"® A... E..., qui était anémique et avait des idées tristes, était devenue beaucoup plus gaie depuis qu'elle était hypnotisée (au bout d'un mois), elle constatait parfaitement elle-même le changement qui s'était opéré dans son moral; elle était devenue plus gaie, moins sombre et en même temps, disait-elle, plus sérieuse.

Le D'" Liébeault qui, dans sa longue carrière, a eu de nombreuses occasions d'expérimenter sur ce suiet, serait plus compétent que moi pour traiter cette face de la question; mais j'en ai vu chez lui un exemple frappant.

M. D.. . était grand fumeur et en même temps

Ip DES SUGGRSTIONS

grand buveur de bière, ce qui va souvent ensemble, et cela à un tel degré que sa santé en était réellement compromise et inquiétait sa famille. M. Liébeault rh3'pnotisa et lui suggéra pendant son sommeil qu'il ne fumerait plus et ne boirait plus de bière; il lui traça en un mot tout un programme hygiénique qui, suivi docilement par le sujet, amena un résultat excellent que toutes les exhortations de la famille et la volonté même de M. D... avaient été impuissantes à obtenir. Quelques séances d'hypnotisation et la suggestion avaient suffi.

Le même effet fut obtenu par le même moyen sur un médecin, très distingué d'ailleurs, mais trop adonné à l'alcool; chez lui aussi, quelques séances suffirent; mais, au bout de trois mois, il retomba dans ses habitudes d'intempérance et je ne sais s'il a de nouveau eu recours au D' Liébeault.

On conçoit facilement en effet que, dans les cas invétérés, et quand il s'agit de modifier des habitudes prises depuis longtemps et de changer radicalement le caractère, il faille s'y prendre à plusieurs reprises et continuer pendant longtemps les suggestions hypnotiques. Mais il faut

évidemment que le sujet s'y prête un peu luimême.

Je citerai à ce propos un exemple curieux.

On amène un jour au D"" Liébeault un enfant indolent et paresseux dont on ne pouvait rien faire. M. Liébeault l'endormit et lui suggéra de bien s'appliquer et de travailler; tout alla bien pendant quelque temps et l'enfant faisait merveille. Mais au bout de quelques mois les habitudes de paresse reprirent le dessus; les parents voulurent essayer du même moyen, mais on se heurta à un obstacle inattendu : l'enfant ne voulut absolument pas st laisser endormir; il avait travaillé parce qu'il y avait été forcé par la suggestion qui lui avait été faite, mais il avait travaillé à contre-cœur et ne voulait plus s'exposer à recommencer. Il était, comme Figaro, paresseux avec délices, et toutes les exhortations de ses parents restèrent sans effet sur lui.

Les cas analogues sont trop peu nombreux jusqu'ici pour savoir jusqu'à quel degré on peut ainsi modifier par suggestion l'état moral du sujet et le modifier d'une façon persistante; mais les faits que je viens de citer, et il en est d'autres encore, permettent de concevoir de légitimes espérances, et peut-être y a-t-il dans

rhypnotismc les bases d'une thérapeutique morale. On sait à quelles déceptions a abouti le traiteni'jnt moral de Talcoolisme comme de toutes les autres passions humaines. Sw*ra-t-on plus heureux avec l'hypnotisme? S'il n'est pas certain qu'on réussisse, on conviendra du moins, qu'en présence des f:iits précédents, il est rationnel d'essayer.

La suggestion peut-elle agir aussi sur les aptitudes intellectuelles? Là les faits sont moins évidents et moins nombreux.

Cependant le D"" Liébeault a obtenu sur quelques enfants des résultats encourageants, et je crois que des essais de ce genre devraient é:re tentés dans les établissements spéciaux dans lesquels sont recueillis les enfants dits arriérés.

On pourrait aussi essayer dans les asiies d'aliénés sur quelques-uns des enfants faibles d'esprit ou imbéciles qui y sont confondus avec les idiots et qui paraîtraient susceptibles de recevoir une certaine instruction.

Pour ma part, je suis convaincu que l'hypnotisme deviendra un jour un puissant m^jyen de moralisation et d'éducation, mais pour cela il y a encore bien des résistances à vaincre et des préjugés à surmonter.

Il me reste un dernier point à traiter, avant de passer à l'étude des suggestions à Tétat de veille, c'est celui de la coexistence des suggestions. Cette coexistence peut se faire de plusieurs façons dont les observations suivantes donnent des exemples.

Victorine L... est à Tétat de veille. M. L... place dans sa main un doigt de la main droite de Victorine L... en lui disant : Vous ne pouvez plus retirer votre doigt, il est collé à ma main: elle essaye et fait des tentatives infructueuses pour détacher son doigt. Je fais alors la même chose avec un doigt de sa main gauche et avec le même résultat. Elle ne peut détacher ses doigts de nos mains, et rien de plus curieux, lorsque nous nous écartons tous deux lentement, de voir ses bras s'étendre comme si on l'écartelait et l'expression singulière de sa figure quand l'écartement est arrivé à son maximum.

On peut aussi donner en même temps une hallucination gaie tandis qu'un autre expérimentateur donne une hallucination triste, et le sujet passe par des alternatives d'émotion qui se reflètent sur sa figure, et quelquefois même la coexistence de deux émotions contraires donne à son visage une sorte d'expression mixte im-

possible à décrire. Seulement, il ne faut pas qu'une" des deux suggestions simultanées tende d'une façon formelle à détruire l'autre. Dans ce cas, en effet, une seule des deux réussit. Ainsi, si je dis à un sujet : «. Vous êtes rivé à \otre chaise, il vous est impossible de vous lever »», et qu'une autre personne vienne lui dire : « Levezvous de votre chaise », cette dernière suggestion restera sans résultat.

Cette coexistence de suggestions peut se faire aussi d'une autre façon. Ainsi je puis, dans le sommeil hypnotique, suggérer à un sujet qu'il fera telle chose huit jours après, le lendemain lui suggérer qu'il exécutera un autre acte dans quatre jours, le surlendemain lui donner autre chose pour le jour même, et toutes ces suggestions se réaliseront au moment fixé; elles peuvent coexister sans se contrarier mutuellement. Peu importe du reste que ces suggestions coexistantes aient été faites par le même expérimentateur ou par des expérimentateurs différents.

Il y a cependant à cela une limite, et, d'après ce que j'ai remarqué, quand les suggestions sont trop nombreuses, elles se nuisent réciproquement. Aussi quand il s'agit d'une suggestion

DES SUGGESTIONS i^y

importante, compliquée et difficile à exécuter, ou, par exemple,, d'une suggestion faite dans un but thérapeutique, il est prudent de s'en tenir à celle-là seule pour ne pas risquer de TafFaiblir.

m. — Des suggestions à l'a Lit de veille et de l'état de veille somnambulique.

Ce n^est pas d'aujourd'hui que hssiigifestiofts à l'état de veille sont connues et étudiées.

Vers 1848, un habitant de la Nouvelle-Angleterre, Grimes, déterminait chez des personnes éveillées toute la série des effets nerveux que les hypnotiseurs (Braid et ses élèves) obtenaient par leur méthode.

Le procédé de Grimes, ou Y électro-biologie, comme il l'appelait, fut introduit en Angleterre par le D"" Darling en i85o, c'est-à-dire à une époque où les expériences de Braid étaient entrées dans le domaine public. Carpenter, dans sa Mental pJiysiology, consacre un chapitre à Yétat biologique (biological state) ou i^éverie induite^ comme il l'appelle. Les biologisés (biologi\ed subjects) doivent être considérés comme éveillés; mais cependant on trouve toutes les gradations entre cette condition et l'état vrai du somnambulisme. Carpenter étudie

ViiILLE SOMNAMBULIQUE 1)9

les diverses formes de suggestion chez ces sujets; mais, au point de vue de la mémoire, il entre dans peu de détails et dit simplement qu'on peut trouver tous les degrés de transition entre la mémoire de tous les faits et la perte de la mémoire, telle qu'on l'observe dans le sommeil hypnotique.

Ces suggestions à l'état de veille ont été surtout étudiées dans ces derniers temps par le D"" Bernheim d'abord, puis par M. Liégeois et à leur suite par un certain nombre d'expérimen* tatcurs.

J'en ai fait moi-même un grand nombre dont quelques-unes sont citées dans le cours de ce travail.

Voici ce qu'écrit sur ce sujet le D^ Bernheim :

« Beaucoup de sujets qui ont été hypnotisés « antérieurement peuvent, sans être hypnotisés « de nouveau, pour peu qu'ils aient été dressés « par un petit nombre d'hypnotisations anté- « rieures (une, deux ou trois suffisent chez « quelques-uns) , présenter à l'état de veille K l'aptitude à manifester les mêmes phéno- « mènes suggestifs (i) », et il mentionne les

(i) Berhcim, page 5'jé

l6o SUGGESTIONS A LÏTAT UK VRILLE

contractures, les mouvements auiomaiiques, des modifications de la sensibilité, des hallucinations, etc. Il n'est même pas besoin, dit-il plus loin, que le sujet arrive à un sommeil profond, et il est des individus chez lesquels les suggestions faites à l'état de veille réussissent, tandis que celles qui sont faites pendant le sommeil sont inefficaces.

Les mêmes observations ont été faites par M. Liégeois (i). Cet observateur a bien vu que rétat des personnes sur lesquelles on peut produire ainsi des suggestions à l'état de veille a quelque chose de particulier; je transcris le passage correspondant de son travail à cause de son importance :

« Ce qui est surtout très singulier, dans les (( expériences dont je viens de parler et qui « pourraient, on le conçoit, être multipliées à « l'infini, ce qu'il serait très intéressant d'e:u- (( dier à fond et de bien caractériser, c'est l'état « du sujet mis en expérience. Il ne présente pas « la moindre apparence de sommeil ; il a les « yeux ouverts, les mouvements aisés; il parle, « marche, agit comme tout le monde, il prend

(i) Liégeois, De la Suggestion hypnotique, etc.

ET VEILLE SOMNAMBULIQUE l6l

« part à la conversation, répond aux objections, « les discute, a souvent des réparties heureuses; « il semble être dans un état absolument nor- « mal, excepté sur le seul point où porte la pro- « hibition de l'expérimentateur (i). »

Et plus loin, il continue :

« Je ne sache pas qu'on ait encore donné au- « cun nom à cet état vraiment bizarre. Le mot « de somnambulisme ne lui convient pas, ce me « semble, car ici il n'y a pas de sommeil; ne « pourrait-on l'appeler condition prime par « analogie avec le cas de Félida X... que le « D"" Azam, de Bordeaux, a appelé condition « seconde? jo

Gh. Richet a observé aussi un état analogue sur quelques-uns de ses sujets; mais il donne trop peu de détails pour qu'on puisse en tirer des conclusions précises (2). Il s'exprime ainsi :

« Chez ces deux femmes, il nV a pas, entre « rétat de sommeil magnétique et l'état normal, « cette différence nette et formelle qu'on voit « dans les livres classiques. Chez elles, on « peut provoquer presque tous les phénomè-

(i) Page 60.

(2) Ch. Richet, Sur la personnalité et la mémoire dans le somnambulisme, Revue philosophique, i883, n'S.

Beaunis. I I

I'')2 SUGGESTIONS A l/ÉTAT DK VEILLE

« ncs d'hallucination sans qu'il y ait de clô- « turc des paupières, et alors qu'est conservée « exacte et complète la notion de la personna- « iité (i). »

De tous les auteurs qui ont entrevu ou indiqué cet état particulier, c'est M. Liégeois qui, à mon avis, Ta le mieux caractérisé au point de vue psychologique; le tableau qu'il en donne est d'une exactitude frappante.

(i) Il m'est impossible, dans une élude de cette nature, de m'étendre autant que je le désirerais sur certaines questions. Il est cependant un point sur lequel je dois marrêter un instant. Ces suggestions à l'état de veille sont très vivement attaquées par M. Paul Janet dans ses articles sur les suggestions hypnotiques delà Revue politique et litér.iire. « Les faits de ce genre, dit-il, en parlant des expériences de M. Liégeois (p 202), dépassent de beaucoup tout ce qui est contenu dans les faits précédents. Nous ne voulons ni les afl'irmer, ni les nier, mais ce que l'on peut dire, c'est qu'ils sont présentés sans aucun égard aux exigences rigoureuses de la méthode scientifique et de l'observation médicale. » La phrase est un peu dure, mais ce qui est plus grave, c'est qu'elle n'est pas juste. Je n'ai pas à défendre .NL Liégeois; mais ce que je puis affirmer, pour l'avoir vu et pour l'avoir fait moi-même nombre de fois, c'est que ces suggestions a l'état de veilie se réalisent avec la plus grande facilité ec que les expériences w-a/ faites et grossièrement conduites dont parle M. Paul Janet sont absolument vraies, non seulement en gros, mais dans tous leurs détails. Je suis convaincu que M. Paul Janet, s'il assistait à quelques-unes de ces expériences au lieu de les apprécier du fond de son cabinet de travail, bifferait spontanément le passage que j'ai reproduit plus haut.

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